Slovénie au coeur de l'Europe |
Page 1 sur 2 Qui, des Slovènes ou des Français, sont les mieux équipés en téléphones mobiles ou surfent le plus sur Internet ? Eh oui ! Toujours se méfier des apparences. La Slovénie, qui a présidé l'Union européenne durant tout le premier semestre 2008, est un petit pays de deux millions d'habitants. Mais, comme disent les Anglo-Saxons, small is beautiful. Et la Slovénie n'a pas volé son surnom de "Suisse de l'Est". Et pourtant. Pourtant. (DBA N°952)Au départ, ils étaient six. Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie. Six petites nations devenues au lendemain de la Première Guerre mondiale la Yougoslavie, futur "grand pays" du communisme d'Europe de l'Est. Un communisme qui s'installe après l'autre guerre, celle de 1939. Le régime se durcit et les religieux, notamment les salésiens et salésiennes, sont mis à l'écart. Leurs écoles, confisquées. "Chez nous, à Bled, ils sont venus avec un camion. En trois ou quatre heures, toutes nos affaires ont dû être portées sur ce camion et transportées chez les sœurs carmélites à Ljubljana, la capitale", se rappelle Sœur Terezjia "Nous faisions partie du voyage. Peu après, nous avons dû quitter nos communautés, nos habits de religieuses et repartir dans nos familles". Un enfouissement, au cœur de la société yougoslave, qui durera plusieurs décennies et qui mènera certaines sœurs jusqu'à la prison. Car elles poursuivront leur apostolat malgré tout." Nous nous arrangions par exemple toutes chaque année pour faire une retraite en nous cachant chez les salésiens de la paroisse voisine. Les prédications se faisaient dans la cuisine. Comme ça, s'il y avait une visite des militaires, toutes les sœurs se mettaient à s'affairer en cuisine".
1991, le tournant Ainsi, fileront les mois, les années, les décennies du communisme. Jusqu'à la chute du mur de Berlin... et, deux ans plus tard, le tournant de 1991. Alors que les autres nations, Croatie, Serbie et bien sûr surtout Bosnie, s'enfoncent dans la guerre, la Slovénie obtient son indépendance le 25 juin, après seulement dix jours de guerre. Et quasiment sans effusion de sang. "Des six nations, c'est elle qui voulait le plus la démocratie, qui était la plus développée. Elle a toujours rêvé d'Europe", explique Antonia Bernard, professeur de slovène à l'Institut national de langues et civilisations orientales à Paris et auteur de plusieurs ouvrages sur le pays. L'Europe justement. Après 1991, tout s'accélère pour ce petit pays de deux millions d'habitants. Avec cinq autres (Pologne, Hongrie, etc.), il intègre l'Union européenne le 1er mai 2004 et a donc été, l'an dernier, le premier de ces "petits nouveaux" à présider l'Union européenne. Il est aussi depuis mars 2004 membre de l'OTAN et a intégré la zone euro en 2007, devenant, ainsi, une sorte de trait d'union politique entre les deux ex-blocs. Ce trait d'union, la Slovénie l'est aussi géographiquement, confortablement nichée entre l'Italie, l'Autriche d'un côté, la Croatie et la Hongrie de l'autre. ![]() La géographie, d'ailleurs, c'est l'autre génie slovène. Le pays des ours que l'on importe dans les Pyrénées s'est choisi comme slogan touristique "la nature à taille humaine". Et il y a de ça, lorsque, traversant le pays du nord au sud, on emprunte l'autoroute de Jesenice à Koper. Envie de montagne ? Bienvenue dans les Alpes juliennes, ses stations de ski et son mont Triglav qui culmine à 2 834 mètres. Envie de douceur méditerranéenne ? Il suffit de descendre de cent cinquante kilomètres pour atteindre la côte Adriatique, et le golfe de Venise. Envie de nature ? Elle est partout dans ce pays verdoyant et préservé. Envie de culture ? Ljubljana offre ses trésors, de son château des ducs de Carinthie à l'église franciscaine de l'Annonciation. Au service de l'Église C'est dans ce contexte de forte occidentalisation, après des décennies d'interdiction de vivre sa