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Mgr Bernard Podvin, l’Église catholique au-devant des médias L’Église catholique sait-elle communiquer ? Les médias sont-ils « cathophobes » ? Porte-parole des évêques de France, Mgr Bernard Podvin a témoigné, il y a quelques mois, devant des membres de la famille salésienne réunis à Lyon pour le congrès des ADB-ADBS. Ce prêtre diplômé (et désormais intervenant) de la prestigieuse École supérieure de journalisme de Lille a livré quelques convictions. Passionnant. (DBA 966)
Journaliste de formation, prêtre par vocation. Voilà en six mots qui est le père Bernard Podvin, cinquante-et-un ans. Lui le disait autrement, il y a quelques mois, sur le plateau de Christophe Hondelatte, sur RTL. Celui-ci le titillait sur ses études à l’École Supérieure de Journaliste de Lille et sur les liens tissés à l’époque avec ces étudiants journalistes « bouffeurs de curés ». « Ça s’est toujours bien passé car tous savaient que j’avais deux passions : le Christ et le journalisme ». Quand même, insiste le journaliste de RTL, voilà qui n’est pas commun. « Au contraire. Être prêtre et communicant n’a jamais été incompatible : l’Évangile, ça s’annonce ! »
Son parcours Cette double vie, entre « les » nouvelles et « la » Bonne Nouvelle, débute, pour Bernard Podvin, dans le Sud-Ouest, dans le Tarn-et-Garonne très exactement, en 1960. Il n’a que trois ans lorsque ses parents arrivent dans le Nord, à Ennevelin, au sud de Lille. L’enfant passe ses premières années de scolarité « chez les sœurs », il est aussi servant d’autel (à l’époque, on disait enfant de chœur). Camps, colonies de vacances… l’adolescent est sage (« Avec lui, c’était toujours bien », dit sa maman, Amélie) et la vocation se dessine. « Dans ma vie d’adulte, la vocation a toujours coexisté avec la communication. Après être passé par l’ESJ de Lille, j’ai été ordonné prêtre en 1986, dans le même diocèse », raconte-t-il. Ses premières années de ministère se font d’ailleurs dans le droit fil de la com’ : jeunes en aumônerie, presse paroissiale, formation des prêtres au séminaire interdiocésain de Lille (dont il sera directeur à partir de 2000), intervenant sur les religions à l’ESJ Lille. En 2003, il quitte le séminaire pour un autre lieu de formation : l’Université catholique de Lille et ses six facultés, ses trente écoles supérieures et ses milliers d’élèves. Le voilà, vice-recteur, autrement dit numéro 2, d’une gigantesque institution dirigée par une laïque, Thérèse Lebrun. Et toujours très impliqué dans les médias : il continue de veiller sur la presse paroissiale, conseille, échange avec les journalistes du coin. Ce n’est donc pas une véritable surprise lorsqu’en 2008, le cardinal André Vingt-Trois et les évêques de France, souhaitant redonner un « visage », une « voix », à l’institution, se tourne vers lui. Le poste de porte-parole est réactivé. « Être porte-parole de l’épiscopat implique d’abord que j’écoute la collégialité des évêques pour m’en imprégner. Nous tendons en effet à ce que l’Église de France, sur les grands sujets (bioéthique, chrétiens d’Orient…) parle d’une seule voix ».
Sa mission Sacré métier tout de même, dans la société sécularisée d’aujourd’hui ! « Je suis entre l’opinion et ce que l’Église de France veut dire, promouvoir, défendre. C’est plus grand que moi. Nous sommes au service de l’homme, du Seigneur. » Son baptême du feu est terrible : il est nommé le 1er janvier 2009 et son premier communiqué est sur les bombardements israéliens sur Gaza. « Trouver les mots, parler juste en pareille circonstance, n’est pas facile ». Quelques semaines plus tard, survient l’affaire Williamson (du nom de cet évêque lefebvriste ayant tenu des propos antisémites), puis la polémique autour des propos de Benoît XVI sur le préservatif. Depuis, il y a eu Pie XII, la pédophilie. « Ça, ce sont les crises. Mais la réalité de la communication a ses règles, qu’on soit annonciateur de Bonne nouvelle ou vendeur de concombres ». Et surtout, « les médias découvrent, quand ils veulent bien creuser, que notre message n’est pas de l’écume ; il vient de loin, il est plus profond. » Surtout, ajoute le jeune quinquagénaire, « nous, chrétiens, nous sommes héritiers d’une communication. Il y a une grande tradition dans l’Église ». Un exemple ? La première émission de télé fut… une messe ! « Alors, parce qu’aujourd’hui, tout est numérique, rapide, parce que tout va vite, nous aurions une inaptitude à communiquer le Christ ? Non ! ». Sur le net, par exemple, huit cent sites sont liés à celui de l’Église de France. « On les a appelés les tisserands, car ils tissent du lien ». La suite paraît logique : les chrétiens savent communiquer. Donc, ils doivent le faire : « Il faut valoriser le potentiel de communicant qu’il y a en chacun de nous ». Et, par conséquence, essayer de dépasser nos pudeurs, « pour dire en toute simplicité ce qui nous anime, sinon d’autres s’en chargent de manière identitaire, tendue, condescendante ». D’ailleurs, Mgr Podvin a le sentiment que les choses changent. « En tout cas, des journalistes me disent : depuis quelque temps, vous vous réveillez les cathos ! » Et de citer le père Emmanuel D’Alzon, fondateur des assomptionnistes (propriétaires du groupe de presse Bayard Presse) : « Il faut allumer des feux pour des gens qui ne réclament que des chauffe-pieds ».
Mais d’ailleurs, fréquenter les plateaux télé, avoir France 3 ou RTL pour « paroisse », répondre aux questions de Marc-Olivier Fogiel ou Jean-Jacques Bourdin, ce n’est pas grisant ? On ne risque pas de se prendre pour quelqu’un de ce monde-là ? « Non justement, répond-il, il ne faut jamais en être dépendant, illusionné. Il faut être sur l’agora, sans en être aliéné. Quand on est grisé, c’est dangereux. » Et de citer, cette fois, saint Bernard : « Celui qui se conseille lui-même pourrait avoir un sot pour maître », avant d’ajouter : « La première des communications, c’est la cohérence, notre cohérence ».
Benoît DESEURE |