Samuel et Felipe, prisonniers de la rue |
Le Salvador. Pays marqué par la colonisation espagnole puis américaine, la guerre civile, les tremblements de terre, les volcans… mais aussi pays à la population accueillante, serviable, toujours prête à aider… Pays, petit par sa taille mais très dense par sa population. Pays pauvre aussi : 35 % des enfants sont des « enfants de la rue », et bien plus encore sont des « enfants dans la rue », comme Samuel et Felipe. (DBA n°956)Samuel et Felipe vivent dans les quartiers pauvres de la ville. Ils ne sont pas frères, ni même de la même famille, mais ils vivent ensemble chez la grand-mère de Samuel. Leurs conditions sanitaires sont médiocres. Ils dorment tous dans une même petite pièce avec la petite sœur, les deux petits frères de Samuel et la grand-mère. À l’extérieur s’amoncellent toutes sortes d’objets récupérés dans la rue : vêtements, chaussures, poussettes, four, radio K7, jouets, et d'autres choses indéfinissables qui ont dû leur servir et qui actuellement sont stockées là. De grosses pierres inconfortables couvrent le sol. À l'entrée d'une pièce, coule un filet d'eau usagée jusqu'à la rivière un peu plus bas. À ras du sol sont pendus tous les vêtements. Cela ne laisse que très peu de place, sans compter les quatre chiens.
Ces conditions de vie et le manque d'espace font que Samuel et Felipe restent la plupart du temps dans la rue avec leurs amis qui vivent dans les mêmes conditions, voire qui n'ont même pas de toit ou de famille. Tous sont habitués à la liberté que leur offre cette rue. Libres mais sans règles, sinon celles du plus fort. Habitués à se faire de l'argent facile, en se donnant une nuit à un de ces hommes sans nom ; ces enfants adultes appartiennent souvent à des gangs dangereux qui les utilisent pour des trafics de drogue, des assassinats, ou toutes sortes d'activités criminelles. Ils ont tous des vêtements souvent trop petits ou bien trop grands. La terre marron colore leur visage et les cicatrices aux pieds sont signes de toutes leurs souffrances. Comme tous leurs amis, Samuel et Felipe ont une petite bouteille en plastique qui leur est chère. Elle leur permet, le matin, de s'évader, l'après-midi d'oublier la faim, et le soir de ne pas penser à ce qui va se passer la nuit. C'est leur drogue, la drogue d'un pauvre, du simple solvant caché au fond, destructeur. Il arrive souvent que Samuel et Felipe passent la nuit dehors et rentrent au petit matin, sans que personne sache ce qui s'est réellement passé. Sortir les jeunes de leur place
Ils ont eu l'opportunité de connaître Fabiola et William, deux éducateurs. Ceux-ci viennent leur rendre visite à peu près tous les matins sur la « place », territoire des jeunes. Lorsque ceux-ci arrivent, tous les jeunes accourent vers eux, criant leurs noms, et en leur sautant dans les bras. Ils sont joyeux. Ils vont pouvoir enfin s'amuser. Les deux éducateurs ont emmené avec eux des mikados et un jeu de dames. Par le jeu, Samuel et Felipe réapprennent peu à peu à respecter des règles, à respecter son prochain, et à découvrir qu'ils sont capables de réussir quelque chose. Ils reprennent confiance en eux. Parfois, ces deux éducateurs emmènent ceux qui le veulent en dehors de la place, manger un bon repas, peut-être le seul de la journée, et aller au cinéma. Cela leur permet de voir ceux qui sont prêts à sortir de cette place, et ainsi de leur proposer un autre projet.Samuel et Felipe se sont sentis prêts à aller plus loin avec Fabiola et William. Le projet des deux éducateurs « Amigo para siempre », s'adapte à chaque jeune. Parmi les propositions : « Buscando un camino ». Un lieu, situé à une trentaine de minutes en bus de la place où sont les jeunes. Là, se trouvent bureaux pour travailler, jeux pour continuer à s'amuser, douches pour se laver et nettoyer ses vêtements, et lits en cas d'urgence. Sur le mur en face de l'entrée est écrit : « bienvenido a buscando un camino ». Déjà, on s'y sent accueilli. L’éducateur dessine en grand une lettre de l’alphabet, avec des yeux, un nez, un sourire. Une fois la lettre trouvée, les jeunes dessinent l'intérieur comme ils le souhaitent. Ils enrichissent leur vocabulaire, apprennent à lire et à écrire. Là, ils peuvent manger un vrai repas partagé dans la joie. Samuel et Felipe, eux, ont choisi le « polydeportivo », une autre proposition pour apprendre un sport. Fabiola part chercher les deux amis et en profite pour rendre visite à la grand-mère. Le temps d'une toilette de chat et d'une partie de mikado, Samuel et Felipe sont prêts. Les voilà partis pour le Polydeportivo de Soyapango, ville qui touche la capitale. Ils se sont habillés de leurs plus beaux vêtements et coiffés de gels. C'est ainsi que du lundi au vendredi, ces deux jeunes font toujours le même voyage en bus pour participer aux cours de foot de l'après-midi, et ce, pendant un an. C'est l’occasion de réapprendre à respecter des horaires, respecter ses camarades et professeurs. Lors de l'entraînement, habillés de leurs vêtements de foot, une vingtaine d'adolescents comme Samuel et Felipe ne ressemblent plus à des jeunes de la rue.
L’ultime étape : à Casa Hogar
Samuel et Felipe ont participé activement aux cours de sport pendant la première année. Les éducateurs et professeurs ont pu noter une nette amélioration de leur comportement. S’ils se sentent prêts et que la famille est d'accord, ils peuvent accéder à la dernière étape de l'accompagnement, cette fois beaucoup plus complète : la casa Hogar, un foyer d’accueil de jeunes.Dans ce foyer, l’ambiance « maison » donne à ces enfants une opportunité d'avoir de nouveau confiance en eux après ces années dans la rue. Les éducateurs leur donnent l'amour et l'affection d'un père, d'une mère, d'un ami et d'un frère et cela se ressent.
Malheureusement, certains, après quelques semaines, ne sont pas encore prêts à quitter la rue. Ce fut le cas de Samuel et Felipe qui au bout d'un mois pour l'un, huit mois pour l'autre, sont retournés vivre dehors. Ce n'est pas évident de se réadapter à cette nouvelle manière de vivre, et ils auront bien sûr la possibilité de retourner au Polydeportivo. Reportage réalisé par Simon-Pierre ESCUDERO
Casa Hogar Pour aller plus loin www.fusalmo.org |
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