Sur la corde raide

Une journée avec… Régis Vandenbogaerde

Régis a participé au rassemblement de la famille salésienne à Lourdes en 2008Ils sont une armée. Dans les paroisses, dans les centres d’accueil, dans les patros et bien sûr dans les établissements scolaires et centres de formation. On pourrait les appeler les "collaborateurs" des salésiennes et salésiens. Que vit-on quand on travaille dans le réseau salésien ? C’est à cette question que nous avons voulu répondre en allant à la rencontre d’un Nordiste, Régis Vandenbogaerde, directeur du lycée Jean-Bosco de Guînes (Pas-de-Calais) depuis l’an dernier, après avoir été pendant 23 ans directeur du lycée Sainte-Marie de Bailleul (Nord). Deux maisons salésiennes. (DBA n°954)

Guînes, petite ville à la campagne, au cœur des marécages du Pas-de-Calais. 5 000 habitants à peine, mais un gros établissement scolaire, lycée technologique et professionnel de 610 élèves. Le lycée Jean-Bosco, auquel est adjointe une école primaire, forte de 200 enfants. La matinée est déjà bien lancée. Levé à 6 h 30, «­Monsieur le directeur­ » est passé salué les Sœurs salésiennes juste à la fin de leur office matinal, puis file dans son bureau. Il est 7 h 30 et débute un étonnant cérémonial. La porte est ouverte. Aucun rendez-vous n’est noté sur l’agenda. Et pourtant, Régis va accueillir du monde. "Je reçois, jusque 8 h 30 et le début des cours, qui veut : professeur, élève, surveillant, secrétaire, pour des questions personnelles comme professionnelles". Le bureau est d’ailleurs agencé pour faciliter l’accueil­ : un bureau où déboulent les courriers, notes, documents. Et une table ronde. "Le bureau est une coupure, une barrière. Je reçois donc toujours à cette table ronde". Un accueil qui est au cœur, dit-il, de son métier­ : « ­Le directeur dans un établissement salésien n’est pas un gendarme­ : il est là pour l’accueil, l’accompagnement, le conseil".

La marmite salésienne, Régis est tombé dedans très jeune. Mais par hasard. "Je suis originaire de Saint-Amand-les-Eaux, près de Valenciennes (Nord). Là, je travaillais pour une congrégation religieuse qui s’appelait les Sœurs de Saint-Maur. Elles m’ont demandé d’aller enseigner à Bailleul". C’est ainsi qu’il arrive, tout jeune prof d’économie et de gestion, au cœur de la Flandre française. Pour un an ou deux. "Je suis resté 30 ans !", rigole-t-il aujourd’hui. C’est qu’entre-temps, les congrégations se réorganisent, les établissements changent dans la cité bailleuloise. Et voilà qu’à l’orée des années 80, un Salésien de Don Bosco, le père Bernard Bloyet, lui demande de prendre en charge le petit lycée Sainte-Marie, qui compte cent élèves. "J’en ai pris la direction en 1985. Je l’ai quitté en 2008". De 100, on est passé à… 700 élèves, et 300 apprentis et stagiaires.

Après ce « bail » dans un établissement des Salésiens, le voilà qui arrive alors à Guînes, maison des... Salésiennes. "C’est en regardant vivre les pères que j’ai construit mon cheminement", témoigne-t-il. Pas trop compliqué, dès lors, d’arriver à Guînes ? Régis précise : « Disons que ces trente ans à Bailleul, je ne peux pas les effacer. Il a fallu ici un temps d’adaptation, mais j’ai été aidé par les sœurs ».

Cette adaptation, il n’est pas le seul à l’avoir vécue. Les «­Guînois­ » ont aussi découvert un nouveau directeur. «­Cela avait été ici le même chef d’établissement pendant dix ans, alors, forcément, ils avaient leurs habitudes", reconnaît Régis. "Au début, cela a dû être déroutant". Quoi qu’il en soit, il n’est pas encore, ce matin-là, 8 h 30 et il s’agit de passer en salle des profs (ils sont 60 dans la maison). Mais aussi au self. "Là, je bois un petit café avec les surveillants, les pensionnaires, le chef de cuisine". L’accueil, l’accompagnement, toujours.

