La renaissance salésienne en Haïti

Dans la cour de l'école tenue pas les sœurs salésiennes de Thorland vivent depuis le 13 janvier plus de 8 000 personnesAprès le 12 janvier, la présence salésienne en Haïti est à repenser de fond en comble et à remettre en chantier. La Congrégation est tout entière engagée dans ce processus de renaissance. La Belgique et la France salésiennes, qui ont toujours eu des liens nombreux avec ce pays, intensifient leur aide.(DBA n°958)

 

 

 

Le Père Pasual Chávez en compagnie de Sr Marie Claire Jean, provinciale des sœurs salésiennes et du Père Sylvain Ducange, supérieur de de la visitorie d’Haïti.Le séisme a créé un mouvement de générosité extraordinaire dans le monde entier. Le Père Pascual Chavez, Recteur majeur des salésiens, a immédiatement mobilisé toute la congrégation et la famille salésienne, et donné des instructions. En France et en Belgique, de nombreuses personnes ont choisi d’apporter leur aide aux salésiens, confiants que leurs dons seront bien utilisés. Les diverses initiatives mettent en évidence les nombreux liens tissés avec des partenaires haïtiens.

Depuis de nombreuses années, les écoles Don Bosco de Caen et de Giel, en Normandie apportent leur aide et leurs compétences à l’Ecole Nationale des Arts et Métiers (ENAM) de Port-au-Prince. Depuis dix ans, l’association Farnières-Haïti a établi un partenariat avec les maisons de Thorland et Pétionville. Depuis plus longtemps, le Père Augustin Vrecko travaille au développement rural de Bois-Laurence, dans la montagne.


Le bilan de la catastrophe

Pour assurer la sécurité, les murs d’enceinte des œuvres seront à reconstruireLes pertes humaines ont été lourdes. Trois salésiens sont morts, écrasés sous les décombres. Une soeur a été blessée sérieusement, hospitalisée à Saint Domingue, mais rapidement sortie de clinique. Cinq cents élèves, sans doute davantage, ont péri dans l’effondrement de l’ENAM, fleuron de l’enseignement salésien, et dans la destruction du bâtiment principal des “Petites Ecoles” créées par le Père Bohnen.

Les dégâts matériels sont énormes. Avec six maisons complètement détruites ou fortement touchées, les salésiens ont pratiquement perdu la plus grande partie de leurs outils de travail. Chez les soeurs salésiennes, les structures ont mieux tenu en général, mais des bâtiments se sont écroulés. Partout, les meubles, les instruments de cuisine, le matériel technologique, ont été pillés.

Les salésiens et les salésiennes, leurs collaborateurs et les jeunes auxquels ils s’adressent sont restés traumatisés. Ce qu’ils ont vu, des cadavres de jeunes et de personnes connues, atrocement mutilés, ne peut se dire. Beaucoup n’osent plus rentrer dans les bâtiments, sont toujours en état d’alerte, s’affolent pour des secousses imaginaires. Ils dorment dans leur voiture, dans des tentes ou à l’extérieur. Certains sont complètement abattus, incapables de réagir, et ceux qui font face avec courage sont débordés et s’écroulent de fatigue. Les communautés de la capitale et notamment les services provinciaux se sont repliés sur Pétionville.

Il faut faire face aux premières nécessités, et en même temps penser à l’avenir. Rapidement les locaux et les terrains des pères et des soeurs ont été envahis par des centaines, puis des milliers de personnes. Environ 15.000 au début du mois de mars, dans les maisons de Thorland, Pétion-Ville, et Port-au-Prince. Les soeurs et les pères organisent les campements, le ravitaillement, les services d’hygiène, avec les organismes qui fournissent les tentes, la nourriture, les médicaments, l’approvisionnement en eau, les latrines, etc. Les bâtiments qui ont résisté et qui peuvent fermer servent d’entrepôts. La “grande maison jaune” de Thorland est convertie en pharmacie, la Maison Provinciale des soeurs accueille des religieuses d’autres congrégations sinistrées.

À Pétionville, le dispensaire lié aux deux écoles salésiennes, créé par une infirmière belge, a été ouvert aux familles du quartier. Les soeurs, les pères et leurs collaborateurs se sont mis à l’écoute des enfants terrorisés, des jeunes traumatisés, des parents désemparés pour consoler ceux qui ont perdu des proches, parfois toute leur famille, faire parler ceux qui sont devenus muets, convaincre ceux qui refusent de s’alimenter, évacuer le stress et le mal au ventre qui ne les quittent pas. Le dimanche, une soeur expliquait qu’il ne s’agit pas d’un châtiment de Dieu, et qu’il ne faut pas se laisser aller au fatalisme.

