Jeux de rôles grandeur nature

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jxrole_farniere2010_001Depuis quatre ans, des jeunes se retrouvent dans les bois du Centre Don Bosco de Farnières pour laisser libre cours à leur imagination. Ils entrent dans le monde de « Priceless Guild », le précieux compa-gnonnage. Ils étaient 80 cette année, et il a fallu refuser du monde. L’engouement pour les jeux de rôles ne date pas d’aujourd’hui : les « Donjons et Dragons » ont précédé le succès du « Seigneur des Anneaux » et de « Harry Potter » version cinéma. (08/10/10)

 

jxrole_farniere2010_003Les organisateurs de cet événement ont toujours eu un souci pédagogique : on ne joue pas sans règles, et celles-ci sont établies de façon démocratique, au cours d’assemblées des joueurs. Il y a des « plaids » lorsque quelqu’un ne respecte pas le cadre donné. Jérémie, qui vient de reprendre l’organisation de « Priceless Guild », vient de terminer ses études d’éducateur spécialisé. Il a réalisé son mémoire sur le côté éducatif des jeux de rôles « grandeur nature » : ils peuvent arracher des jeunes accros à leur ordinateur où ils vivent des aventures en solitaires ; ces drogués du petit écran confrontent alors leurs rêves de toute puissance au réel de la rencontre de jeunes de leur âge en chair et en os ! Et de fait, à « Priceless Guild », il y a beaucoup d’amitié.


Week-end des 3, 4, 5 septembre. Une affiche à l’entrée du bois avertit qu’on va y rencontrer des « personnages armés inoffensifs ». De fait, voilà Sire Gilles qui vient m’embrasser avec son épée et sa cote de mailles qui le protège de la tête jusqu’aux cuisses. Il est accompagné de deux compagnons portant doubles haches de normands et masse d’armes, et d’une jolie dame en robe de velours bleu avec brocards dorés sortie tout droit d’un livre de contes de fées, qui transporte dans le dos un magnifique basson tout à fait pacifique. Surgit encore de derrière un rhododendron une guerrière en noir portant nonchalamment son épée sur les épaules comme un vulgaire baluchon ; seules marques d’agressivité : la robe noire et la mèche teintée de rouge qui lui balafre le visage. Deux jeunes pages reculent prudemment et prennent la fuite à l’abri du taillis. Le petit escadron s’esclaffe méprisant…


jxrole_farniere2010_000Plus loin, on entend des grognements rauques que l’on croirait d’un animal. Rapidement on se rend compte qu’il s’agit d’une conversation entre Orks qui ne se parlent qu’en se raclant la gorge et en produisant de menaçants borborygmes. Ils surgissent de l’ombre le visage barbouillé de couleur verte, les cheveux courts et bien enduits de gel luisant. Ils sont bardés de lanières de cuir en travers de leurs tuniques noires. Leurs yeux étincellent et cherchent une victime, de préférence isolée. L’un d’eux trouve par terre une « perle de vie ». Aubaine ! S’il vient à être trucidé, il pourra ressusciter au moins une fois…


Je croise un avatar de frère Tuc armé d’un bâton, flanqué d’un Robin des Bois quelque peu dépenaillé. Ils sont suivis d’un écossais coiffé à la brosse qui peine à froncer méchamment les sourcils, mais qui réussit de magnifiques sourires très jeunes. Il y a encore deux moines chevaliers vaguement teutoniques. L’un d’eux a perdu sa corne de brume.


Près d’un capitaine bardé d’un haut bouclier sombre, un druide est occupé de jeter de la potion magique parfumée sur un soldat mourant afin de lui rendre une énième vie. En échange, le ressuscité devra remplir une mission mystérieuse et sans nul doute périlleuse.


jxrole_farniere2010_006Une « chose » dégringole en courant, en bondissant, on a l’impression qu’elle va s’envoler, elle vole. Elle a le visage complètement recouvert d’un kéfié blanc à la touareg, elle est vêtue d’une robe violette ample et légère qui flotte dans la course, et des oripeaux pendent à ses bras comme des ailes de chauve-souris. Elle court, court, à travers le bois, du haut en bas et du bas en haut avec une vitesse, une souplesse incroyable… et increvable. Les joueurs l’appellent « la chose » !


