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Jean-Marie Outin : « Les salésiens m’ont aidé à prendre ma vie en main »
Jean-Marie Outin, un ancien élève de Giel, a le même âge que la Passion à Ménilmontant, au Patronage Saint-Pierre à Paris, qui va fêter ses quatre-vingts ans en 2012. Il y joue le rôle d’Hérode. (DBA 967)
DBA : Depuis combien de temps joues-tu Hérode dans la Passion ? Jean-Marie Outin : Depuis cinq ans maintenant.
DBA : Qu’est-ce qui t’a amené à jouer ce rôle ? J.M.O. : C’est Didier Braun, le directeur du théâtre, qui m’a demandé de descendre de la régie, dont je m’occupais depuis des années. J’ai fait d’abord un figurant. Puis il m’a demandé de faire le grand prêtre Hanne, et j’ai fini par Hérode. C’est très difficile de jouer ce rôle, d’entrer dans la peau du personnage quand on a des convictions comme les miennes. Jouer un homme qui n’a pas la foi, que cela n’intéresse pas, ça m’a posé des questions. D’abord j’ai cherché à savoir qui était cet homme, j’ai trouvé un livre : c’est un chef de gouvernement, et il gouverne comme il veut, les femmes, les festins, etc. J’ai dû faire comme si je n’avais plus la foi, sans idéologie ni religion. Je m’y suis mis, ça a été dur, et ça passe.
DBA : Cette foi, où l’as-tu trouvée ? J.M.O. : Je l’ai trouvée depuis 1938-1939 avec les salésiens de Don Bosco à Giel, avec le Père Pansard, le Père De Mécheleer, etc. Je prie pour eux chaque jour dans ma prière du soir. On allait à la messe tous les matins, et à la fin du livre de prière il y avait une page consacrée aux anciens et amis de Don Bosco. Il y avait une prière que je récite tous les soirs, alors tous les salésiens qui m’ont aidé à prendre ma vie en main, à développer chez moi le don de donner défilent en une fraction de seconde. Et je dis merci à tous ces salésiens qui m’ont fait réussir ma vie. Parce que je n’étais pas très doué du point de vue des études, je n’ai pas mon certificat d’études, et j’ai fini cadre dans une grande entreprise !
DBA : Quelles ont été les principales étapes de ton cheminement ? J.M.O. : Il y a un moment où je voulais devenir religieux salésien. Mais en même temps je voulais devenir électricien comme mon papa. Je n’avais pas le niveau pour les études à cette époque-là. À Giel, on m’a fait apprendre le métier de cordonnier. Je me suis retrouvé au noviciat, à réparer les chaussures de mes confrères, puis au scolasticat de philosophie, et je suis parti au service militaire à Rennes. Je suis sorti du cadre fermé des salésiens. Alors j’ai été voir mon responsable pour lui expliquer que je n’étais pas bien dans ma peau, que je voulais qu’on m’envoie à Roanne pour devenir électricien. Le provincial m’a répondu que mes confrères avaient besoin d’un cordonnier, pas d’un électricien. J’ai été voir le Père Poulmach, qui m’a dit : « Reste à l’extérieur, dans le monde, tu seras aussi salésien, et même plus qu’un religieux salésien. ».
DBA : Comment as-tu mené ta nouvelle vie ? J.M.O. : En 1954, je suis arrivé à Paris. Un oncle m’a fait embaucher comme électricien dans une maison où il travaillait, et faisait des verres pour l’éclairage public. J’avais acquis des notions d’électricité à l’armée. En août 1956, je suis rentré chez Thomson à Gennevilliers, comme balayeur ! Je m’arrêtais souvent pour regarder travailler les câbleurs. Le contremaître m’a remarqué et m’a proposé de commencer une formation interne à l’établissement. J’ai gravi tous les échelons, travaillé aux premiers ordinateurs, et fini chargé d’un centre de 10.000m² avec les robots qui fabriquent les cartes à puce.
