Chants, rires et prières |
Septembre 1845, le petit Michel Rua, huit ans, rencontre Don Bosco. Il n'est pas encore consolé de la mort récente de son père. Depuis, sa mère l'autorise, de temps en temps, à rejoindre l'Oratoire, à condition de faire attention aux mauvaises influences de certains garçons !(DBA n°953)
- Maman, aujourd'hui on va à Superga !
- Tu verras, c'est magnifique ! Tiens, emmène ce saucisson pour midi, et fais bien attention ! Déjà Michel est dans l'escalier pour rejoindre le pré Filippi. Heureusement, il n'habite pas trop loin. En quelques enjambées, il sera auprès des autres. Le bruit et les cris annoncent qu'il y a du monde ce dimanche. À peine a-t-il eu le temps de saluer les abbés, de se joindre à un groupe de garçons qui joue aux palets, qu'un énorme roulement de tambour et une sonnerie de trompette signalent le rassemblement. On range rapidement les échasses, les boules et tout le reste. Don Bosco ouvre le cortège. Une seule consigne : calme et ordre jusqu'au sortir de la ville afin de faire bonne figure auprès des passants qui les observent.
Au bas de la côte qui mène à la basilique, un magnifique petit cheval les attend. Don Bosco enfourche l'animal et donne les dernières nouvelles. C'est le chapelain de l'église qui a préparé la monture. Don Borel est déjà là-haut et tout est prêt pour les accueillir ! « Que ceux qui sont déjà fatigués lèvent la main ? » Les garçons applaudissent, crient et chantent. Les uns prennent le cheval par les oreilles, d'autres par les naseaux ou par la queue. Ils bousculent la pauvre bête et le cavalier. Quelle patience ! Le tambour, la trompette et la guitare donnent le rythme. La cacophonie est amplifiée par les voix des jeunes. Las de rire, de blaguer, de hurler, le petit monde arrive au but. Les garçons, tout en sueur, se rassemblent dans la cour du sanctuaire pour se restaurer. La basilique est merveilleuse. Don Bosco raconte l'histoire en détail. Il est rejoint par un prêtre, président de l'Académie installée en ces lieux. Celui-ci les invite à pique-niquer ! L'après-midi, quartier libre jusqu'à trois heures pour jouer et explorer les lieux. Comme chaque dimanche, le beau monde de Turin commence à affluer. Vers seize heures, dans la basilique, Don Bosco prononce un bref sermon et quelques-uns qui ont une belle voix entonnent un chant religieux. Après, ils se ruent vers les balustrades. Des ballons sont lâchés depuis les balcons qui surplombent la ville. Chacun commente la trajectoire du sien. Puis le groupe remercie tout le monde et redescend vers Turin. À nouveau, chants, rires, courses et parfois prières pendant le trajet. Parvenus en ville, à mesure qu'ils arrivent à hauteur de leur habitation, les garçons sortent des rangs et rentrent chez eux. Quelle belle randonnée ! Quand Don Bosco atteint le Refuge, il a encore avec lui sept ou huit grands jeunes robustes, qui transportent le matériel de la journée. Michel Rua est l'un des derniers à saluer Don Bosco. C'est sûr, dès l'année prochaine il va pouvoir l'aider ! Bien plus tard, à la mort de Don Bosco, Michel Rua lui succédera à la tête de la Société Salésienne. Daniel FEDERSPIEL Se sortir du quotidien Le monde est fou. Il court trop vite pour nous. Pour s'y faire une place, tous les coups sont permis : ça passe ou ça casse. Le monde court et ne laisse pas de place pour les rêves. Il est couleur grisaille, couleur trottoir. Le ciel est trop loin, caché par le béton.Parfois, il y a en nous le désir d'un ailleurs, la quête d'autre chose. Nous voudrions poser les valises de nos problèmes, les laisser là et nous en aller. Nous voudrions sortir de cette sensation d'écrasement et d'impuissance. Ce sentiment d'inutilité de tâches répétitives dont nous avons oublié le sens. Alors, il devient urgent de retrouver la source de notre vie. Oublier le goût et les bienfaits de cette eau qui nous revivifie est pire que d'avoir soif. Cette source peut être, pour nous, un lieu signifiant, une activité apaisante, un temps de méditation ou de prière, une rupture utile qui nous recentre sur l'essentiel. L'important, c'est de retrouver l'unité de notre personne, alors même qu'elle semble perdue : lorsque notre esprit et notre cœur ne sont plus dans nos gestes et nos actions. Les promenades d'automne avaient la vertu, pour les jeunes de l'Oratoire, d'apporter une oxygénation nécessaire : se déplacer, se poser ailleurs, pour mieux repartir. Pour nous, cela peut être un temps de retraite, un moment gratuit avec les autres, un espace de liberté avec nos proches. Et, à la manière des vacanciers qui reviennent tout bronzés, c'est notre intérieur qui retrouve ses couleurs : celles de la vie, de la foi, de l'amour, de l'espérance. ![]() Jean-Noël CHARMOILLE |
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