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François d’Assise, la parole est au père
Théo Mertens vient de créer autour de Saint François d’Assise un spectacle original. « Bernardone, père et fils », donné à l’église Notre-Dame de Messines à Mons (Belgique) renouvelle le regard sur les relations du père et du fils. (DBA 966)
Et pourtant le Poverello n’apparaît pas en scène. Son existence est vue à travers les yeux de son père, riche marchand d’Assise, qui se désole parce que son fils unique est devenu cinglé : d’abord superficiel et bagarreur, le jeune homme se donne ensuite à Dieu par attrait de la pauvreté. L’argument est très moderne, et le conflit des générations est de tous les temps. Le thème du fils qui ne veut pas suivre la voie que son père lui a tracée rejoint beaucoup de familles contemporaines. Du reste, le père Bernardone, incarné par le comédien Philippe Vauchel, raconte son fils seul en scène, vêtu d’un costume de ville contemporain.
Théo Mertens est né en 1951. Il est marié, père de trois enfants et grand-père d’un petit garçon. Pendant treize ans, il enseigna l’anglais et le néerlandais dans une école de Bruxelles. Mais, depuis toujours, sa passion est l’animation et la musique. Et en 1986, il quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement à ce qu’il aime. Auteur-compositeur interprète, il « écrit des chansons et monte des spectacles à thème religieux ou profane, sur commande ou non. » Afin de se doter d’un outil performant pour enregistrer ses propres productions, il a créé les éditions du Renard Bleu, avec studio d’enregistrement audio et vidéo. Beaucoup d’artistes viennent y travailler leurs projets et réaliser des productions à thème liturgique ou catéchétique ou simplement éducatif avec des chansons pour enfants.
Le spectacle Il y a deux pôles au spectacle. D'un côté, Pietro Bernardone, le père et, avec lui, tous les pères du monde, avec la charge de famille, ses ambitions personnelles, son caractère et ses aspirations. De l'autre, il y a François, le fils, avec ses qualités (mises en avant par l'hagiographie) mais certes aussi des défauts (que le père connaît bien). Pour Bernardone, son fils n'est pas un saint. Alors Pietro Bernardone interpelle Dieu Père, il ne comprend pas ce qui lui arrive. Toi là-haut, comment as-tu fait ? Si tu es Père, donne-moi ta recette… Si je me suis planté, dis-le moi. Mais élever des enfants, les mener vers leur avenir, lâcher prise, c'est le travail de tous les pères, de tout temps. Et dans ce monde où la figure paternelle a bien changé, il était important d'en parler.
Pour ce dernier spectacle Bernardone, Père & Fils, il s'agissait au départ d'une commande, précise Théo : « J'avais déjà donné deux spectacles différents dans cette paroisse de Mons et le comité organisateur aurait aimé voir un spectacle sur François d'Assise. Quand le sujet est déjà trouvé, c'est plus facile. Donc, selon mon habitude, je me suis documenté, j'ai appris à connaître François, son environnement, ses aspirations. Je me suis d'ailleurs rendu à Assise pour m'imprégner de son univers. Et puis j'ai découvert mon fil rouge : le titre du spectacle sonne comme une enseigne commerciale, celle du père Bernardone, le nom de famille de François, qui a de grands projets pour sa descendance et qui voit ses plans contrecarrés ! ». Théo Mertens sait de quoi il parle ayant dû lui-même batailler dans sa famille pour pouvoir vivre de sa passion. Et maintenant il essaye d’éviter la même erreur avec ses propres enfants…
« En écrivant le monologue de Bernardone, des chansons sont venues spontanément rythmer le propos, ambiances diverses voulues naturelles avec l'apport d'instruments acoustiques, quatuor à cordes, flûtes, hautbois, guitare. La simplicité et la beauté des sonorités s'imposaient. Après, j'ai eu l'idée de faire participer un ballet de jeunes filles et j'ai confié la chorégraphie à Rachel Dulieu-Da Costa qui gère une école de danse depuis de nombreuses années. Aidée de ses professeurs, elle a magnifiquement compris le propos, et les gestes des danseuses sont tout empreints de la spiritualité de la chorégraphe. C'est Philippe Vauchel, acteur chevronné, qui incarne Bernardone. Depuis très longtemps, nous collaborons sur différents spectacles et je fais toujours appel à lui en premier lieu. S'il n'est pas disponible, j'ai un problème ! Il a fallu plusieurs mois pour mettre sur pied ce spectacle. Tout l'été 2010 a été consacré à l'écriture ; ensuite, il a fallu orchestrer, enregistrer, corriger, apprendre… Mais ce n'est que du bonheur de pouvoir vivre de sa passion. » Et le spectacle se termine par une merveilleuse mise en musique et en images projetées du « Cantique des créatures ». Jean Pierre MONNIER
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