Il faudrait rapidement organiser la rentrée scolaire, mais personne n’ose pénétrer dans les bâtiments. À Pétionville, fin février, le père Victor a commencé à rassembler trois jours par semaine les élèves survivants. On ne rentre pas dans les bâtiments, mais un sachet repas est servi dans la cour, et on propose des activités. Les divers établissements scolaires catholiques – ils sont nombreux – se sont concertés et ont décidé de reprendre tous ensemble, afin de ne pas défavoriser les établissements complètement effondrés ou non sécurisés.


Un programme d’action

dba958_haiti_003Le Père Chavez a immédiatement demandé aux salésiens de Saint-Domingue d’être la tête de pont pour l’acheminement des secours. Il a désigné le père Mark Hyde, économe de la Procure missionnaire de New Rochelle, Etats-Unis, comme coordinateur des projets et centralisateur des fonds. Lui-même a séjourné trois jours dans le pays pour manifester sa solidarité et s’imprégner de la situation. Après de multiples rencontres de concertation entre tous ces partenaires, il esquisse un programme d’aide à court et à long termes.

En premier lieu, la sécurité : reconstruire les murs d’enceinte des œuvres actuellement envahies par ceux qui fuient les bidonvilles détruits et soumises aux pillages. On craint que les réfugiés ne s’installent définitivement !

En second lieu, penser l’éducation : reconstruire l’ensemble des « Petites écoles », notamment celles du bidonville de Cité Soleil, avec les cuisines qui assurent un repas par jour aux élèves ; élaborer un plan pour « Lakay » qui accueille les garçons de la rue. Trouver un nouvel emplacement pour l’ « ENAM», de manière à offrir un Centre de Formation professionnelle à la hauteur de la demande.

En troisième lieu, former des éducateurs et des animateurs pastoraux : à Thorland, il faut rebâtir la maison d’accueil pour retraites spirituelles, formations pédagogiques, etc. Ailleurs, il faut reconstruire les œuvres paroissiales. Une réflexion approfondie définira les besoins pour la formation des salésiens et pour les services provinciaux. Les œuvres situées en dehors de la zone de Port-au-Prince sont repensées dans ce sens. A Fort-Liberté, on privilégie l’école de formation d’enseignants, nécessaire pour former le nouveau type d’éducateurs dont Haïti a besoin.

Mais le défi bien plus immense est de faire naître des conditions de vie vraiment humaines, respectueuses des droits de tous, abolissant les privilèges de quelques-uns. Et si le sens religieux des Haïtiens est très fort, ce sentiment est malheureusement exploité par des sectes qui jouent un rôle négatif. Dans les deux cas, l’éducation est une clé incontournable.


Le salésien nouveau doit arriver

Distribution alimentaire dans une cour à PétionvilleLes projets doivent repartir des Haïtiens eux-mêmes : ils prendront en mains leur destin. C’est indispensable pour lutter contre la tendance spontanée à la résignation, et pour éviter la dépendance absolue de l’étranger. En accueillant les réfugiés, en organisant les secours nécessaires, en apportant le réconfort psychologique et spirituel, les sœurs et religieux salésiens se montrent remarquablement à la hauteur de cette tâche. Un des premiers soins est de bien faire fonctionner, sous la responsabilité du père Ducange, provincial, le « Bureau de Planification et Développement », qui existe déjà.

En avril, les salésiens auront tenu leur chapitre : ils travailleront à faire naître un nouveau projet qui réponde aux besoins de la société haïtienne, de l’Eglise et des jeunes, avec les changements de mentalité nécessaires. Les sœurs auront reçu la visite de la Mère Générale, sœur Yvonne Reungoat, pour faire le même travail. Il s’agit d’intégrer encore mieux évangile et promotion humaine.

Nos frères et sœurs haïtiens ont fortement besoin de sentir notre amitié autant que de compter sur notre aide solidaire. L’an prochain, ils célèbreront le 75ème anniversaire de leur présence dans ce pays. On peut espérer voir déjà à ce moment se dessiner le fruit d’un approfondissement de la vocation personnelle et de l’identité des communautés salésiennes.

 

Jean-François MEURS

 

“ pou ti moun” : pour les enfants


JulienAngelika et Julien sont arrivés en Haïti une semaine après le séisme. Elle est infirmière, il est photographe. Leur voyage était programmé avant la catastrophe. Ils sont arrivés à Pétionville les poches bourrées de dollars destinés aux urgences. À pic, car les aides ne parvenaient pas encore à Pétionville, moins touchée, mais quand même ; toute l’aide internationale se concentrait sur la capitale Port-au-Prince. Grâce à cet argent, les salésiens ont pu trouver de la nourriture pour eux-mêmes et pour tous ceux qui s’étaient réfugiés dans la cour du collège.

