Un esprit vif et intelligent

classe- Alors, cher collègue, comment va votre nouvel élève ?
- Je dois reconnaître que vous m’avez donné là un véritable prodige ! L’autre jour, grâce à lui, il y eut un petit chahut dans ma classe… Don Valimberti n’en croyait pas ses oreilles. La réputation de sévérité du clerc Vincent Cima dépassait l’enceinte du collège de Chieri ! (DBA n°954)



- Eh oui, figurez-vous que ce jeune Bosco n’avait pas son livre de latin. Quand je l’ai interrogé, il a ouvert un livre de grammaire et a fait semblant de lire tout le texte que l’on étudiait ! Quelle mémoire ! La classe s’est mise à applaudir.
- Je vous l’avais dit ! Rappelez-vous, il a commencé l’année scolaire en sixième avec Don Pugnetti et, au bout de deux mois, il a passé chez moi, en cinquième. Irréprochable et excellent. Voilà pourquoi je vous l’ai amené à l’essai !
- Il terminera l’année de quatrième sans problème… Mais je l’ai mis en garde. Les autres, plutôt paresseux, lui demandent à chaque fois son travail, et lui ne sait pas dire non.
- Je crois plutôt qu’il cherche à se faire accepter par eux. Quand on est plus âgé et plus grand que ses camarades, on fait forcément des complexes !
- J’ai entendu dire que les fins de semaine, il traînait avec d’autres sur les places de la ville ?
Don Placide Valimberti était un peu agacé du jugement sévère de son collègue. Il s’était bien gardé de lui relater la manière sèche dont il avait accueilli le jeune Bosco en le reprenant devant tout le monde : « Celui-ci, c’est ou bien un gros balourd ou bien un garçon de grande valeur. »
- Je sais qu’il a fondé une sorte d’amicale qu’ils appellent « la Société de la Joie ». Rien de bien méchant !
Pour l’instant, Jean Bosco logeait chez la veuve Lucia Matta, en échange de quelques services domestiques et des cours du soir qu’il donnait à son fils. Avec Jean Filipello, un compatriote du même âge, ils découvrent la ville avec son lot de garçons qui ne manquent ni de vices ni de sournoiseries. Ils apprennent à faire le tri parmi leurs fréquentations. À Chieri, en ces temps-là, beaucoup d’étudiants menaient une existence pitoyable. Mais chez les Bosco, on avait appris à faire front depuis fort longtemps.

Daniel FEDERSPIEL



Le ciel par-dessus les murs

atelierdb2À quoi ça sert de se fatiguer encore et encore ? Moi qui suis né dans une cité, d’un père aux abonnés absents et d’une mère qui va de petit boulot en petit boulot, qu’est-ce que je peux espérer d’autre qu’un collège de banlieue, même pas mené au bout ? Les profs me parlent de choses que je ne comprends pas ou qui ne m’intéressent pas. Tous les copains me le disent. L’école ne veut pas de nous, et de toute façon, on n’en a pas besoin. Un peu de trafic, et tu t’en sors mieux qu’avec un diplôme. Et puis, celui qui s’en tire avec de bonnes notes, il se fait traiter de « fayot » par les autres. Alors, il vaut peut-être mieux partir avant de se faire virer. S’il n’y a rien à espérer, pourquoi s’enfermer encore dans ces murs qui ne nous disent rien ? Au moins, dans la rue, ou au centre commercial, ça vit, ça bouge, il y a du monde…
Pourtant, j’avais rêvé que j’y arriverais, que je pourrais aller au bout de mon projet secret. Je me voyais bien fabriquer des meubles. J’adore ça, l’odeur du bois. Quand je sèche les cours, je vais dans l’atelier de menuiserie à deux pas du collège. Le patron me connaît, à force. Je le regarde travailler, avec ses gestes précis qui font naître des objets ciselés. Il les caresse pour vérifier la finition. J’aimerais bien aussi aider les gens, faire quelque chose d’utile. Mais quand on est un bon à rien (c’est ce que me dit ma mère en lisant mes bulletins), on n’a pas les moyens de rêver. Ça fait trop mal quand on n’y arrive pas. Ça donne la haine. Il y en a pourtant qui y arrivent, comme mon copain Melchior. Lui, il s’accroche ; moi, je décroche. J’ai vraiment l’impression que ça ne sert à rien. C’est pas que je me vois comme un perdant, mais j’ai l’impression que tout m’échappe. Il a pourtant essayé de m’aider. Melchior voudrait que les autres réussissent avec lui. Bon, allez ! J’arrête de regarder par la fenêtre, et je me remets dans le coup. Je me concentre sur cette interro. On ne sait jamais…

Jean-Noël CHARMOILLE

 

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