 Ancien élève du lycée horticole de Ressins et élu local depuis plus de 25 ans, Michel Dantin a été élu, il y a un peu moins d’un an, député européen. Cet ancien conseiller ministériel d’Hervé Gaymard, de Dominique Bussereau et de Michel Barnier est aussi depuis plus de vingt-cinq ans investi auprès de la Fondation du Bocage, à Chambéry. Une façon parmi d’autres, pour lui, d’être fidèle aux engagements de son baptême. (DBA n°957)
L’anecdote est révélatrice : c’était il y a quelques années, à Chambéry, après une tempête, un gros coup de vent. « Il y avait eu beaucoup de casse sur le Bocage, des arbres arrachés, des serres cassées… », se souvient un salarié de cette Fondation salésienne, qui comporte un établissement scolaire (un lycée horticole de 360 élèves) et une maison d’enfants (pour 80 jeunes placés par les services sociaux et la justice). Il est très tôt et, pourtant, dans l’établissement, résonnent, tout au fond, des bruits de tronçonneuse. « Au bout de l'engin, Michel Dantin, en bleu de travail, bottes en caoutchouc, sous une pluie battante ». Michel Dantin ? Le président du conseil d’administration de la fondation, en personne ! « Il occupait à l’époque un poste important à Paris, au ministère de l’Agriculture, mais son objectif, ce jour-là, explique Éric Micod, président de l’amicale des anciens élèves du lycée, c’était de sécuriser au maximum les lieux. Il avait donc, comme à son habitude, troqué le costume cravate pour nous aider sur le terrain ! » Ainsi est Michel Dantin. Un homme de terrain arrivé en politique un peu par hasard et qui, plus de deux décennies plus tard, regarde encore ce monde avec prudence : « Un jour, vous êtes quelque chose. Le lendemain, vous n’êtes plus rien ». Tout commence pour lui en 1960. « Je suis né à Lyon dans une famille catholique pratiquante. Mon père était marchand de charbon ». Sa scolarité lui fait croiser les lassaliens… puis les salésiens. Et très vite, l’engagement public le titille. « En 1980, nous fêtions le tricentenaire de la naissance de saint Jean-Baptiste de la Salle et j’ai été élu président mondial des anciens élèves des frères des écoles chrétiennes ». Il n’a alors que 21 ans et le jeune étudiant en agriculture doit organiser un congrès mondial, en France. « Je crois que c’est là que j’ai pris goût pour la chose publique et pour le contact avec les autres ».
Maire délégué à 23 ans !
Deux ans plus tard, le voilà à Chambéry, en Savoie, « la terre de mes ancêtres ». Il a été recruté par les organisations professionnelles agricoles et se retrouve bien vite dans les équipes de la FDSEA, le puissant syndicat. Pense-t-il à un engagement politique ? Pas forcément, jusqu’au jour où, jeune membre du comité paroissial, il assiste à une rencontre avec l’évêque, durant laquelle une élue locale de Chambéry se montre « particulièrement anticléricale ». Il s’engage alors derrière un gaulliste historique, Pierre Dumas, et se retrouve maire délégué d’Annecy-le-Vieux. À 23 ans ! À la même époque, il est invité à intégrer le conseil d’administration de la fondation du Bocage. « Ce fut tout de suite, pour lui, un investissement très important, avec comme seul but, de faire connaître et reconnaître l'œuvre éducative de la fondation du Bocage », souligne Éric Micod. Discret, « profondément humain », l’homme de terrain qu’il est, apprécié des Chambériens « et faisant l'unanimité dans le monde agricole », prend ses marques. Puis devient, huit ans plus tard, président de la Fondation.
Entre-temps, ce jeunot de la politique a gravi les échelons. En 1985, sans expérience ni réelle notoriété, il présente alors le profil idéal pour être pour son parti de la « chair à canon » : on l’envoie donc, lors des cantonales, se présenter dans un canton de gauche imprenable. Défaite assurée ! « Ça vous fera une expérience », lui dit-on. Une sacrée expérience effectivement, puisqu’il… est élu. Avec 32 voix d’avance. Cette Savoie des années 1980-1990, c’est celle qui se prépare à accueillir les Jeux Olympiques d’Albertville de 1992. « Dix ans à préparer un projet commun, droite comme gauche, mais aussi à rencontrer des gens du monde entier ». Ces années-là sont formatrices et passionnantes jusqu’en 1998. Défaite électorale. Michel Dantin prend alors un peu de recul avec la vie politique. « Un jour, vous êtes quelque chose. Le lendemain, vous n’êtes plus rien » : sa phrase fétiche se vérifie quatre ans plus tard. Jacques Chirac est réélu à l’Élysée. Hervé Gaymard, un Savoyard, est appelé au ministère de l’Agriculture. « Le même soir, il m’appelle. On a parlé 50 minutes au téléphone et moi qui avais toujours refusé d’aller à Paris, j’accepte de le suivre ». Direction Paris, donc, et un poste de conseiller technique en charge de la montagne et de l’environnement. « Ma vie professionnelle, un peu tranquille, a basculé ce jour-là. Je me retrouve notamment en charge des dossiers… de l’ours et du loup ! ». Depuis, quasiment sans discontinuer, l’homme a parcouru les cabinets ministériels, à l’Agriculture ou à l’Économie, partageant sa vie entre Paris et la Savoie.
« Travailleur infatigable »
Cela ne l’empêche toutefois pas d’être très présent au Bocage. « C’est un travailleur infatigable, il est au Bocage la semaine quand son agenda le lui permet, mais aussi le week-end, dimanche compris, souvent tard le soir, ou très tôt le matin », note Éric Micod. Le père Alain Beylot, économe provincial des Salésiens de Don Bosco, complète : « Malgré ses nombreuses occupations professionnelles ou politiques, il est toujours "présent" si la maison a besoin de lui. Et dans les moments délicats, il a toujours travaillé pour aider la maison à surmonter ses difficultés. » Surtout, poursuit le religieux salésien, il est « très attentif à l'esprit éducatif et pastoral du Bocage, veillant à maintenir l'esprit des fondateurs, Costa de Beauregard et maintenant Don Bosco. » Le voilà désormais député européen, avec une conviction : « L’Europe, ce n’est pas quelque chose. L’Europe, ce sont des gens ». « C’est une expérience nouvelle, où les barrières de la langue et les différences culturelles accroissent les difficultés », explique celui qui côtoie au Parlement 731 autres députés. « Cela dit, ce que l’on ne dit pas, ou peu, c’est que ce qui fonde notre projet de construction, c’est notre socle culturel ». Un socle marqué par les valeurs de l’Évangile. « Pour moi, la foi est une clé de lecture, un regard sur certains événements », qui le rapproche parfois d’élus siégeant sur d’autres bancs. « Le fond, c’est le regard sur l’homme ». À 49 ans, Michel Dantin n’en a donc pas encore fini avec « la chose publique » et « le contact avec les autres ». Mais cette fois en plusieurs langues…
Benoît DESEURE
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