Une journée avec le père Jean-François, sdb

Temps d'échnage avec le groupe d'animateurs d'Ephata devant le château de FarnièreCent cinquante ans après la fondation des Salésiens de Don Bosco (SDB), nous vous avons proposé tout au long de cette année 2009 de découvrir les différents héritiers du saint de Turin*. Avec ce dernier numéro de l’année, nous terminons notre série : rencontre avec le père Jean-François Meurs, signature bien connue de DBA. Ce religieux salésien vit en communauté au centre spirituel de Farnières, dans les Ardennes belges, un lieu unique en France et en Belgique salésiennes. Alors, à quoi ressemble une vie de « SDB » ? (DBA n°955)


Ce matin-là, alors que les brumes enserrent la campagne environnante, le centre spirituel de Farnières semble endormi. Le château, ancien relais de chasse d’une riche famille belge, a des allures de monastère, avec sa grande chapelle sur la gauche du parking et le cloître, juste à côté. Mais ici, pas de clôture. Juste la forêt comme horizon. Et le calme de la campagne (le village, Grand-Halleux, est à trois kilomètres). En cette matinée du lundi, le père Jean-François est dans sa chambre, assis dans son « coin lecture ». « Je n’ai pas de bureau, mais j’ai une grande chambre où je travaille et le lundi matin est consacré à des lectures spirituelles, notamment des commentaires de l’évangile du dimanche suivant ». La journée a débuté réellement pour lui à 7 h 45. « Ce qui rythme vraiment nos journées, c’est cette prière du matin et l’eucharistie à 18 heures ». Des temps de prière où se retrouvent l’ensemble des Salésiens sur place, du plus jeune (Bartek, un Polonais de 23 ans) au plus ancien (le père Jacques, l’économe, 72 ans). Six religieux, prêtres pour certains, mais pas tous : Don Bosco a aussi voulu des « frères », laïcs consacrés, pour s’occuper de « ses » jeunes. Il les a appelés coadjuteurs. Ici, à Farnières, ils sont deux, Jean-Marie et Manu.

Pour une même mission
Célébration au cours du séjour en Pologne en juillet dernierÉtonnamment, de l’oratoire, situé en haut de la tour du château, s’élèvent aussi des voix… féminines. Ce sont celles de la communauté des sœurs salésiennes, installée juste à côté. Une particularité de Farnières. « Nous travaillons ensemble à l’animation du lieu », explique le père Jean-François. Ici, au fil de l’année, vont défiler des jeunes, issus de paroisses, d’écoles ou de mouvements d’Église (patronnés, scouts…). Mais aussi des particuliers, des familles, des étudiants, venus pour les propositions « made in Farnières » : week-end foi et nature, ateliers d’icônes, week-end « Il était une foi… en famille », rencontre « Cuisine et spiritualité », etc. Demain mardi, dans la matinée, l’équipe pastorale composée des salésiens, des salésiennes et des trois laïcs qui travaillent ici, se retrouvera autour d’une même table. « Nous commençons toujours par un temps de prière puis un temps d’échanges et de formation, explique le père Jean-François. Cela crée une culture commune. On se connaît mieux ». Une grosse partie de la réunion est consacrée à l’évaluation de la semaine écoulée, l’agenda, l’accueil des groupes, la préparation des animations. Mercredi par exemple, ce seront les enfants de 11-12 ans du caté du groupe paroissial de Stavelot qui seront accueillis, pour deux journées à la rencontre de Don Bosco, « témoin de la foi ». « Nous préparons de courts enseignements, mais aussi des jeux, des temps de réflexion, des prières ».
Le père Jean-François le sait bien, la vie à Farnières n’est pas semblable à celle d’un établissement scolaire, d’une paroisse ou d’une maison d’action sociale. D’ailleurs, dans la congrégation, il y a autant de « métiers » que de Salésiens. Pierre, à Landser, est animateur pastoral en milieu scolaire. Jean-Pierre, à Paris, est psychopédagogue. Gérard, à Liège, est professeur de soudure. Job, à Paris, ou Daniel, à Argenteuil, sont curés de paroisses. Luc, à Lyon, est éducateur spécialisé.
Le directeur de Farnières a d’ailleurs eu, lui aussi, plusieurs « métiers » : prêtre bien sûr, mais aussi professeur de religion et surveillant d’internat (à Liège), éducateur (à Hornu) et professeur de lettres (à Tournai). Et même « famille d’accueil », entre 1983 et 1990 dans la banlieue de Tournai. « J’accueillais des jeunes, jusque trois, âgés de 16 à 21 ans, placés chez moi par les services sociaux. Une période fondatrice pour moi », raconte le père Jean-François. Une période de crise aussi. « Le type de vie communautaire ne me satisfaisait plus, je suis parti vivre seul et beaucoup ont cru que je quittais la congrégation ». Mais interpellé par Hubert, un jeune salésien, il retourne à Tournai en communauté.

