Sur la corde raide

Don Bosco et l’art du livre

don-bosco_bureauDès son enfance, Jean Bosco a eu la passion des livres. Il montrait la vigne derrière sa maison des Becchi et disait : “voilà mon université”. C’est là qu’il s’asseyait pour étudier… peut-être à l’abri des regards de son frère Antoine qui se faisait une gloire de ne pas savoir lire… (DBA n°957)

 

 

 

On sait aussi que, dans sa jeunesse, il a touché à une série impressionnante de métiers : il fut tour à tour tailleur, menuisier, cordonnier, vanneur, cuisinier, garçon de café, pâtissier, etc. Lorsqu’il a créé des ateliers pour apprendre un métier aux jeunes, il a utilisé tous ces savoirs ; mais parmi tous ces métiers, il a eu une préférence pour tout ce qui regarde l’art du livre, depuis la typographie jusqu’à la reliure en passant par l’imprimerie.


Dès 1853, sept ans à peine après l’acquisition du hangar Pinardi, il projette de créer un atelier de typographie au Valdocco. Ce projet a été réalisé en 1862 quand il a eu l’autorisation du Gouverneur de la Province de Turin. C’était la “Typographie de l’Oratoire St-François-de-Sales”. Au début, une vieille presse à levier et deux machines à cylindre actionnées à bras ; la variété des caractères distribués dans des cases fabriquées par les apprentis menuisiers était réduite.


Cet atelier s’est constamment enrichi de machines et modernisé au fur et à mesure des nouvelles technologies, car Don Bosco voulait être, dans ce domaine, à l’avant-garde du progrès. D’abord actionnées manuellement, elles le furent par la suite grâce à la force hydraulique puisée dans une dérivation du canal de la rivière Geronda (Don Bosco n’avait même pas introduit de demande de concession !..)

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L’exposition de 1884


En 1877, attentif aux avancées de l’art photographique, il a mis en route au Valdocco un laboratoire de chimie pour réaliser des photographies de presse. Dans les autres écoles aussi, il y avait des ateliers de lithographie et bientôt de photogravure : Sampierdarena (Gênes), Nice en France, San Benigno Canavese… La même année, il achetait une fabrique de papier afin de contrôler tout le cycle de production de l’activité éditoriale.


Le sommet de ce processus est l’Exposition Générale des Produits Italiens ouverte à Turin en avril 1884. Don Bosco a voulu être présent à cette manifestation qui rassemblait 14.000 exposants sur 350.000 mètres carrés. Il avait obtenu une galerie entière pour lui tout seul. Elle était divisée en quatre départements d’environ 50 mètres carrés chacun.


Dans le premier, le plus spectaculaire, il exposait une machine à fabriquer le papier en activité, avec la chaudière à vapeur. Le moteur était actionné au gaz. Elle séchait la pâte à papier sur les cylindres. Celle-ci était apportée chaque jour depuis sa fabrique par une espèce de chariot citerne acheté pour la circonstance. La machine produisait 10 quintaux de papier par jour.


Dans le second département, celui de la typographie, une machine flambant neuve achetée à Zurich imprimait un roman intitulé “Fabiola”, en grand format, avec des illustrations. Le troisième département était réservé à la composition et à la reliure. Enfin, le quatrième accueillait la librairie, qui exposait toutes les publications du Valdocco.


Don Bosco n’a pas eu le premier prix qu’il méritait, selon tout le monde, parce que sa machine typographique n’était pas d’origine italienne. Du coup, il a décliné les autres prix qu’on lui offrait… Selon le cardinal Alimonda qui fit son éloge à sa mort, Don Bosco rivalisait avec les plus célèbres éditeurs italiens de son époque.


Derrière cet aspect d’entreprise, il faut déceler le souci de Don Bosco qui avait compris l’urgence d’une presse populaire catholique, d’abord dans un souci d’éducation du peuple, mais aussi pour faire face aux menées des anticléricaux de l’époque et des sectes qui menaient une propagande agressive.


Diffuser les bons livres : une priorité


don-bosco_dom-savioDon Bosco avait compris que ses efforts d’éducation des adolescents et des jeunes ne porteraient du fruit que s’il y avait une suite. Les livres apportaient l’instruction et la formation permanente nécessaires aux anciens du Valdocco, tandis que la diffusion de sa pensée transformait la société pour la rendre perméable aux valeurs citoyennes et religieuses. Car il touchait non seulement les classes populaires, mais également les riches bourgeois et les aristocrates. Son discours fédérateur a multiplié le nombre de ceux qui pouvaient l’aider.


C’est pourquoi Don Bosco fait de la diffusion du livre une priorité pour les salésiens : dans les premières règles de la congrégation, il demande que ses religieux “s’emploient à diffuser les bons livres parmi le peuple, en utilisant tous les moyens que la charité chrétienne inspire”. Dans une circulaire de 1885, il en fait un des buts principaux de sa congrégation : “La diffusion des bons livres est une des principales entreprises que la divine Providence nous a confiées. Je vous prie et vous conjure de ne pas négliger cette partie si importante de notre mission… Nos publications tendent à former un système ordonné qui embrasse sur une vaste échelle toutes les classes dont se compose la société humaine”.


Le livre garde aujourd’hui toute sa pertinence et possède certains avantages sur les nouveaux médias : « Il est vertical, c’est l’arbre avec ses racines, ses branches. Avec le livre, on est héritier d’un médium qui a des milliers d’années. Simple dans son fonctionnement, il a fait ses preuves et nous rattache au passé alors que les écrans nous renvoient à l’instantanéité » (François Place, interview dans « Lire », La Libre du 28 nov. 2008).

 

Jean-François Meurs
 

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