Les Dassy-Seghers

U964_1004n couple salésiennement passionné : René et Renée Dassy-Seghers

 

Renée et René vivent à Bruxelles. Ils sont tous deux salésiens coopérateurs. Renée a été vice-présidente des Anciennes Élèves des Filles de Marie-Auxiliatrice au niveau mondial. Son mari est autant passionné par l'« esprit de Mornèse » que par l'« esprit du Valdocco » !  (DBA 964)

 

DBA : Renée, comment avez-vous connu la famille de Don Bosco ?

Renée : Toute petite, j'avais été scolarisée dans une école stricte et sévère. Quand je suis arrivée à l'âge de sept ans au « Quai au Foin », l'école des sœurs salésiennes implantée dans un quartier pauvre de Bruxelles, j'ai tout de suite senti que je m'y plairais ; il y régnait un climat de liberté, d'accueil chaleureux. Sœur Jeanne Bronckart en était la directrice bienveillante, secondée par des sœurs qui étaient toujours avec nous : en classe, dans la cour de récréation, aux repas, à la chapelle... Et le dimanche, après la messe, elles jouaient avec nous au Patro. Trois sœurs enseignantes et une sœur portière, sœur Bénédicta au sourire inoubliable : une petite communauté qui a fait tant de bien aux enfants pauvres, défavorisés, désorientés que nous étions. J'ai été accueillie telle que j'étais, moi, la petite orpheline de père, têtue, révoltée, au caractère entier. Pour moi, encore à l'heure actuelle, Sœur Jeanne est ma deuxième maman, mon ange gardien.

Avec soeur Bénédicta 964_1005

DBA : Et vous René, vous avez grandi chez les salésiens ?

René : Non, je ne connaissais Don Bosco que par la bande dessinée de Jijé. C'est Renée qui m'a fait connaître ses éducatrices salésiennes au début de notre mariage. J'ai tout de suite été impressionné par leur accueil attentif et chaleureux, leur savoir-faire avec les enfants et leur façon d'inviter chacun à « entrer dans la danse » du service et du don. Elles n'ont pas peur d'appeler, et leur manière d'être, personnelle et communautaire, est convaincante. Cela a débouché, vingt-cinq ans après, sur notre promesse de salésien coopérateur et de salésienne coopératrice.

DBA : Renée, ce que vous avez vécu vous a aidée dans votre carrière d'enseignante ?

Renée : J'ai enseigné dans une école publique du réseau catholique, école implantée au centre de Bruxelles avec 98 % d'immigrés et 2 % d'enfants issus du quart-monde belge. Oui, face aux défis auxquels doivent faire face tous les enseignants des écoles publiques, défis multiconfessionnel et multiculturel, mon expérience m'a servi ! Pour moi, la seule façon de répondre à ces défis est d'appliquer le Système préventif de don Bosco. Si nous voulons que la génération future compte de « bons chrétiens » et d'« honnêtes citoyens », il faut lui enseigner notamment la tolérance et la non-violence. Être présent à tout moment auprès de l'enfant, prendre le temps pour l'écouter et « entendre » ses joies mais aussi ses peines, ses difficultés, ses révoltes ; l'aimer et l'accueillir tel qu'il est et cheminer avec lui et sa famille. Être une personne qui prie, qui loue Dieu, qui trouve en Lui sa force et son courage. Les musulmans le comprennent très bien et nous respectent en cela.

DBA : Et vous René, qu'avez-vous découvert petit à petit de l'esprit salésien ?

René : J'ai vibré avec Renée au souffle qu'elle ramenait toujours des congrès internationaux auxquels elle participait en tant que présidente fédérale des anciennes élèves des FMA, puis comme conseillère mondiale... Plus je fréquente la Famille Salésienne dans toutes ses composantes laïques et religieuses, masculines et féminines, plus je découvre la grande cohérence entre le système éducatif et la spiritualité salésienne. Le style de relation que nous entretenons avec les jeunes et nos proches féconde notre vie intérieure. C'est la façon salésienne de réconcilier action et contemplation. En effet, au Valdocco comme à Mornèse, les piliers du système préventif que sont l'affection, la confiance, l'accompagnement, la raison, le réalisme bienveillant, le sacrifice joyeux et l'engagement généreux... sont également les piliers de la vie intérieure, de la vie en famille, de la vie communautaire. Il me semble que c'est le cœur de l'héritage spirituel de don Bosco et Marie-Dominique.

DBA : Grâce à Renée, tous les deux vous vous êtes intéressés à la vie concrète des différentes branches de la famille salésienne un peu partout dans le monde. Comment voyez-vous le futur de la salésianité, en Europe par exemple ?

Renée et René : Savoir ce qu'il faudrait faire ensemble est relativement facile avec un brin d'expérience, une pincée de sagesse et beaucoup de bon sens. Mais le faire nécessite une énergie considérable. Seuls les jeunes possèdent cette énergie en suffisance. Il faut donc les solliciter inlassablement, comme le rappelle le Recteur Majeur dans ses Étrennes 2011. Mais attention : à vin nouveau, outres nouvelles. Il faut donc tout d'abord présenter une vision positive du monde moderne et cesser de nous barricader dans nos anciens schémas culturels : un salésien ne gémit pas sur son temps. Le charisme salésien a des atouts majeurs dans l'approche des jeunes et de leurs vécus. C'est notre « core business » dirait-on dans les entreprises privées : là où nous sommes les meilleurs. L'humanisme du « système préventif » n'a pas cessé de produire du sens dans tous les aspects de notre société. En Europe, nous ne sommes qu'à l'aube d'une grande œuvre. Allons-nous oser ? Allons-nous être fous comme Don Bosco le fut ?

DBA : Avez-vous un projet fou mais concret ?

René : Oui, je voudrais écrire une biographie en français de Giovanni Cagliero ! Mes proches connaissent mon affection pour ce jeune accueilli par Don Bosco, devenu salésien et ensuite cardinal en Amérique... Raconter Cagliero, c'est aussi raconter ce que fut la grande épopée européenne et missionnaire des salésiens aux origines. En scrutant ce que furent la vie et les motivations des premiers salésiens et des premières salésiennes, à travers les yeux de don Cagliero dont les biographies ne sont pas « orientées » vers une béatification, nous trouverons peut-être des éléments déterminants pour réfléchir aux défis de l'avenir de la Famille Salésienne de Don Bosco, ici et ailleurs. Ce sera un travail titanesque mais qui m'enthousiasme énormément !

Propos recueillis par Bénédicte PITTI

« Les piliers du système préventif que sont l'affection, la confiance, la raison... sont également les piliers de la vie intérieure, de la vie en famille, de la vie communautaire.» René

- Nés, elle à Bruxelles en 1950, lui à Namur en 1941

- Elle : carrière d'enseignante en milieu immigré et lui cadre dans l'industrie

- Mariés en 1969

- ont deux enfants et sept petits-enfants

- Promesse de coopérateurs en 1995

- Très engagés en paroisse et au Vicariat de Bruxelles au niveau de la catéchèse, de la préparation au mariage, de la pastorale familiale ou des conseils pastoraux... et comme salésiens coopérateurs au niveau local et provincial.

- Retraités à l'âge de soixante ans, mais salésiennement très actifs

 

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