Sur la corde raide

Fabrice Pellerin et les JO

fabrice¨Notre numéro d'été, présentait Camille Muffat et Clément Lefert, anciens élèves du lycée Don Bosco de Nice, sélectionnés en natation pour les JO de Pékin. « S'ils n'ont pas remporté de médailles, ils ont fait de très bons résultats » estime Fabrice Pellerin, leur entraîneur. Un homme de conviction sur le sport et ses vertus éducatives.(DBA 951)
DBA : Comment êtes-vous devenu entraîneur des élèves du lycée Don Bosco ?
Fabrice Pellerin : C'est la rencontre de deux désirs : je suis entraîneur à l'Olympic Nice Natation (ONN). Je cherchais un partenaire scolaire qui accepterait un aménagement d'horaires compatibles avec un entraînement sportif. Je pense qu'on ne peut pas demander à des jeunes de tout investir dans le sport. Le lycée Don Bosco offrait ce type d'organisation. Tenir ensemble le scolaire et l'entraînement est une nécessité car l'un influence l'autre. J'ai senti à Don Bosco des gens proches des jeunes. L'aspect multipartenaires permet de repérer ce qui ne va pas et de rectifier. Il y a 100 % de réussite au Bac et les résultats sportifs sont à la hauteur de ce dont on rêve en tant qu'entraîneur !

fab-et-camDBA : Camille et Clément, des jeunes exceptionnels ?
F.P. : Il y a un profil de jeunes plus ou moins sensibles à des dérives. Le cadre est important. Ici, ils savent qu'ils sont privilégiés et qu'il y a des conditions : comportement adéquat, résultats corrects, maintien de certaines contraintes : rendre des comptes, s'organiser, prendre des rendez-vous pour des cours de soutien scolaire. Les sportifs sont regroupés dans des classes particulières, mélangés à d'autres sportifs d'autres disciplines ou à de jeunes artistes. Dans une même classe, il y a des nageurs, des cyclistes, des musiciens, des danseurs.

DBA : quelle est votre visée pédagogique du sport ?
F.P. : Les nouvelles générations ont de plus en plus de mal avec la pratique du sport. Aujourd'hui, la société donne l'immédiateté des choses sans contraintes. La culture de l'effort est remplacée par celle de l'excuse. Nous, nous demandons au jeune sportif de formuler un projet. Puis on fixe avec lui des objectifs précis. On lui fait conjuguer ensemble le désir et l'engagement : « Pour aller aux JO, je dois faire tel temps. Il y aura telle dépense d'énergie à fournir et je m'y engage. » Quand on parle avec ceux qui ont fini leur carrière, ils disent que cela les a construits.
Dans une société de consommation et de plaisir, le sport amène une nuance importante : la joie. Le sportif apprend l'avantage qu'il a à repousser tous les plaisirs pour connaître une joie plus grande : la joie de la réalisation de soi. « J'ai su me prendre en mains, me donner de petits objectifs pour arriver à de grands résultats. »

DBA. La drogue, le dopage omniprésent dans les médias à propos du sport. Qu'en pensez-vous ?

F.P. : La drogue, le dopage sont le signe qu'on est dans une quête de l'objet sportif (avoir une médaille, être le meilleur, gagner beaucoup d'argent...) et non plus dans la construction de soi. On fait du sport pour exister socialement. Les médias ne communiquent plus sur la performance du sportif mais sur son look, sa gloire.

DBA : quelle lecture faites-vous des Jeux Olympiques récemment vécus ?

F.P. : Pour les sportifs, c'est formidable. Une élite rencontre l'élite planétaire. Il y a un sentiment de paix partagée. Tout le monde se retrouve dans des réfectoires immenses. Tout est gratuit. Restaurant ouvert 24 heures sur 24. C'est grisant. On est sur un nuage.
Mais il y a un piège : beaucoup de sportifs, une fois arrivés, deviennent consommateurs, spectateurs et font des contre-performances. À nouveau, on les extrait de toutes contraintes.
C'est tout sauf la réalité. Aux JO, tout le monde est beau, c'est la paix mais est-ce la vraie paix ? On a uniformisé tout, il n'y a plus cet effort à faire pour rencontrer la culture de l'autre.
Un exemple : alors qu'il y a toutes les spécialités de restaurants pour que chacun puisse manger dans ses habitudes culturelles, tout le monde se retrouve au Mac Donald !
Les comportements des sportifs sont influencés par l'évolution du sport. Il y a une gestion économique et médiatique de la médaille : le champion se retrouve entouré d'avocats, de conseillers financiers et d'attachés de presse. Cela change le sens du sport.
tenuejo

DBA : et Camille et Clément, comment s'en sortent-ils ?
F.P. : Leurs temps ont été à la hauteur de ce qu'ils pouvaient donner. Ils se sont très bien comportés, même si pour l'instant, ils ne font pas l'analyse critique que je fais et sont encore un peu dans « les JO, c'est formidable ». Au plan sportif, « ils sont dedans ». Ils recommencent en 2012.

Interview réalisée par Joëlle DROUIN

Les impressions de Camille aux JO
record« Tout est grandiose : l'arrivée au village olympique, une véritable ville, avec des bus, deux restaurants immenses avec toutes les nourritures du monde, des magasins gratuits, des espaces pour apprendre le chinois (gratuits). On croise des sportifs célèbres tels que tennismen, basketteurs américains... Puis les installations olympiques hors du commun. Bref, chaque jour des découvertes, un vrai rêve.
En natation individuelle, je n'ai pas réalisé mes meilleurs temps. Tout est impressionnant et il est difficile de ne pas être déstabilisé. Ce n'est pas tous les jours que l'on affronte les meilleurs Américains, Australiens... devant un public énorme, et des millions de téléspectateurs.
Ensuite, pour le relais 4 x 200 mètres nage libre, j'ai réalisé mon meilleur chrono, et avec les filles, nous battons le record olympique en série, puis en finale nous terminons 5è. C'est un très bon souvenir.
Le retour à la réalité est difficile... Nous nous retrouvons chacun de notre côté après plus d'un mois passé tous ensemble à partager des émotions incroyables. Nous retombons dans la routine, presque l'anonymat alors que, quelques jours avant, nous étions des stars. Les premières semaines ont été un peu nostalgiques mais après ça passe et il ne reste que les bons souvenirs. J'ai repris l'entraînement et puis tout redevient comme avant. Une nouvelle saison commence et, après avoir vécu les JO, il est clair que j'ai envie de les refaire, donc il faut s'entraîner encore plus dur.
Mes projets pour cette année sont les championnats du monde à Rome, tout en continuant les études et je garde en ligne de mire Londres 2012 même s'il y a encore 4 ans, le temps passe vite...»

 

Commentaires 

 
# chastang 2009-03-19 13:01 Nous sommes fiers de Clément et Camille. Nous savons tout l'investissement qu'il a fallu pour arriver à ce niveau de la compétition. Mais surtout, je tiens à souligner leurs grandes qualités humaines. Ils ont su rester simples et naturels. Leur passage dans l'établissement est toujours un moment très apprécié. Tout Don Bosco Nice les soutient. Nous sommes sûrs qui nous réservent de belles performances pour l'avenir.
Bernard Chastang
Chef d'Etablissement.
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