Sur le monticule dominé par quatre douglas géants et plusieurs fois centenaires, Arnaud incarne un druide plus flegmatique encore que Panoramix. Il donne des indications, oriente la quête des uns et des autres et somnole entre chaque visite. Un autre druide – errant, celui-là -  revient avec l’épée qu’il a trouvée plantée dans le sol. Sauf qu’il a oublié de lire le message qui prévient que cette épée est un avatar d’Excalibur, la célèbre épée que personne n’est censé pouvoir dégager de sa gangue s’il n’est le roi Arthur. Un peu dépité, il reporte l’épée là où il l’a trouvée, et revient avec un message codé que seul les initiés – dont je ne fais pas partie – peuvent déchiffrer.

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Près de l’étang noir, trois ménestrels, deux filles et un garçon, reprennent inlassablement la même phrase aux accents moyenâgeux, à la flûte aiguë, à la guitare et au banjo-mandoline. Ils sont dans la cinquième dimension, en marge de la guerre et de toute agitation.


jxrole_farniere2010_004Non loin de là, je découvre un troisième groupe un peu hétéroclite portant une bannière de croisé. Un bouclier rond a perdu une partie de sa cuirasse dans une échauffourée, mais résistera encore à quelques assauts. Une fille exhibe de grandes oreilles pointues qui soutiennent un petit bonnet noir de lutin. Une autre a un grand chapeau de troubadour aux couleurs vives, mais porte l’épée. Il y a aussi un capitaine de frégate coiffé d’un tricorne, avec un jabot de dentelle et encore des dentelles aux poignets. Un corsaire porte une cicatrice noircie qui va du front à la joue droite en traversant la paupière. Se sont-ils trompés de scénario et d’époque ? En tout cas, le jeu est très ouvert et éclectique. Ils entourent un avatar de grand prêtre vêtu d’une grande chape brodée, avec un ample capuchon qui maintient son visage dans l’ombre. Les jeunes réclament de l’action. Un message en patois de charabia est censé leur fournir une bonne piste pour se lancer dans une noble quête.


Au camp, près de la mare des Afrins, c’est un va-et-vient paisible autour de la tente de réunion qui sert aussi de salle-à-manger. Parallèlement, on trouve la tente de l’intendance avec le ravitaillement en patates, oignons, et sans doute les inestimables boîtes de ravioli ou de compote. Les participants seront affamés après avoir tant couru ou voyagé…


A l’arrière, à moitié caché par une élévation, c’est un champ de tentes igloo de toutes les couleurs qui ont poussé là comme les champignons en cette année chaude et humide. Dans le quartier des filles, on réajuste les falbalas, on rajoute du rimmel et on se recoiffe avec soin.


Je sors du camp en enjambant un page étendu sur le ventre après avoir été victime d’égorgement. Il préfère fouiller lui-même dans sa poche pour remettre le butin à son vainqueur. Un autre couché sur le dos semble difficile à ranimer. Est-il victime d’un sortilège, ce qui est pire qu’avoir la gorge tranchée ?!


jxrole_farniere2010_007Je quitte la quatrième et même la cinquième dimension pour reprendre pied dans la vie ordinaire … Dans le bocage des alentours, les elfes, chevaliers, mages et autres Orks ont laissé leurs montures à peine dissimulées, bien du XXIe siècle, avec 4 pneus, des enjoliveurs, des couleurs vives. L’une d’elles est de couleur « rouge Lucifer » …


Voir sur le site de Farnières

 

Commentaires 

 
# melon 2010-10-09 12:53 bravo pour tout ce que vous faites .bien a vous. Citer
 

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