En prison, elles ouvrent des portes…

Dessin d'un enfantMme Marie-Laure Gilbert est bénévole de l’association « Les relais enfants parents » et Claire Geoffray est responsable de l’aumônerie de la prison de Nanterre. Elles nous font découvrir les liens qu’elles établissent avec les prisonniers. (DBA n°954)

marie-laureMarie-Laure Gilbert présente l’association créée en 1986 à Montrouge par une éducatrice, Marie-Claire Blanco. « Quoi qu’il arrive, l’enfant a droit à son papa et à sa maman. » Or en prison il y a 5 % de femmes et 95 % d’hommes. Et lorsqu’une maman vient avec un de ses enfants voir son époux en prison, c’est elle qui prend toute la place dans la rencontre. Pourtant il est indispensable pour l’enfant de maintenir le lien personnel avec son parent incarcéré. D’où l’idée de faire accompagner l’enfant par une personne bénévole et formée qui saura s’effacer et permettre la rencontre du père avec son enfant.

Favoriser la rencontre
Les relais ont obtenu de pouvoir organiser dans certains établissements pénitentiaires des parloirs avec armoire de jeux, peluches, matériel à dessin, etc. qui favorisent l’échange et la relation entre l’enfant et son parent. Il comprend que « le papa n’est pas que son acte qui l’a conduit en prison. »
« Une fois une maman est venue avec son bébé de 10 mois. Elle ne voulait pas le laisser à la bénévole - Je ne vous le donne pas, car il pleure ! – Ayant accepté, la bénévole pose l’enfant sur les genoux du jeune père de 25 ans, tout désemparé « Qu’est-ce qu’il faut faire, je ne sais pas… » - Allez dans le coin là-bas où il y a les peluches, et trouvez ! Deux heures après, c’était le bonheur entre le fils et le père qui conclut : « Maintenant je ne veux plus jamais toucher à la drogue… »
Généralement la bénévole doit aller en banlieue ou en province, souvent dans la famille d’accueil, pour prendre en charge l’enfant, assurer le voyage, être présente à la rencontre et faire le retour. Quand on doit convoyer ainsi le même enfant plusieurs fois, on s’attache. Mais il faut couper pour que l’enfant puisse tenir debout sans nous. « Avec ce petit bout de chou congolais de 5 ans, il fallait deux heures et demi de trajet entre Rennes et Fleury pour venir voir sa maman. Il était tout le temps sur mes genoux. Sa mère rêvait, vivait dans l’irréel. À sa sortie, elle a été reprise par son réseau de drogue, et s’est suicidée. Les services sociaux ont retrouvé dans ses papiers une lettre avec l’adresse d’un papa. L’homme a accepté de voir l’enfant plusieurs fois en 6 mois, et a décidé finalement de le garder. »
Mais il y a des parents et des enfants qui refusent. C’est trop dur. Une fille de 13 ans qui venait voir sa mère, malade psychique, perverse, aimant à faire souffrir les autres, a décidé de tout arrêter à la cinquième rencontre.

Une formation approfondie
Les bénévoles ne s’improvisent pas. Ils bénéficient d’une équipe de formation composée d’une technicienne des pratiques sociales, d’un psychanalyste, et d’un juge pour enfants dispensant un programme de qualité, ayant maintenant plus de 20 ans d’expérience.
Dans certaines prisons, à Fresnes par exemple, l’association est arrivée pour Noël ou la fête des Pères, à organiser une fête sur place. Quand vous réunissez 40 enfants et 25 papas pendant deux heures, avec des clowns, un goûter, des jeux et des cadeaux, c’est fabuleux.
Dans plusieurs prisons de femmes, des animatrices gèrent des groupes de parole, et des volontaires compétentes aident les mamans à fabriquer des objets destinés à leurs enfants. Ces « objets relais » seront vus par les enfants comme une preuve tangible de l’amour de leur mère, malgré l’incarcération.
Pour les pères, c’est plus difficile, ils parlent des courriers, des visites, et ont plus de mal à définir leur rôle. Il faut savoir qu’un mois s’écoule en général entre l’envoi d’une lettre et l’arrivée de la réponse, car l’administration lit toutes les lettres !
En conclusion : l’association assure plus de 2 500 accompagnements d’enfants par an, des permanences dans 20 % des établissements pénitentiaires de France, grâce à 300 volontaires encadrés de professionnels. Être volontaire apprend à ne pas juger, et à aider les enfants à ne pas juger leur parent emprisonné.

La prison au quotidien

claireClaire Geoffray est mère de famille de six enfants dont trois musiciens. Elle a commencé par animer la liturgie avec ses enfants dans la prison moderne voisine de Nanterre, prévue pour 500 personnes et qui en abrite déjà 900. Devenue responsable d’aumônerie, elle a les clefs et visite tous les prisonniers dès qu’ils arrivent. Ensuite, elle répond aux demandes. Mais en prison, tout se fait par écrit, et plus du tiers des prisonniers ne savent pas écrire en français. Quelques-uns peuvent travailler, mais il n’y a pas de travail pour tous. Par contre tout se paye : savon, linge, coiffeur, supplément de nourriture, etc. à partir de l’argent qu’on a déposé en arrivant sur le compte de la prison. Il y a une ou deux heures de promenade par jour, où on tourne en rond dans une cour. Mais certains ne sortent jamais, car ils risqueraient leur vie, en particulier les pédophiles, que les autres sont prêts à massacrer, ou ce garçon qui était tellement terrorisé qu’il n’a pas quitté sa cellule et ne s’est pas changé pendant deux mois. Il y a peu de surveillants. En cas de besoin, on peut appeler longtemps avant que quelqu’un ne bouge ! Après 17 h 30, il n’y a plus dans la prison de personnes extérieures.

Aspects de l’aumônerie
Chaque dimanche la messe est proposée dans une salle de sport de cent places, équipée de projecteur vidéo, avec un prêtre féru d’images et d’informatique. Les eucharisties sont très priantes. Et le geste de paix quelque chose de profond. Ainsi deux gars s’étaient accrochés au cours d’un groupe biblique. Ils se sont réconciliés en se donnant la paix à la messe suivante. Il faut savoir voir les « signes ». Un gars disait ne pas croire, mais discutait facilement. Un soir excédé par le bruit habituel des cris et des appels de cellules à cellules dans ce monde de béton, qui durait depuis plusieurs heures, a crié vers Dieu en lui demandant d’arrêter cela… et un très long silence s’est brusquement étendu sur la prison. Pour lui, Dieu lui avait répondu, et tout un chemin de conversion s’est engagé.
Les contacts avec les gardiens sont généralement bons. Ce sont eux souvent qui appellent l’aumônerie : « Allez voir untel, je crois que ça ne va pas. »
En effet, on entend des confidences, des histoires tellement lourdes à porter, qu’en sortant, on a besoin de respirer, de se changer les idées. Claire revient chez elle à vélo, pour évacuer les souvenirs, décompresser, heureuse de retrouver sa famille et une autre vie.
Jean-Pierre MONNIER
 

Commentaires 

 
# Brethes Claire 2009-10-08 14:50 Un immense bravo pour ces actions généreuses si utiles!
De tout coeur avec vous dans cette mission. Courage tous les jours dans cette difficile tâche.
Claire
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