Avec ses amis "ch'i" lors des Assises de la mission salésienne en janvier 2009La sonnerie retentit. Les élèves filent en cours. Lui retourne au bureau pour les différents points de la matinée­ : avec Christine Guinet, la secrétaire de direction. Avec Laurence Lebecque, la directrice adjoint, voire avec l’économe, Franck Doublet, ou le directeur du centre de formation, Fabrice Delville. «­C’est le moment des échanges d’information, des discussions, explique Régis. Après, ce sera celui de la prospective". Car, il le reconnaît, lui ne gère pas trop les affaires quotidiennes. "Un directeur, cela doit toujours penser aux années d’après, dans un, deux, trois ou cinq ans". Cela tombe bien, il aime les projets­ : "J’ai toujours besoin qu’il y ait des projets, je n’aime pas la routine".
Un exemple­ ? "On a travaillé ces derniers mois avec la directrice du collège Notre-Dame de Grâce d’Ardres, qui est à 10 kilomètres pour ouvrir ici une annexe". C’est que Don Bosco-Guînes a la particularité d’avoir école primaire et lycée, mais pas de collège. "Ce sont de gros dossiers à élaborer et défendre. J’ai parfois l’impression de toujours avoir à défendre ma cause, comme un avocat". Mais cela fonctionne­ : leur projet, celui d’une quatrième en alternance, a été retenu dans le cadre du plan "Espoirs banlieues". Innovation et souci des plus défavorisés. L’esprit salésien, sans conteste.

Cet après-midi, le programme est différent : point avec Anne-Sophie, l’animatrice en pastorale puis entretiens d’inscriptions avec des familles, avant un conseil de direction­ : « ­Le travail d’équipe est primordial. Nous échangeons beaucoup au sein du conseil, de tous les projets". De toute façon explique-t-il, ce qui se passe à Don Bosco-Guînes est le fruit de toute une équipe, «­beaucoup de gens convaincus, des relais, de purs produits salésiens­ !"
Une chose est sûre, la réunion n’ira pas au-delà de 18 h 30. "Les gens le savent. 18 h 30, pour moi, c’est l’heure de l’office à la chapelle". La prière, comme temps de pause, au cœur d’une journée très chargée. Mais aussi comme point d’appui, comme fondation de vie. "Confiance, éducabilité, croire dans le jeune, espérer en lui­ : l’esprit de Don Bosco, on le vit tous les jours", lance, en conclusion, le directeur d’un établissement qui porte décidément bien son nom. Et si le jeune fait des conneries­ ? "Je vais vous raconter une anecdote­ : une ancienne élève, à Bailleul, faisait les 400 coups. Elle a tout fait ! Je disais à l’équipe "Elle est malheureuse, elle a des problèmes, il faut l’aider". Elle est passée deux fois en conseil de discipline. À chaque fois, on a fini par la garder, j’ai reçu sa mère, l’assistante sociale. Le jour de son départ, elle est venue me remercier et elle m’a dit­ : si je suis restée, c’est grâce à vous et à votre Don Bosco­ !". La jeune fille est partie en BEP. Et Régis d’ajouter­ : "Elle a su que j’étais désormais à Guînes, a trouvé mon numéro et m’a appelé hier soir pour me dire qu’elle avait eu son BEP". Et Régis Vandenbogaerde de lancer­ : « Moi, j’y crois tout le temps­ ! ».

Benoît Deseure

Si la famille salésienne, telle qu’elle s’est dessinée depuis saint Jean Bosco compte particulièrement cinq branches, une des réalités de la France et de la Belgique salésiennes est qu’une sixième « partie » de la famille compte aujourd’hui beaucoup. A côté de ceux qui ont fait le choix du célibat consacré (les religieuses salésiennes, les volontaires de Don Bosco et les religieux salésiennes), à côté de ceux qui sont membres au titre de l’éducation reçue (les anciennes et anciens de Don Bosco) et à côté des laïcs qui ont décidé de s’engager en faisant une promesse (les salésiens coopérateurs), on trouve aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler les « collaborateurs » de la famille salésienne. Catéchistes en paroisse, animateurs en centre de loisirs ou en camps de jeunes, enseignants, personnels d’encadrement, de service ou administratifs, éducateurs, responsables d’animation de rue ou chargés d’accompagnement scolaire, ils sont une foultitude, difficile à dénombrer. Pour ne s’en tenir qu’aux personnels présents dans le monde scolaire, on les estime en France et en Belgique Sud à 3 300 personnes environ, ayant la charge des 33 750 élèves dans 21 écoles maternelles, 24 primaires, 24 collèges et 48 lycées (généraux, techniques et agricoles).

 

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