Sur la corde raide

L'EPIDE, une seconde chance

drapeauEn 2005, le dispositif  EPIDE  est créé pour favoriser l'insertion sociale et professionnelle des jeunes de 18 à 22, sans diplôme, (et/ou) en voie de marginalisation. Etabli sur six mois à deux ans, ce programme est appelé « Défense, 2ème chance ». Aujourd'hui, vingt-et-un centres sont répartis à travers la France. Aperçu du centre de Lanrodec, dans les Côtes d'Armor, à Coat-an-doc'h. (DBA 951)
Il est 5h30, une fumée envahit le couloir des chambres, déclenche les détecteurs de fumée et réveille l'ensemble des Volontaires. Tous sortent ! Eh non, il en manque un ! Mais c'était prévu... C'est la journée sécurité, où les Volontaires participent à différentes activités (voir encadré).

Casser une fausse image
ceintureD'autres projets sont prévus : action citoyenne où les Volontaires sont présents aux cérémonies du 8 mai et du 11 novembre ; action de solidarité où, ceux qui le souhaitent, participent à la préparation de la braderie avec les compagnons d'Emmaüs ; action environnement par le nettoyage des lavoirs avec les agents municipaux ; journée rallye citoyen ; participation aux exercices départementaux (plan d'urgence, plan rouge...). « Les rendre autonomes, leur apprendre à savoir faire face à l'imprévu font partie de nos objectifs, dit Hélène Bolez, directrice administrative. Ces différents projets ont aussi un impact sur l'extérieur. Au départ, le centre était catalogué comme accueil de délinquants. Les projets mettent les Volontaires en relation avec la population environnante, qui les perçoivent autrement. Ils sont  appréciés par leur tenue et leur sens du respect. » Un aspect important du dispositif est d'apporter ou de rafraîchir une éducation civique et comportementale conjuguant théorie et mise en application quotidienne, avec une formation aux premiers secours et au code de la route. « L'EPIDE n'est pas une caisse à outils supplémentaire pour aider à l'insertion sociale et professionnelle des jeunes, ajoute Rolland-Marie Heussaff, directeur du centre, c'est une poignée orthopédique sur un des outils d'insertion existant déjà. Nous ne faisons rien, seuls. Le dispositif permet de travailler à la socialisation. C'est le parcours citoyen, l'estime de soi, des autres ; se sentir bien dans la société avec ses règles. »

La formation
Un autre aspect important du programme est une remise à niveau des fondamentaux scolaires avec un enseignement adapté aux besoins de chaque élève. L'objectif est de faire acquérir aux Volontaires, en six mois de formation, le niveau de certificat de formation générale ainsi qu'une initiation à l'informatique et à la navigation sur Internet. Le troisième volet du programme : donner aux Volontaires une préformation par le biais d'une insertion professionnelle qui favorisera l'embauche dans des secteurs d'activités tels que les services en entreprise de Bâtiments et Travaux Public, en hôtellerie-restauration, les services d'aide à la personne,... Durant les trois premiers mois, le Volontaire met en place son projet professionnel, dit Nicolas Muller, chef de section. Ensuite, un premier stage d'immersion d'une semaine permet au jeune de valider son projet et à l'entreprise de l'évaluer en milieu professionnel. Le Conseil d'orientation fait le point avec le jeune et envisage avec lui la suite de sa formation. Suivant les motivations du Volontaire et les capacités de l'entreprise, celle-ci pourra proposer un CDI  dès que le jeune sera prêt à quitter le centre. D'autres entreprises proposeront un contrat en alternance, pouvant déboucher sur un CDI.