DBA : Entre-temps tu t’es engagé dans ta paroisse ? J.M.O. : J’étais chanteur à Giel, grâce au Père Le Boulch qui m’appelle un matin, alors que je balayais le préau. Il m’emmène au théâtre et se met au piano. Il commence à monter des gammes et me dit de faire des vocalises. Un demi-ton plus haut, et encore. Et il conclut : « Demain, tu viens à la chorale ! » On apprenait le grégorien pour chanter la messe le dimanche. J’ai appris à chanter là. Quand les salésiens ont pris la paroisse Notre-Dame de Lourdes, à Paris, en 1961, le dimanche j’animais trois messes, à 5 h 30, celle des boulangers, etc. Tout en latin. Puis on est passé au français, c’est une très bonne chose, on participe mieux maintenant. J’ai fait cela pendant pas mal d’années. Et j’ai dû arrêter, parce que je suis tombé malade, et je n’ai pas pu reprendre, je ne peux plus chanter. La chimiothérapie a détruit les terminaisons nerveuses dans mes mains. Quand je suis tombé malade, ça n’allait pas du tout, et puis j’ai dit : « Allez, Jean-Marie, tu vas te battre, tu vas réussir. »
DBA : Comment es-tu revenu chez les salésiens au Patronage Saint-Pierre ? J.M.O. : Quand le père Henri Lafouge a été nommé directeur du Théâtre de Ménilmontant, il m’a dit : « Si tu ne viens pas avec moi, je n’accepte pas. » Je suis venu. J’ai consacré mon temps à mettre aux normes toute l’électricité de la maison. Il y avait dix cahiers de recommandations de l’agence de sécurité qui n’étaient pas faites ! Et je continue. Je suis un peu l’interface avec la sécurité.
DBA : Il n’y a pas que le travail et les salésiens dans ta vie J.M.O. : Dieu nous a mis sur terre c’est pour aimer son prochain, sa femme c’est normal. J’ai eu cela, mais je ne l’ai pas eu tôt, parce que je me suis marié à cinquante-deux ans et Suzanne à quarante-sept : on a été très heureux pendant vingt-huit ans. Je suis veuf aujourd’hui. On aurait eu trente ans de mariage cette année. Comme dans tous les ménages, on a eu parfois des petits accrochages, mais on a toujours eu le pardon. J’ai toujours fait le pas et elle aussi. Maintenant, je me retrouve tout seul à la maison, ce n’est pas facile. Quand ça ne va pas, je téléphone à une de mes sœurs et on passe quelques jours ensemble. C’est moins triste.
DBA : As-tu d’autres engagements ? J.M.O. : Cette année, c’est moi qui organise la fête de famille à Paris. Tout a commencé quand ma sœur aînée a perdu son mari. Tout le monde se rapplique de la France entière, on s’embrasse, on se donne des nouvelles. Alors je suis intervenu : « Il faut qu’il y ait quelqu’un qui meure dans la famille pour qu’on se donne des nouvelles ! L’année prochaine, je fais une fête de famille. » Ça a commencé à Briouze, notre village natal, et on était vingt-huit. Maintenant, chacun prend son tour ; on est à la 16ème année. C’est salésien de faire la fête. Je n’aurais pas été chez les salésiens, je n’aurais jamais fait tout ça. Voilà ma vie de salésien, car je suis salésien de tout cœur, elle est toute simple. C’est une grande joie intérieure que j’ai.
DBA : Un conseil pour les jeunes ? J.M.O. : Dans la vie, faut faire la part des choses, voir l’homme dans son contexte, avec son caractère, sa vie intérieure, sa foi, sa grandeur d’âme, son dévouement, son don de soi, c’est ce qui fait sa valeur devant Dieu, et son bonheur. Celui qui ne comprend pas cela il loupe sa vie sur terre.
Propos recueillis par Jean-Pierre MONNIER
La prière de l’ancien O notre Père des cieux, je vous remercie de la grande grâce que vous m’avez faite en conduisant ma jeunesse auprès de votre serviteur saint Jean Bosco, sous le manteau de l’Auxiliatrice. Aidez-moi à en rester digne. Bénissez mes anciens maîtres et mes anciens camarades. Ayez pitié de la jeunesse d’aujourd’hui si exposée au mal, et faites fleurir les deux congrégations salésiennes appelées à la sauver. Et puisque j’ai beaucoup reçu, que je donne à mon tour ! Accordez-moi de travailler avec fruit dans l’Église au règne de votre Fils Jésus Christ, qui est un règne de pureté, de justice et de charité ; et d’y travailler toujours dans la simplicité et la joie, jusqu’à la mort. Amen Sainte Vierge Marie, rayonnant modèle des âmes généreuses et mon Auxiliatrice, priez pour moi et pour tous les Anciens. |