Dominique Mertens

964_1010Le petit royaume de Dominique Mertens

De la campagne brabançonne à la grande ville de Turin en passant par le Grand-Saint-Bernard : itinéraire d'un passionné du dessin.

 

  Ce n'est pas l'atelier de l'artiste romantique à la créativité échevelée ; on entre ici dans le calme. Ce serait plutôt le pupitre de l'enlumineur ami du silence. L'artiste est vêtu d'un Tee-shirt noir, les cheveux drus bien coiffés, la barbe sombre mais régulière. La table est en ordre, avec juste quelques planches crayonnées, les tubes de couleurs sont bien refermés. Sur les murs gris-clair, reposants, les affiches qu'il a réalisées pour la ville de Namur posent des notes de gaieté en vert, jaune or et rouge qui attirent le regard. Dans les meubles blancs pourvus d'un éclairage, ses œuvres sont exposées. Un univers enfantin tendre et rond, avec des écureuils dodus, des zèbres sympathiques, des frimousses de galopins et de petites princesses.   (DBA 964)

 

Les enfants entreront dans le royaume

964_1016Dominique a le sourire facile, mais il est réservé. En guise de réponse aux questions il montre ses travaux commentés sobrement. Pas de bavardage, il donne à voir. D'ailleurs, avoue-t-il, il achète des livres pour enfants à cause des illustrations, mais il ne lit pas toujours les histoires. En fait, chaque dessin est un récit : le chêne qui étend ses branches, le jouet en bois abandonné, les lapins qui s'ébrouent, le berceau à l'ombre, la plume suspendue dans les airs, la maison blottie dans le creux des collines. Et c'est toujours la même histoire, celle du bonheur de vivre. Les couleurs douces et fraîches le disent avec mille nuances, les courbes qui ondulent le répètent, l'espace qui respire en rajoute. Ce serait une sorte de Breughel, mais sans le grouillement de personnages.

Des histoires, il en lit à son fils Antoine, bientôt deux ans. Et il est étonné de voir comment un enfant peut lire pertinemment un dessin et repérer parmi les animaux de la ferme un kangourou qu'il n'a pourtant jamais vu. Dominique fait confiance aux enfants : ce sont eux qui diront si son dessin est bon. Car son monde privilégié, c'est l'enfance, avec des livres de contes, des faire-part de baptême, des illustrations pour des calendriers, des cartes postales de circonstance (bon pour un barbecue). Il me montre une boîte hexagonale portant le titre "Une journée chez les zèbres" illustrée par six sympathiques rayés jouant d'un instrument. Elle contient un CD, avec des musiques de Théo Mertens, le papa de Dominique, et des instruments à percussion. L'enfant écoute le récit et, lorsque la musique intervient, c'est à lui de choisir l'instrument qui correspond à ce qu'il entend.

Dominique a encore une autre passion : la nature qu'il observe et dessine avec la rigueur didactique d'un entomologiste ou d'un savant botaniste.

L'hospice du Grand-St-Bernard : la crèche et Emmaüs

964_1014C'est tout cela, et quelque chose de neuf, qui est mis en œuvre dans l'album qu'il vient de produire avec José Mittaz, chanoine du Grand-Saint-Bernard, pour célébrer "Mille ans de fraternité" et la vie au Grand-Saint-Bernard. C'est un livre multiple, qui raconte l'histoire du fameux hospice situé sur la route appelée "Via Francigena", laquelle conduisait les pèlerins de Cantorbéry à Rome. Le passage du col enneigé d'octobre à mai était souvent périlleux. Une communauté de chanoines s'y était établie vers l'an mille pour guider et accueillir les voyageurs. Les religieux, amis du silence, avaient dressé les fameux chiens secouristes. Mais surtout, l'album veut faire sentir l'esprit qui anime le "monastère" en faisant des parallèles avec des passages de l'évangile racontés de manière vivante et illustrés par Dominique qui a fort bien capté la force spirituelle des récits évangéliques pour lesquels il a enrichi son style.

L'album apprend aussi à connaître et admirer la montagne en croquant sur le vif les animaux, petits et grands, et en dessinant de façon minutieuse la flore exceptionnelle qui éclôt et vit à toute vitesse pendant les quatre mois où la terre est exposée au soleil. Enfin, la dimension de la prière chantée est concrétisée par un CD d'hymnes et de psaumes composés par Théo Mertens, le papa de Dominique. Un album donc pour s'ouvrir à la contemplation, susciter l'émerveillement et favoriser la prière en se laissant envahir par les couleurs et les sons.

964_1015Toujours en collaboration avec le chanoine José Mittaz, Dominique illustre actuellement six récits évangéliques en six scènes qui se renvoient l'une à l'autre. Elles feront partie d'une exposition sur la vie au gîte du Grand-Saint-Bernard où elles mettront un peu de couleur et de lumière.

Avec les gamins des rues de Turin

Dominique travaille actuellement sur un projet mené par l'Atelier Multimédia Don Bosco : un spectacle de comédie musicale qui met en scène la pédagogie de Don Bosco à travers la rencontre d'un jeune et d'un éducateur. Il intègre des chansons de Théo Mertens et des chorégraphies qui seront exécutées par l'école de danse des salésiens du Valdocco. Dominique est en train de dessiner les décors en s'inspirant de vues des rues de Turin. Il en est au crayonné minutieux des balcons courant sur les façades, des tuiles et des cheminées sur les toits, avec les alignements de lucarnes, sur l'horizon des collines dominées par le sanctuaire de Superga. Un nouveau défi qu'il aborde sereinement.

Jean-François MEURS

Site de Dominique Mertens : www.dominiquemertens.com

 

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