Le cadre
L'encadrement est composé de 31 personnes : des professeurs issus de l'Education Nationale, des cadres dédiés à l'accompagnement des jeunes et à l'enseignement de la formation civique, une équipe en charge de l'insertion professionnelle. 60% ont eu un passé militaire suivi d'une expérience professionnelle : « La pédagogie de l'EPIDE, est un travail relationnel, explique Guy Juhel, responsable des cadres de contact et de l'ensemble des Volontaires. Nous ne sommes pas dans une relation de parents à enfants, ni de copains à copains. Le règlement permet d'être juste pour tous. Ce n'est pas facile pour certains Volontaires de rentrer dans ce cadre. Leur volonté est mise à l'épreuve. Le moniteur/tuteur et le référent les aident à la maîtrise d'eux-mêmes. Cela prend du temps. On fait preuve alors de compréhension tout en restant ferme sur le règlement. »
Pour améliorer leur quotidien, une commission participative du centre se retrouve deux fois par trimestre. Des délégués des Volontaires y participent. C'est un moment privilégié où toutes les questions d'organisation, d'aménagement,  sont abordées.
Par ailleurs, un Pôle social a été mis en place. Organisé en sus de ''l'offre de service EPIDE'', il permet de prendre en compte les problèmes périphériques (endettement, problèmes judiciaires, logement, alimentation, etc.) qui peuvent ralentir le projet de vie. « Les jeunes ont un lieu où ils peuvent, auprès de quelques cadres particulièrement attentifs, évoquer leurs problèmes personnels, explique Hélène Bolez. On essaie alors de les responsabiliser afin qu'ils trouvent des lieux pour être aidés, rechercher un logement, trouver du travail. On est là, plus comme stimulateur, et c'est le Volontaire qui prendra la décision. Des structures existent et il est important qu'ils puissent réagir quand quelque chose ne va pas. »

Des jeunes Volontaires
Les jeunes sont appelés V.I. (Volontaire pour l'Insertion) car ils choisissent personnellement et librement de suivre cette formation. Une journée d'accueil a lieu tous les deux mois. Ils signent un contrat. La période d'essai est de deux mois.  La plupart arrivent suite à la journée d'appel de préparation à la Défense (JAPD). La Mission locale envoie aussi des jeunes. Et il peut y avoir des candidatures spontanées.
Après ces deux mois de formation, la promotion vit une semaine de cohésion dans une base de plein air où les V.I. font du canoë, de l'escalade, du VTT, tir à l'arc, etc. C'est une occasion de découvrir le Volontaire en dehors du cadre très organisé du centre et, parfois, de voir émerger des personnalités ou des qualités insoupçonnées. L'ambiance est détendue. Certains disent même que c'est la première fois qu'ils partent en vacances. Ils osent une parole. Ils sont entre eux. Cela permet de former le groupe. Jonathan est arrivé, il y a trois mois. Il a loupé de peu son CAP de boulanger : « Ici, tout se passe bien pour moi. La vie à l'internat, les cours. Je me sens soutenu par ma famille. Elle m'encourage, et elle s'intéresse à ce que je fais. Nous avons aussi une fois par moi, la journée « autonomie ». Chaque Volontaire prend, à cette occasion, une fonction de responsabilité. »  

En deux ans d'existence, le centre de Lanrodec a accueilli environ deux cent quarante jeunes et une cinquantaine a trouvé un travail. Ce passage à l'EPIDE leur aura donné la possibilité de se poser, de réfléchir à leur histoire en ouvrant une nouvelle page à leur vie pour construire leur avenir en devenant acteur de leur propre insertion.

Vincent GRODZISKI

Mêler rigueur comportementale, acquisition des fondamentaux scolaires, et réinsertion sociale, basée sur le volontariat, une bonne idée ?
Donner votre avis sur ce dispositif au 09.79.94.38.37, ou par mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.    


Site Internet www.epide.fr
Centre EPIDE de Lanrodec - Coat An Doc'h - 22170 Lanrodec
Tel : 02 96 32 67 10 - Télécopie : 09 96 32 67 17


Au programme de la journée sécurité : intervention sur bac à feu avec utilisation d'extincteurs ; exercice voiture tonneau ; simulateur de choc ; exercice avec des lunettes d'imprégnation alcoolique ; intervention de la gendarmerie concernant la prévention et la répression en état alcoolique et excès de vitesse ; intervention des pompiers pour l'accidentologie ; intervention des parents d'Elodie, décédée dans un accident de voiture. Dès le lundi, un travail de sensibilisation est effectué par des affiches et sets posés sur plateau repas du self.

Journée type : 6h00: lever, toilette, rangement et aération de la chambre ; 07h00 : petit déjeuner ; 07h30/08h00 propreté des lieux de vie ; 08h00: lever des drapeaux ; de 8h30 à 12h00 : travail ; 12h00 : déjeuner ; de 13h30 à 17h00 : reprise du travail ; 17h00 : descente des drapeaux national et européen ; 17h30 : poste de propreté ; 18h00 : étude ; 19h00: dîner ; 20h00 : le JT obligatoire ; 20h30 : foyer et quartier libre en chambre jusqu'à 22h30 ; 23h00 : extinction des feux. Dans la journée, 2 heures de sport  sont programmées.



 

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