la tête dure comme le roc |
|
De nombreux salésiens et salésiennes qui ont fondé les œuvres de Don Bosco et implanté son esprit en France et en Belgique sont nés dans la vallée de Sestrière. Les gens de l'endroit s'en souviennent encore aujourd'hui. Ils disent que ces jeunes avaient la tête dure comme le rocher et qu'ils étaient solides comme la montagne. Don Bosco a canalisé leurs caractères forts pour les mettre au service des jeunes. (DBA 964)
Le 25 juillet 1868, Don Bosco se trouvait dans la Haute Vallée où coule le Chisone, plus connue sous le nom de Vallée de Pragelato, ou encore de Sestrière. Elle relie Briançon à Turin en passant par Pinerolo. On y parle un dialecte proche du français appelé « patuà », - du français patois ! -, qui a subi des influences provençales, dauphinoises et françaises. La France a dominé cette vallée de 1200 à 1713 ; la vie religieuse, politique et économique était tournée vers Briançon, Grenoble et Lyon plus que vers l'Italie. La langue de l'école et du séminaire était le français ; c'est en 1888 seulement que la langue italienne fut introduite dans les cours, et c'est à l'époque du fascisme de Mussolini qu'elle fut vraiment imposée. Don Bosco avait été invité par son ami Don Giovanni Battista Guigas, curé de Fenestrelle. Pendant son séjour, le curé de La Ruà, un quartier de Pragelato, fut mordu par un chien enragé. Ayant appris la présence de Don Bosco dans cette commune, il le fit appeler. Celui-ci vint le bénir, le curé fut rassuré, et il guérit de son mal ; il vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-treize ans. La rumeur de cette bénédiction se répandit aussitôt dans la vallée.
Le lendemain, Don Bosco se rendit à Pragelato. Il y rencontra un jeune homme originaire de Laux, commune d'Usseaux, qui venait de terminer des études de philosophie et désirait se faire prêtre. Mais il était orphelin de père, et son grand-père avait d'autres projets : il lui avait trouvé un emploi dans le commerce à Lyon. Joseph Ronchail n'avait jamais entendu parler de Don Bosco, mais deux amis séminaristes l'avaient invité à venir avec eux pour le rencontrer. Or, quand Don Bosco se trouva devant les trois amis, il s'adressa tout de suite à Joseph, en lui disant : « Voilà un beau merle qu'il faut mettre en cage ! ». Surpris, Joseph pensa immédiatement à son désir de vocation et sollicita un entretien particulier. Il était convaincu désormais qu'il devait se faire prêtre et suivre Don Bosco à Turin, mais comment convaincre son grand-père ? Peu après, Joseph Ronchail revint, accompagné de sa mère et de ses deux sœurs. La première, qui avait quatorze ans, avait perdu presque complètement la vue et l'autre souffrait d'une inflammation des yeux et ne supportait plus la lumière. Don Bosco leur recommanda les prières à Marie Auxiliatrice. Il confia à Joseph la tâche de diriger la prière familiale et ensuite il donna sa bénédiction aux deux jeunes filles. La première guérit à l'instant et n'eut plus jamais de problème aux yeux ; la seconde fut guérie le dernier jour de la neuvaine. Joseph comprit alors que Don Bosco était vraiment un homme de Dieu et que, éclairé par le ciel, il avait eu connaissance de sa vocation. Trois mois après, le 10 octobre 1868, il entra à l'Oratoire du Valdocco ; il devint salésien en 1869, prêtre en 1872. En 1876, il fut envoyé comme directeur de la nouvelle maison salésienne de Nice. Il alla ensuite à Paris, en 1888. Il mourut en 1898, âgé seulement de quarante-huit ans, alors qu'il était provincial des maisons du Nord de la France et de la Belgique. Et d'autres vocations
Il y eut encore les Bourlot du village de Puy, dans la commune de Fenestrelle, puis d'autres encore, et en plus, un véritable bataillon de sœurs salésiennes, dont les noms de famille avaient une consonance bien française : Bourlot, Guiot, Chapelle, Lantelme, etc. Les garçons du pays étaient dépités de voir partir les plus joyeuses jeunes filles du pays « par charretées ». Le voyage de Don Bosco dans la Vallée du Chisone avait soulevé chez les jeunes générations de l'endroit un enthousiasme qu'on ne peut même plus imaginer aujourd'hui. En décembre 2009, j'ai rencontré à Pinerolo l'abbé Walter, qui fut curé à Laux. C'est de lui que je tiens l'affirmation que les habitants de l'endroit se souviennent encore très bien de ces jeunes gens et jeunes filles plein de fougue et à la tête dure qui s'en furent partout dans le monde, envoyés par Don Bosco et Marie Mazzarello. Don Bosco, disait-il, savait y faire. Il avait compris que le Valdocco était un cadre trop étroit pour ces jeunes au tempérament vif et entêté, qu'ils n'y seraient pas restés sans tout bouleverser. Il les a réservés pour des missions qui demandaient leur audace et leur ténacité. Jean-François MEURS |
|
||||||