Sur la corde raide

Don Bosco et le vin

vignesÉvoquer les vignes et le vin de l’Asti et du Piémont, c’est entrer dans le vif de l’existence de ces gens qui ont été façonnés par la terre qu’ils ont travaillée pour lui faire donner le meilleur d’elle-même. Cela permet de mieux comprendre de quel esprit ils sont. C’est l’esprit du courage, du labeur obstiné, de la fatigue quotidienne, de l’inquiétude du lendemain, mais aussi l’esprit de la satisfaction du travail bien fait, de la sérénité qu’apportent les bonnes récoltes, et de la joie qu’un bon verre de vin bu en bonne compagnie apporte au cœur de l’homme. (BDA n°956)

Il ne faut pas oublier que Don Bosco est le saint de la joie et du travail, de l’optimisme et de l’obstination, en même temps que de la gratitude et de la confiance envers le Créateur. « Joie, piété, travail », Don Bosco aimait répéter cette triade comme slogan.
Don Bosco avait l’expérience de la vigne. Dans le patrimoine familial, il y avait ce petit vignoble acheté par François Bosco en même temps que la masure des Becchi. Jean et Antoine y ont travaillé ensemble, et, certaines nuits, Maman Marguerite et ses enfants ont monté la garde pour chasser les voleurs. C’est que, la vigne dont on tirait du vin n’était pas un luxe, mais une question de survie ! À la ferme Moglia, on montrait encore, il y a quelques années, la vigne que le « petit Jean » avait plantée et soignée. La famille Moglia ajoutait, je l’ai entendu personnellement, que cette vigne avait mieux résisté que les autres au phylloxéra, et avait donné des crus exceptionnels durant des années. Elle y voyait un petit miracle.
Pour être admis à l’ordination sacerdotale, l’Église exigeait que le candidat dispose d’un patrimoine qui lui garantisse quelques revenus. Jean avait hérité d’une vigne lors du partage des biens paternels, et Joseph engagea sa propre vigne, appelée « vigna ’d Gai ». Au moment de la vendange, Don Bosco y venait avec des jeunes pour cueillir le raisin. C’était surtout un prétexte pour faire la fête. L’occasion pour les acteurs de jouer la farce de Gianduja (personnage équivalent à notre « Toto ») avec le petit dialogue : « Gianduja, quel est le vin que tu préfères, le Barbera, le Barolo, ou le Malvasia ? C’est celui que j’ai dans mon verre et que je m’apprête à boire ! »

Un petit traité d’œnologie

musée paysanDon Bosco profitait de ces vendanges pour offrir des grappes à ses amis et bienfaiteurs. Par ailleurs, il aimait offrir à ses amis des bouteilles de vin qu’il recevait de ses autres amis aristocrates propriétaires de vignobles. Il n’hésitait pas à les saupoudrer d’un peu de terre pour leur donner des années de cave…
Mais il est allé plus loin. Les Mémoires de l’Oratoire mentionnent qu’il a écrit en 1844 un petit traité d’œnologie. Il y parle de la culture de la vigne, de la vinification, des conditions de conservation, des qualités d’une bonne cave, etc. Il dit lui-même qu’il l’a fait pour se distraire l’esprit, mais il voulait également être utile aux gens de son pays. On n’a pas jusqu’ici retrouvé d’exemplaire de cet opuscule, qui semble pourtant avoir été très populaire, mais Don Bosco l’a sans doute signé d’un pseudonyme, comme il l’a fait d’autres fois. En tout cas, des viticulteurs de la zone de Chieri confirment que ce livre a contribué à améliorer la culture des vignes et la fabrication du vin en popularisant des méthodes plus rationnelles et des règles d’œnologie. Ce fut une source de prospérité pour les paysans. De toute façon, Don Bosco est revenu régulièrement sur ce sujet dans l’almanach « Il Galantuomo » (« L’Honnête homme ») qu’il publiait chaque année dans la série des « Lectures catholiques ». Pour Don Bosco, faire du bien passait par des choses très concrètes.

Quand Don Bosco a rendu visite au domaine de la Navarre en France (près de Toulon), où se trouvait un orphelinat qu’on lui demandait de reprendre, il s’est baissé pour prendre en main une motte de terre qu’il a émiettée entre ses doigts, avant de déclarer : « C’est une bonne terre pour la vigne, il faut en planter ». Le domaine de la Navarre est aujourd’hui une école salésienne entourée de vignes, avec une cave qui produit d’excellents vins de Provence.
Le vin, disait-il, fait du bien s’il est bon et si on en boit modérément. C’est l’excès qui abrège la vie et qui est cause de malheurs et de misères pour tant de familles. En 1840, après la mort de son ami Louis Comollo et le choc de la « visite nocturne » où il entendit la voix de Louis clamer « Bosco, je suis sauvé ! », Don Bosco tomba malade, perdant le sommeil, l’appétit et le goût de vivre. Sa mère arriva un jour avec une grosse bouteille de vin généreux du pays et un pain de millet. Jean commença de grignoter ce pain et de boire, pour finir par manger avidement et avaler le vin goulûment. Après cela, il dormit 48 heures. Les médecins parlaient d’un sommeil de mort. Mais quand Jean se réveilla, il était guéri.

Jean-François Meurs

Les vins du Piémont

vendangeLa tradition des vins en Piémont, au temps de Don Bosco, était différente de celle d’aujourd’hui. Le goût était aux vins plus sucrés. Il en reste d’ailleurs des traces. Mais sous l’influence française, on se mit à pousser plus avant la fermentation alcoolique des moûts afin d’obtenir des vins plus secs. C’est, notamment, le ministre Cavour, avec qui Don Bosco eut affaire à plusieurs reprises, qui fut le premier à promouvoir cette production de vins « modernes », principalement dans la région des « Barolo ». Et en particulier, ce fut la Marquise de Barolo, Juliette Colbert, qui fit venir un œnologue français afin de rapprocher la production de ses vignobles des vins de Bordeaux.

 

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