Tournai, un lieu important
C’est là qu’en 1958 il découvre saint Jean Bosco : « Je suis originaire d’une famille d’agriculteurs wallons où nous étions onze frères et sœurs ; j’avais un cousin, puis un frère, qui avaient été envoyés ici comme pensionnaires et pour qui cela s’était bien passé. Alors, les parents m’y ont envoyé ». Pensionnaire, la solution de facilité pour une famille nombreuse ? « Non, ma mère accordait beaucoup d’importance aux études et elle savait qu’à la ferme, nous serions constamment sollicités pour des travaux… ». Le voilà donc, à 12 ans (il est né le 21 août 1946), élève des Salésiens, pour des études de latin grec. « Au village, à Obaix, beaucoup de gens autour de moi me poussaient à être prêtre. Je me souviens que je détestais ça ! Moi, ce que je ressentais, c’était l’envie d’enseigner ». Saint Jean Bosco va donc faire la jonction : « Le modèle du curé de paroisse ne me convenait pas, mais là, prêtre et enseignant à la manière de Don Bosco, ça, ça m’allait ! ».
Prêtre à la manière de Don Bosco, ainsi sont donc les Salésiens. Mais au fait, en quoi cela consiste-t-il ? « Ce sont des prêtres qui se plaisent bien avec les jeunes et qui leur font confiance. Moi, à Tournai, par exemple, on m’a rapidement confié des responsabilités comme surveiller les études ou organiser des jeux à la récréation ». Après six années à Tournai, le jeune Jean-François entre donc au noviciat salésien situé alors… à Farnières. Puis ce sera Rome pour trois années de philo (« Nous étions 25, d’Inde, d’Amérique latine, d’Europe. J’ai vraiment pris conscience de la dimension internationale de la congrégation. Et les cours se donnaient en latin ! »), le service militaire en Belgique et enfin l’Institut d’Études Théologiques des jésuites à Bruxelles. « Ils m’ont ouvert très fort les horizons. Et en me confrontant à l’identité jésuite, j’ai aussi mieux pris conscience de ce qu’est l’identité salésienne ».
L’heure avance. Il est 18 heures et si aucune cloche ne résonne, tous les religieux de Farnières se dirigent vers l’oratoire, pour la messe. Dans quelques heures, alors que le soleil disparaîtra sous les frondaisons, le père Jean-François retournera dans sa chambre. Cette fois pour écrire : « 20h-22h, c’est ma période de créativité ». Ainsi va la vie d’un SDB…

Benoît DESEURE


* En janvier/février, Marie Michel, volontaire de Don Bosco (VDB). En mars/avril,….., salésiens coopérateurs. En mai/juin, sœur Michèle, salésienne de Don Bosco. En juillet/août, François et Laurent, anciens de Don Bosco (ADB). En septembre-octobre, Régis Vandenbogaerde, collaborateur.


Les Salésiens de Don Bosco
La congrégation est née le 18 décembre 1859. Cent cinquante ans plus tard, les religieux salésiens sont au nombre de 16 100 dans le monde, dont 520 novices. Cent vingt ont le rang d’évêque et de cardinal, dont le cardinal Bertone (sorte de « premier ministre » du pape) ou encore les cardinaux Zen (Chine) ou Maradiaga (Honduras). Ils sont présents dans 128 pays, pour 7 610 œuvres.

 

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