Sur la corde raide

Je suis d'abord un professeur chrétien

dba958-am-001Une alternative à l'enseignement public peut se trouver dans nos écoles catholiques. Anne Mougenot y est professeur. Elle nous témoigne qu'elle le fait par foi et par choix. (DBA n°958)

 

 

 

D.B.A. : Anne, as-tu toujours été professeur d'histoire – géographie dans l'enseignement privé ?

Anne Mougenot : Non, c'est par hasard que je suis arrivée dans l'enseignement catholique. J'ai commencé à enseigner il y a 26 ans. Mais, il y a 25 ans que je suis professeur à l'ESTIC à Saint-Dizier. Lorsque j'ai décroché mon diplôme de l'enseignement public, il n'y avait pas de poste disponible. J'ai trouvé alors une place à l'ESTIC. Deux ans plus tard, lorsque le rectorat m'a proposé un poste, à ce moment-là, j'ai posé le choix de rester dans l'enseignement privé. Quand je suis arrivée comme jeune professeur à l'ESTIC, quatre sur huit des collègues d'histoire – géographie m'ont prise en charge : ils m'ont proposé de venir assister à leurs cours ; ils venaient assister aux miens. Ils m'ont appris la pédagogie, comment faire devant une vingtaine de jeunes surexcités. Ils m'ont donné des coups de main. Pour l'époque, c'était plutôt novateur ! Ils m'ont tout appris de la pédagogie et de l'esprit salésiens. C'est dans cette école que j'ai trouvé ce que je cherchais. Il y avait déjà un grand sens de l'accueil et un souci de la formation spirituelle et intellectuelle. Aujourd'hui, il ne reste de cette équipe que notre doyen, Daniel. Comme les pères salésiens à l'époque, Daniel ne fait pas que des cours : il accompagne des jeunes au handball jusqu'aux compétitions nationales, il s'occupe du téléthon… Je ne voulais pas être le professeur qui dit « bonjour » quand il rentre dans sa classe, « au revoir » quand il en repart, et puis c'est tout. Il y a eu jusqu'à 12 salésiens dans l'école : ils jouaient dans la cour, faisaient cours, s'occupaient de la pastorale. Et quand on restait le mercredi après-midi pour travailler, ils nous invitaient à déjeuner ! Les élèves disaient "on rentre à la maison" quand ils revenaient à l'internat. Garder l'esprit salésien est notre plus grand souci, et dans les deux sens du terme : on le porte et on s'en inquiète. C'est pour cela que mon équipe de salésiens coopérateurs tente de rendre visible cet esprit et cette pédagogie.


D.B.A. : Comment es-tu devenue salésienne coopératrice ?

A.M. : Pierre Gernez était alors supérieur de la communauté. En arrivant, il nous a dit « c'est bizarre, il n'y a pas de coopérateur ici ». Il m'en parle et cela s'arrête là. Pendant les JMJ en Pologne, où j'accompagnais des jeunes, nous sommes accueillis par une équipe extraordinaire de coopérateurs du Liban. Je me suis dit « il va falloir qu'on crée un groupe ! » Je me rattache alors au groupe de coopérateurs du collège de Binson à plus de 100 km de l'école. Au même moment, l'école organise un voyage au Liban, avec nos élèves, pour aider les salésiens. Ils tiennent un centre de réfugiés dans les montagnes libanaises. C'est là-bas, la deuxième année, que je demande à faire ma promesse comme coopératrice. J'ai trouvé ce groupe où je peux approfondir la spiritualité et la pédagogie de Don Bosco. On échange, on partage et on prie. Nous sommes des ferments dans l'école, pas forcément très visibles, mais un peu comme une girouette qui indique le sens du vent, qui donne la direction. Nous sommes responsables de cet esprit, surtout depuis le départ des salésiens.


D.B.A. : Mais tout cela tu pourrais le faire sans être coopératrice ?

dba958-am-002A. M. : Certes, mais il y a une dimension supplémentaire : la foi ! Je suis issue d'une famille catholique engagée. Mes parents ont été scouts, engagés dans l'ACI, ouverts sur Vatican II, attentifs aux plus pauvres : ils avaient une foi qui agissait ! Ils voulaient, comme croyants, être de bons citoyens engagés dans la société. Enfant, j'ai lu un jour la bande dessinée sur la vie de Jean Bosco. En arrivant à l'ESTIC, j'ai vu son portrait en me disant : « Je l'ai déjà vu quelque part ». J'ai fait le lien, plus tard, lors d'une formation à la pédagogie salésienne. J'y ai découvert aussi qu'être bon chrétien et bon citoyen – ce que pensaient mes parents – rejoignaient la pédagogie de Don Bosco. Et aujourd'hui, il me semble impossible de faire quelque chose qui soit contraire à ma foi, même si c'est tentant parfois. C'est pour cela que je me qualifie d'abord comme un professeur chrétien. Je ne parle pas de ma foi à mes élèves, c'est interdit. Mais je cherche, dans ma façon d'exercer mon professorat, de le faire avec amour, tendresse et attention à l'autre. Enfin, j'essaye de faire de mon mieux ! Je suis persuadée qu'il y a quelque chose qui se joue dans la transmission des valeurs morales !


D.B.A. : Et comment vis-tu ta foi au quotidien ?

A. M. : Après plusieurs années où j'ai été responsable de pastorale dans mon établissement, j'assure toujours et bénévolement ce que nous appelons l'initiation Culturelle, Sociale et Religieuse pour les élèves. Avec l'équipe de pastorale de l'école, comme dans nos rencontres de coopérateurs, nous commençons toujours par un temps de prière. Je prends aussi, tous les jours, un temps de méditation. C'est au MEJ, où je suis encore pour un an au conseil d'administration national, que j'ai appris la prière d'offrande le matin et la prière d'action de grâce le soir. Pendant le temps de carême, je fais attention à lire la Parole de Dieu chaque jour. Quelquefois, quand mes élèves travaillent et que j'arpente la salle de classe, entre les allées de chaises et tables, je prie pour eux. En tant que professeur principal, je connais leurs soucis, je les porte dans la prière.

 

Propos recueillis par Sébastien ROBERT

 

 

Anne Mougenot et les salésiens coopérateurs, en quelques lignes :

Née à Lunéville en 1957, Anne est entrée à l'ESTIC de Saint-Dizier en 1985. Elle est professeur d'Histoire – Géographie pour les 1ère, 2nde et Terminale (15-18 ans). De 2002 à 2009, elle est responsable en pastorale de l'école.

Binôme National de Branche (15-17 ans) au MEJ pendant 3 ans, depuis 2004, elle est membre du conseil d'administration du MEJ National.

Elle est salésienne coopératrice depuis 1991.

Troisième branche de la Famille salésienne, les salésiens coopérateurs participent à la mission reçue de leur fondateur, Don Bosco, dans leur vocation de laïcs, là où ils sont, famille, travail, association, Église. Ils sont 35.000 à travers le monde.

Leur engagement se concrétise dans une promesse qui devient pour chacun un véritable lieu de son ressourcement. Ils se retrouvent régulièrement dans leurs équipes pour une journée de prière et relire leur vie à la lumière de l’Évangile et « Projet de Vie apostolique », le livret remis le jour de leur promesse. Ils se forment à la pédagogie héritée de Don Bosco, accompagnés fidèlement par les délégués religieux et religieuses garants du charisme.

 

 

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