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Par un après-midi marseillais glacial, sous un ciel de mistral bleu, des enfants jouent au foot dans une grande cour, d’autres s’exercent aux rollers ou font des boucles à vélo. Il règne une atmosphère de détente et de vacances heureuses : nous sommes chez les Pères de Timon-David. Coup de projecteur sur cette Œuvre. (DBA n°958)
En bordure de la cour s’élève une grande maison. Sur la façade on peut lire l’inscription : « fundavit eam Altissimus » « C’est le Très-Haut qui a fondé cette œuvre », un peu au-dessus est sculpté le Sacré-Cœur. Si on ajoute la devise : « ici, on joue et on prie », on a déjà un bon résumé de « l’Oeuvre » comme l’appellent les pères de Timon-David. Né en 1823 dans une famille de la grande bourgeoisie marseillaise Joseph-Marie Timon-David, suite à des rencontres providentielles, fit vœu, au cours de sa première messe, en 1846, de consacrer sa vie à la sanctification des jeunes du monde ouvrier. Il fonda, en 1847, une œuvre de jeunesse puis, en 1852, avec ses premiers jeunes, une congrégation.
« Fundavit eam Altissimus »
Après une expérience malheureuse, Joseph-Marie Timon-David a compris que sa vocation n’est pas de « faire du bien aux ouvriers en multipliant les activités sociales». Il veut « graver Jésus dans les cœurs. » commencer « petit » avec un noyau de jeunes pleins de piété qui entraînera les autres. Il prend pour méthode éducative celle de l’abbé Allemand. Ce saint prêtre marseillais avait fondé une œuvre pour accueillir les jeunes de la bourgeoisie pendant leurs temps de loisirs et les former à la piété. Sa spiritualité était centrée sur le Sacré-Cœur. C’est cette spiritualité qui dynamise aujourd’hui toute la vie des œuvres de Timon-David : « Aimer comme Jésus nous a aimés. » Dès l’âge de 12 ans, les jeunes sont invités à s’engager à vivre leur vie chrétienne selon cette spiritualité. Ils sont alors membres de la « Fraternité Timonienne du Cœur de Jésus. » Les loisirs et la formation à la vie spirituelle se conjuguent ensemble, chez Timon-David, ce qui lui fait dire: « jouer et prier, c’est toute l’œuvre »
Un exemple de cette méthode éducative : l’œuvre de la Maison Mère à Marseille
On peut s’inscrire de 6 à 17 ans. Après 17 ans, on devient animateur. Sur les 90 jeunes inscrits cette année, 30 ont plus de 13 ans. L’œuvre fonctionne le mercredi, le samedi et le dimanche et tous les soirs de la semaine de 17 h à 19 h 30 ainsi que pendant toutes les vacances scolaires pendant lesquelles des camps sont aussi organisés. Le mercredi, ce sont plutôt les petits qui viennent. Ils sont en moyenne une soixantaine. Le samedi et le dimanche, il en arrive de tous âges, entre 40 et 50 jeunes.
Pour la catéchèse, ceux du primaire qui sont en école publique ont le catéchisme à 10 h le mercredi. Pour les 13-15 ans et les plus grands, on constitue des groupes de 6 jeunes qui se retrouvent tous les 15 jours par tranche d’âges pour des réunions spirituelles. Le dimanche matin, il y a la messe.
Un temps de prière a lieu tous les soirs. A la fin de ce dernier, le Directeur donne « les avis », sorte de petite formation humaine. On y parle aux jeunes du travail en classe, du rangement de ses affaires, de la politesse, mais on peut aussi les faire réfléchir à une prochaine fête de l’Eglise, à un évènement de l’actualité…On donne aussi des informations s’il y a lieu.
Lors des activités ludiques, tous les âges sont mélangés ce qui favorise l’entraide : les plus grands s’occupent des petits. A partir de 12 ans, chacun reçoit une responsabilité à sa mesure pour le bon fonctionnement de l’œuvre. Cela permet aussi au jeune de découvrir ses capacités et ses talents Tous les animateurs – terme qu’on n’emploie du reste pas chez Timon-David, on dit un « grand » : allusion au « grand frère » - sont issus de l’œuvre et sont bénévoles.
Une fois par an, à la Toussaint, le Directeur donne à chacun des « grands » deux « charges » : une liturgique : animation des chants, sacristain, assistance aux plus jeunes dans la chapelle… et une sur la cour : organisation de grands jeux, distribution du matériel, entraînement…
Un jeune ancien est le supérieur de l’œuvre. Il est le bras droit du directeur qui est toujours un prêtre. A l’Oeuvre, la présence sacerdotale est essentielle pour permettre au jeune de grandir dans la foi à travers la pratique des sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie
Il ne s’agit pas d’une éducation de masse : l’éducateur Timonien est attentif aussi à la vie personnelle de chacun car « les âmes se soignent une à une ». L’animateur sait faire aimer l’œuvre aux jeunes pour qu’ils la considèrent comme leur seconde maison.
Tout ce fonctionnement est un appel au dépassement de soi, à l’engagement, à l’esprit de service, à s’inscrire dans la durée. Chacun participe selon ses moyens et capacités à la construction d’une communauté chrétienne qui prie, célèbre, joue, vit la fraternité selon l’Evangile jusque dans les activités et les loisirs.
Joëlle DROUIN
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