foi que salésiens et salésiennes œuvrent. "À partir de 1948, il n'y a plus eu ni école chrétienne, ni catéchisme à la paroisse dans le pays. C'était interdit", rappelle une Sœur salésienne, "Aujourd'hui, il faut faire le catéchisme aux parents car il n'y a pas eu de transmission de la foi depuis deux générations". Les salésiens sont reconnus dans le pays comme les spécialistes de la pastorale des jeunes. Depuis plus de 20 ans, les fils de Jean Bosco proposent aux paroisses un programme d'activités, avec des animations chrétiennes et des activités diverses. Ce programme fait l'objet d'une publication par la maison d'éditions "Salve", qui se trouve à Ljubljana. "La faiblesse de la transmission de la foi chez les jeunes slovènes vient de ce que la catéchèse paroissiale se réduit souvent à un enseignement, à des notions ; il manque des lieux et des moments pour une expérience de vie chrétienne. Notre programme pour les "oratoires" ou centres aérés répond à cette demande", explique le père Zandko. Un programme d'ampleur, puisqu'il touche environ 40 000 jeunes et 4 000 éducateurs dans 270 paroisses. Un véritable mouvement de jeunesse."En outre, poursuit le père Zandko, les salésiens organisent des camps de vacances en montagne de deux ou trois semaines. Au cours de ceux-ci, les jeunes peuvent vivre en groupe et faire l'expérience de la spiritualité. Notre maison de Zelimne, qui est un lycée d'enseignement, répond elle aussi à cette demande en accueillant des groupes durant les temps des vacances. » C'est parmi ces jeunes que les salésiens trouvent leurs futurs animateurs et collaborateurs, ceux qui transmettront la spiritualité et la pédagogie de Don Bosco, et les vocations salésiennes. "Le Père Provincial actuel insiste pour que les salésiens soient des experts en pastorale, et certains se forment dans ce but", précise Zandko. La maison salésienne de Ljubljana, la capitale, concentre ces caractéristiques : un sanctuaire dédié à Marie Auxiliatrice, centre d'activités paroissiales ; un grand bâtiment assez neuf avec des salles destinées aux activités pastorales et un espace de cours et pelouses pour jouer ; une maison d'édition spécialisée dans la production d'outils pour la catéchèse, l'animation des jeunes, la pastorale paroissiale, la liturgie. Les évêques ont confié aux salésiens ce secteur de mini-édition qui n'est pas facilement rentable, puisque la langue slovène se réduit à un territoire assez exigu, avec un nombre limité de paroisses et une population d'environ 2,5 millions d'habitants. C'est en multipliant les produits que la maison d'édition peut subsister. Celle-ci est dirigée par deux salésiens et occupe dix employés. Une belle "entreprise", qui réalise des parcours catéchétiques, des DVD, des bulletins paroissiaux, des images pieuses dont les Slovènes font encore un grand usage lors des fêtes. Et le bulletin salésien, le DBA local ? Il est publié tous les deux mois, à environ 12 000 exemplaires. "Distribué gratuitement, il vit grâce aux dons", explique le père Zandko. Nichée au cœur de l'Europe, la Slovénie cultive donc ses particularismes, ses charmes. Tout en s'ouvrant au monde. "Il faut cesser de regarder les petits pays avec condescendance. Ils ont l'habitude de vivre dans de grands ensembles. Ils savent conjuguer sentiment d'appartenance à la petite patrie et à la grande patrie, en l'occurrence pour les Slovènes à la Slovénie et à l'Europe", prévient Antonia Bernard. Démonstration avec l'action pastorale des salésiens slovènes et ces liens privilégiés avec l'Angola où des petits groupes de jeunes partent régulièrement durant les vacances pour animer des paroisses et des centres de jeunes. "Chaque année, quelques-uns participent aussi à l'animation de centres aérés en Flandres, près de Louvain, dans le cadre du réseau jeunesse européen", illustre aussi le père Zandko. |
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