AngelikaAngelika a ouvert le dispensaire qu’elle a créé il y a deux ans, soigné les blessures des gens du quartier, les grippes (les gens dormant dehors !), les infections des yeux dues au manque d’alimentation. Elle a été rejointe par Elmase, l’infirmière haïtienne subsidiée par l’association. Elle a trié les médicaments envoyés par l’Allemagne et qu’on ne pouvait utiliser car personne ne comprenait les notices en allemand (elle est germanophone). Julien a pris des photos et il a participé à la confection de paquets de nourriture distribués par les salésiens.

Jean-François les a rejoints du 3 au 11 février pour s’enquérir de la meilleure façon d’aider les deux centres partenaires. Les priorités : relever les murs d’enceinte de Thorland pour empêcher les pillages, reconstruire les murs de la salle polyvalente pour en faire un lieu fermé où entreposer les aides et les denrées. A Pétionville, achever la construction d’un bassin pour recueillir les pluies et placer les installations de potabilisation, pour la distribution aux élèves. Assurer un repas de riz par jour pour les élèves. L’orphelinat déjà programmé en décembre grâce aux dons des sympathisants devrait suivre rapidement ; prévu pour accueillir des enfants mutilés ou handicapés, il est plus nécessaire que jamais. D’autres projets pourront être financés grâce à la très grande générosité des donateurs.

dba958_haiti_001dba958_haiti_005

 

 

 

 

 

 

 

Depuis l’an 2000, l’association “Farnières-Haïti pou ti moun yo” envoie des jeunes, l’été, en Haïti. Ils participent à l’animation avec les animateurs haïtiens de Thorland ou de Pétionville. Le partenariat s’est consolidé, amplifié, diversifié. L’association met en avant son atout : “nous y étions il y a dix ans, nous y serons encore dans dix ans !”

 

Michel Poelmans, son épouse Kathy et leurs deux enfants habitent à Tourinnes-la-Grosse. Jusque-là, rien d’extraordinaire… Il y a une quinzaine d’années, Michel qui a un cœur gros comme ça, décide à travers le circuit Don Bosco de venir en aide à Haïti. Des containers sont remplis et expédiés et lui-même part à plusieurs reprises construire ici une école, là des réseaux d’adduction d’eau. Des jeunes haïtiens sont bien entendu de l’aventure, et une jeune fille en particulier, une certaine Kathleen Volcy, celle-là même qui habite avec Michel rue Saint Corneille.

Janvier 2010. Un terrible tremblement de terre ravage Port-au-Prince. La famille de Kathy est heureusement saine et sauve mais l’école construite par Michel subit des dégâts considérables, et il décide encore une fois de retrousser les manches.

Alors les artistes de la région sont solidaires et décident de lui filer un coup de main : chacun offrira une de ses œuvres et un cd de 45 minutes voit le jour dès ce 12 février. Titre de l’album : « MEN ANPIL CHAY PA LOU », clin d’œil du sort, cette maxime signifie «  l’union fait la force ». Ont participé à cette œuvre commune : Luc Henrion, Bernard L’Hoir, l’Orchestre de Chambre de la Néthen avec Benoît et Alain Meulemans, Kathy Volcy, Julos Beaucarne, Theo Mertens, l’ensemble vocal Equissonance avec Michel Vanstals, Chantourinnes avec Elisabeth Goethals et Olivier Habran, les Belgian Baroque Soloists avec Niranjan Wijewickrema, Bernard Guyot et Sabin Todorov, Passarim avec Laurence Genevois, et la Chorale des concerts de Tourinnes-la-Grosse sous la direction de Jacques Giroul.. Nous voudrions aussi mentionner la société 3.14 qui a assuré la duplication et offert le graphisme. Ce cd peut s’obtenir au prix de 15 € dans tous les points de vente habituels ou auprès des artistes. L’intégralité des recettes ira à HAÏTI EN Belgique (Association de fait) - 59, rue St Corneille - 1320 – TOURINNES-LA-GROSSE (Belgique) - Tél. 32 (0) 10 861146

Compte bancaire : 068-8899077-33

 

 

Ajouter un Commentaire

Les commentaires déposés ici sont sous la responsabilité de l'auteur du propos ! Seront refusés tous commentaires insultants ou d'un langage grossier, ainsi que les messages à caractère personnel et les publicités.
Attention : les commentaires n'apparaissent pas immédiatement (une validation par un administrateur est nécessaire).


Code de sécurité
Rafraîchir


Portail de la Famille Salésienne de Don Bosco