Les voyous de Turin

963_1001Les bandes de voyous de Turin

Durant les vingt premières années d'activité de Don Bosco à Turin, à savoir des années 1840-60, sévissaient des bandes de jeunes, graines de galériens, que l'on appelait « Cóca » en piémontais. Le mot n'a rien à voir avec la drogue, l'origine de ce mot d'argot est obscure. Les « cocche » (au pluriel) étaient des associations de malfaiteurs. (DBA 963)

(Voir  aussi «Don Bosco : Quelle vie ! »)

 

Le mot recouvrait deux réalités : d'un côté, des bandes de voyous insolents cherchant la bagarre ; de l'autre, d'authentiques associations secrètes obéissant à un chef, prêtes à n'importe quel délit et au crime organisé. Certaines de ces bandes étaient célèbres, et la police mit du temps pour s'en débarrasser.

Don Bosco eut surtout à faire aux jeunes spontanément bagarreurs. Au début de son apostolat à Valdocco, il dut plus d'une fois passer au milieu du champ de bataille, avec les pierres qui volaient de tous côtés. Il prenait des risques en les apostrophant : « Arrêtez ! Je suis votre ami », car le plus souvent, les chenapans répliquaient : « Quoi !? Nous amis d'un prêtre ! ». Ils lui faisaient des grimaces, lui lançaient des injures. Mais un jour, l'un d'eux, sorti de prison où il avait reçu la visite de Don Bosco, s'interposa : Arrête ! Gare à toi si tu manques de respect à Don Bosco. Si tu touches à lui, je t'écrase la gueule !

Une autre fois, la bande de Porta Susa attaquait à coups de bâtons et de couteaux celle de Borgo Dora. Don Bosco accourut. Deux malheureux s'affrontaient couteaux en mains. L'un d'eux s'écroula dans une mare de sang qui lui sortait d'une affreuse blessure au ventre. Pendant que l'assassin prenait la fuite, le blessé criait : « Tu me le paieras ! Dès que je serai guéri, je te ferai la peau ! ». Don Bosco essaya de le calmer et lui fit comprendre la gravité de son cas. Pendant que ses copains le transportaient à l'hôpital, il le confessa, l'exhortant à pardonner. Le jour suivant, le pauvre bougre était mort.

Une autre fois encore, une troupe de grands gaillards prit plaisir à venir se battre tout près de l'Oratoire. Don Bosco fit front pour les faire cesser. Comme les appels à la raison étaient inutiles, il se jeta au milieu d'eux, sous une pluie de projectiles. Il réussit à en désarmer quelques-uns et à faire prendre la fuite aux autres. Il s'en tira avec un coup de sabot au visage, dont il porta la marque pendant plusieurs mois.

Ce genre de scènes se répétait partout dans la zone, mais un peu à la fois, Don Bosco était connu de tous. « Voilà Don Bosco ! ». Et ils prenaient la poudre d'escampette. Mais pas tous. Certains s'approchaient, cachant leur couteau serré dans la main, ou laissant tomber la pierre qu'ils s'apprêtaient à lancer. Don Bosco trouvait les mots qu'il faut pour leur faire la leçon sans les blesser. Puis, avec une plaisanterie, il réussissait à en entraîner l'un ou l'autre à l'Oratoire. De sorte que les bandes finirent par se dissoudre un peu à la fois, et les gens commençaient à respirer. Les policiers faisaient la réflexion : « Mais quelle race de prêtre est-ce donc !? » En attendant, on comprend pourquoi les autorités de la ville se méfiaient de Don Bosco : réellement, comme l'avait prédit son frère Antoine interprétant le songe des neuf ans, il était à la tête d'une bande de voyous !

963_1003Les bandes de Vanchiglia

En 1866, c'est dans le faubourg de Vanchiglia que Don Bosco eut à affronter les bandes. Il avait repris l'Oratoire fondé en 1840 par don Cocchi, un autre prêtre qui avait la fibre sociale. Le Bourg de Vanchiglia, avec son quartier malfamé appelé Moschino, était un enchevêtrement de baraques et de repaires de bandits, un coupe-gorge qui recueillait des immondices, des misérables, des vicieux et des malfrats. La « Cocca » (bande) y régnait en maître. On peut facilement s'imaginer que les jeunes qui fréquentaient l'Oratoire n'étaient pas de la farine à faire des hosties. Don Bosco y envoyait ses meilleurs collaborateurs, Michel Rua, le « Bersagliere » (1) Giovanni Brosio, qui eurent du fil à retordre. Seules leur patience et leur bonne volonté réussirent à discipliner les récalcitrants pour les amener au catéchisme et à la prière.

Mais les jeunes « barabbas » de Vanchiglia ne voyaient pas cela d'un bon œil. Tous les dimanches, ils venaient chahuter, insulter, et, parfois, malmener les garçons isolés qui se laissaient surprendre. Un dimanche, ils étaient une quarantaine armés de pierres et de bâtons. Le « Bersagliere » organisa la défense. Il envoya le concierge chercher du secours auprès des soldats de la cavalerie casernés dans le voisinage, et mit les plus petits à l'abri dans l'église. Il répartit les plus grands en bataillons, armés des fusils en bois qu'il utilisait pour leur faire faire manœuvres et exercices. Les garçons ne se le font pas dire deux fois pour se lancer dans la bataille, avec discipline et efficacité. Quand la cavalerie arrive, elle n'a plus qu'à achever le travail. Quelques jeunes qui avaient reçu la leçon se décidèrent à fréquenter l'Oratoire.

Tout n'était pas fini : les graines de bandits revinrent une autre fois pour venger un gamin qui avait été giflé par un éducateur maladroit. Entrés dans l'Oratoire, ils cassaient les fenêtres et tout ce qu'ils trouvaient. Alors, le Directeur se décida à les affronter. Il se mit à les apostropher en italien, ce qui les fit rire, car ils ne connaissaient que le piémontais, mais cela stoppa les casseurs. Cependant, un chenapan réussit à lui mettre de la paille en feu sous la soutane, tandis qu'un autre lui glissait du papier enflammé dans les poches. C'est un gamin audacieux et adroit qui arracha le papier et éteignit les flammes. Le Directeur continua de faire le pitre, tournant l'affaire à la rigolade, et finit par les défier à une partie de barres (2), promettant un verre de bon vin. Un bon nombre accepta, et les autres se retirèrent. Finalement, l'affaire finit en beauté.

Jean-François MEURS

 

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