Francesco Scaloni

966_1013   Le Père Scaloni et la naissance de la présence salésienne en Belgique

Il y a cent vingt ans, le Père Francesco Scaloni fondait les Provinces salésiennes de Belgique en commençant l'œuvre de Liège. Il y a cent ans, il jetait les fondements de la Province d'Afrique Centrale par l'envoi de missionnaires salésiens au Congo belge. Il a aussi été mandaté pour refonder la province d'Angleterre-Irlande en 1921. Il est un personnage clé de l'implantation du charisme salésien en dehors de l'Italie.  (DBA 966) 

 Francesco rencontra Don Bosco à Rome en 1875. Il avait quatorze ans. Ses parents étaient au service des ducs Salviati, une famille généreuse. Don Bosco décela en lui l'étoffe d'un salésien de qualité. Francesco n'a jamais rien révélé de cette rencontre, mais quelques mois plus tard il arrivait au Valdocco de Turin. Il fut d'abord apprenti menuisier, mais rapidement, compte tenu de ses aptitudes littéraires et de son esprit fin, Don Bosco le fit passer chez les étudiants "latinistes". Son nom figure parmi les aspirants au sacerdoce dès 1879, il a dix-huit ans. À la fin du noviciat, à l'âge de vingt-et-un ans, il s'engage définitivement dans la congrégation salésienne sans passer par les périodes de vœux temporaires.
Après deux ans de philosophie, il est envoyé en stage pratique à Nice où il termine en même temps sa troisième année d'études. Il avait vécu sept années sous la direction proche de Don Bosco qui l'avait formé. En France, il eut la chance d'être dirigé par le Père Albera, futur successeur de Don Bosco. Il est ordonné prêtre à Marseille en 1887. Il complète ensuite ses études de théologie en fréquentant le célèbre "Institut Catholique" de Paris où il obtient le titre de Bachelier.

Envoyé à Liège
En 1891, il fut choisi par les supérieurs de la congrégation comme directeur de la communauté de Liège, dans une œuvre fondée par Mgr Doutreloux, un évêque engagé dans l'action sociale en faveur de la classe ouvrière, tout à fait dans la ligne de l'encyclique Rerum Novarum qui parut cette année-là. Le tout nouveau bâtiment situé dans le quartier du Laveu comprenait une école professionnelle avec un internat pouvant abriter deux cent jeunes orphelins.
Les quatre confrères avaient entre vingt-quatre et trente-et-un ans. Ils déployèrent une activité abondante qui attira rapidement les vocations. Les temps étaient propices, le monde catholique belge, au pouvoir depuis longtemps, favorisait les œuvres sociales. Dix ans plus tard, en 1902, les supérieurs créèrent une province belge autonome avec six maisons : Liège, Tournai, Hechtel et Verviers, auxquelles on ajouta celles de Zurich et Muri en Suisse. Le Père Scaloni en devint le provincial.
Les temps changeaient cependant : l'arrivée des confrères français expulsés de leur pays apportait à la fois du dynamisme et des complications. Le Père Scaloni y trouva du personnel pour ouvrir de nouvelles œuvres mais, en même temps, certains confrères partagés entre deux obédiences, celle du Provincial belge ou celle du Provincial de France échappaient à l'autorité de tous les deux ! D'autre part, si les salésiens étaient restés jusque-là dans l'ombre, l'arrivée d'une congrégation durement stigmatisée par le gouvernement français les mit sous les feux de la politique belge qui, elle aussi, était en train de virer : les socialistes étaient en pleine croissance, et les libéraux, depuis longtemps dans l'opposition, manifestaient une agressivité certaine. Il y eut six débats à la Chambre des députés en 1903 provoqués par la gauche qui craignait "l'invasion noire", et qui reprenait textuellement le rapport fait par Émile Combes en France, lequel avait valu l'expulsion de "la plus abjecte et agressive de toutes les congrégations". Le Père Scaloni dut prendre plusieurs fois la défense de ses religieux et de ses œuvres. Il le fit grâce à des personnalités du monde politique dont il avait pu faire des amis des salésiens.

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Un petit livre à succès
Involontairement, le Père Scaloni provoqua encore un débat au Parlement le 12 avril 1904. Il voulait donner aux élèves de l'école professionnelle une solide formation concernant l'enseignement social de l'Église, pour les armer contre les propagandes anticatholiques. Il écrivit un opuscule, "Capital et Travail", sous-titré "Manuel populaire d'Économie sociale". Il y exposait avec simplicité – il était doué pour la vulgarisation – les principes de Rerum Novarum. Il critiquait la lutte des classes au sens marxiste et s'efforçait de favoriser la paix sociale entre les patrons et les ouvriers. Il disait aussi ce qu'il pensait des socialistes. Le petit livre attira l'attention de plusieurs hommes politiques notamment parce que le ministre de l'industrie et du travail, Gustave Francotte, l'avait diffusé dans les bibliothèques des écoles industrielles. Le débat dura quatre heures et fut l'occasion pour les deux parties de mieux se connaître. Le livre eut un succès inattendu ; il y eut une troisième et une quatrième édition. Le Centre salésien d'Études Sociales de Buenos Aires le choisit comme texte de base ; il incita un salésien coadjuteur à fonder des syndicats chrétiens et une revue : "Restauracion social".
Le Père François Scaloni soutint encore diverses polémiques avec les journaux hostiles au monde catholique, toujours pour défendre les salésiens et leurs œuvres. Il répondait aux attaques de ceux qui prétendaient que les salésiens exploitaient les enfants au travail et fraudaient l'État.
Ses écrits et ses conférences le plaçaient dans le courant conservateur du monde catholique, où la question sociale était encore imprégnée de paternalisme charitable. Manifestement, il agissait comme Don Bosco de manière fort prudente et avec beaucoup d'opportunisme, et il s'alignait en cela sur l'attitude du Conseil supérieur avec Don Rua et Albera : sur la scène politique, pour le bien de ses œuvres, il reprenait le point de vue des personnages influents qui soutenaient la congrégation.
Il gardait cependant une liberté de pensée et d'agir. En 1907, quand les démocrates entrèrent au gouvernement, il parla plus librement et se détacha des conservateurs. Il s'était toujours attaché à montrer que l'Œuvre de Don Bosco n'était pas que l'œuvre charitable bien connue, mais qu'elle était une œuvre sociale par excellence. Il demandait aux salésiens de bien étudier la question sociale et de viser l'amélioration du sort des ouvriers en favorisant une vision chrétienne du travail.

Il prenait aussi ses distances par rapport au "Bulletin salésien" dont la version française était la traduction de l'italien. Dans la version flamande, "Liefdewerk van don Bosco", surtout dans les années 1910-1913, il indiquait clairement quels étaient les choix des salésiens en matière électorale et sur une série de sujets, comme la politique religieuse au Congo belge. Il le faisait pour des raisons pastorales d'abord.
De cette façon, François Scaloni resta fidèle à l'esprit de Don Bosco, mais il ne fut pas un "copier/coller" du fondateur : il a adapté le charisme de Don Bosco à la réalité locale. Nous verrons qu'il fera de même au Congo et en Angleterre.

Jean-François MEURS

 

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