Théologie en plein boum |
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« En tant que laïc engagé dans ma paroisse, j'avais été appelé au service des jeunes couples qui préparent leur mariage. Leurs questions, leurs interpellations m'ont conduit progressivement à réfléchir à la manière d'aborder la foi. Aujourd'hui, je suis en 5e année de ce que l'on appelle le cycle C de l'institut catholique de Paris. Et je suis comblé ! » Comme Claude, cadre en entreprise, nombreux sont aujourd'hui les laïcs à s'inscrire dans les facultés de théologie et autres lieux de formation à la foi. Un phénomène qui date d'une vingtaine d'années, mais qui va grandissant. (DBA 964)
À l'université catholique de Lille, on estime que les effectifs de la fac de théologie augmentent en moyenne de 10 à 12 % par an. « Actuellement, neuf cents personnes suivent au moins un cours », détaille Patricia Legrand, secrétaire générale de la faculté lilloise. Sept sur dix sont des laïcs. À bien y regarder, voilà bien longtemps que certains ont eu le souci de former des chrétiens dans les sciences religieuses et pastorales. En France, le diocèse de Lyon fut parmi les précurseurs puisque cette histoire commence... il y a plus de soixante ans. En 1945, l'abbé Joseph Colomb est nommé par le cardinal Gerlier à la tête de la direction de l'enseignement religieux. Philosophe, théologien et professeur de séminaire, il est persuadé que la formation des adultes qui assurent le catéchisme est indispensable. L'année suivante, il crée la première école de catéchistes de France, puis en 1947 la première licence d'enseignement religieux. Celle-ci devient, à la fin des années 60, le désormais fameux IPER, l'Institut Pastoral d'Études Religieuses de Lyon. Pourquoi cet engouement aujourd'hui pour la théologie ? D'abord, comme pour Claude, pour se sentir mieux armé quand on prend des responsabilités en paroisses ou dans les mouvements d'Église. « Je prépare actuellement une licence canonique, explique Anne-Dominique, inscrite à l'ISPC, l'Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique de Paris. Ce qui m'a motivée, c'était au départ l'envie de mettre ma connaissance de la foi de l'Église au niveau de mes études profanes, mais c'est allé de pair avec la prise de responsabilité de la catéchèse dans ma paroisse. » « À ma retraite, j'ai, entre autres, rejoint l'équipe d'accompagnement des familles en deuil de ma paroisse à Rueil et pris une fonction d'accueillant à Notre-Dame de Pentecôte à la Défense, témoigne de son côté Hervé, soixante-trois ans, inscrit à la Catho de Paris. Ces deux fonctions m'ont conforté dans le besoin que je ressentais depuis longtemps d'approfondir le pourquoi et le comment de ma foi en Jésus Christ ». Et d'ajouter : « C'est pour éviter de dire des absurdités théologiques, de semer du bon grain que l'Esprit travaillera que je suis les cours du Cycle C depuis quatre ans. Je suis émerveillé de la logique, de la puissance intellectuelle et de la foi de nos enseignants. » Autre exemple : à Lille, environ 40 % des étudiants sont envoyés par les diocèses de la région, qu'ils soient animateurs en pastorale ou engagés dans des aumôneries scolaires ou hospitalières. À ce souci d'être plus « compétent » au service de l'Église, se mêle aussi la volonté, beaucoup plus personnelle, d'être mieux dans sa foi. « De ces études théologiques, je retire une plus grande unité de vie. Je trouve que tout le monde doit pouvoir approfondir sa foi et découvrir qu'un peu de théologie libère », explique Anne-Dominique. « L'Ancien Testament est un livre très moderne, témoigne de son côté Muriel, ancienne assistante sociale en Belgique. On y aborde tous les grands thèmes de la vie actuelle : comment sortir de notre animalité, résoudre les rivalités fraternelles, etc. L'Évangile donne du souffle ! » Aujourd'hui, Muriel enseigne la religion dans un établissement scolaire belge, tout en continuant ses études à Louvain-la-Neuve. « Et je suis super heureuse dans mon métier : les jeunes sont en attente de sens, de réflexion, et ils sont curieux de ce que dit l'Évangile à propos de ce qui les préoccupe. » Autre objectif : approfondir sa foi pour, notamment, mieux l'expliquer dans une société où les repères religieux sont plus flous. En d'autres termes, pour se frotter aux athées, agnostiques et autres indifférents qui aiment nous provoquer, provoquer notre foi. « Pour moi, explique Pauline, Parisienne, mère au foyer, l'objectif de ces études est très clairement une volonté forte de trouver des outils facilitant le dialogue avec le monde qui m'entoure, avec les penseurs modernes, les acteurs économiques ou politiques qui se posent, parfois à leur insu, la question du sens. Comment rendre compte de la foi qui est en moi ? » Plus surprenant, cette remarque de Patricia Legrand : « Ici, à Lille, nous avons même quelques athées en recherche ». Une formation diplômante Certes, mais tous ces gens vont-ils jusqu'au diplôme ? « En fait, ce que je souhaitais au départ, explique Pauline, c'était découvrir un peu plus Dieu tel qu'Il est, en scrutant la Bible, la Tradition, les écrits des Pères, l'histoire des dogmes. Sans diplôme donc, mais finalement une formation diplômante nous oblige à la rigueur de la réflexion et à son harmonisation progressive. » À Lille, Patricia Legrand complète : « En fait, ils n'ont pas tous en tête, au départ, de passer un examen. Ils arrivent comme simples auditeurs mais se laissent souvent convaincre et finissent par valider ! » À quoi ressemblent ces diplômes ? Il y en a de deux types : les diplômes canoniques, qui sont le bac canonique, la licence canonique et le doctorat canonique en théologie. Et les diplômes universitaires, comme à Lille un master d'études du fait religieux. « Nous venons de le lancer il y a quelques mois, en partenariat avec l'université d'Artois », indique P. Legrand. Car il ne s'agit pas uniquement d'approfondir sa foi chrétienne : à Lille, on propose par exemple deux cours sur l'islam (découverte de l'islam d'une part, religion et politique d'autre part) mais aussi des enseignements sur les religions africaines. « On touche un public de plus en plus large », constate Patricia Legrand. D'autant que les propositions ne cessent de s'étoffer, comme avec Théo en ligne, lancé à Lyon : « Je voulais bien me former mais je ne voulais pas me déplacer à Lyon ou à Paris, témoigne Laurence, quarante-deux ans. C'est une formation qui me permet de travailler chez moi, à mon rythme. Elle n'en est pas moins une formation exigeante, qui m'oblige à préciser ma pensée, à travailler régulièrement ». Benoît DESEURE |
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