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Congo belge, Angleterre : le Père Scaloni fondateur
Après avoir fondé la Belgique salésienne il y a cent vint ans à Liège (1 891), le Père Scaloni a posé les fondements de la Province d'Afrique Centrale il y a cent ans au Congo belge (1911). Il fut aussi Provincial d'Angleterre, chargé par les supérieurs de Rome de remédier à la crise (1919). (DBA 967)
Le gouvernement belge comptait sur les congrégations religieuses "pour promouvoir l'enseignement au Congo et faire œuvre civilisatrice". Les salésiens furent sollicités par le ministère des Colonies, et, dès 1910, le Père Scaloni mena les négociations en vue d'assurer les conditions matérielles et financières des nouvelles fondations. Son but était de participer à l'évangélisation des peuples. Une école professionnelle pour les jeunes africains était une bonne base de départ. Il accepta aussi une école pour enfants européens à Elisabethville, actuellement Lubumbashi, capitale du Katanga : les salaires des salésiens enseignants assureraient la subsistance de ceux qui travailleraient dans les missions. Le fait que cette école serait fréquentée par des orthodoxes, des juifs, des protestants, des "sans-religion", n'était pas pour lui un obstacle insurmontable : du moment qu'une instruction religieuse était possible pour les catholiques, il se tenait pour satisfait. Il avait obtenu l'assurance que les salésiens auraient la liberté d'éduquer selon les principes du système préventif qui lui était cher.
1911. L'envoi des premiers salésiens au Congo belge Il se préoccupa de bien choisir les six confrères qu'il comptait envoyer, de les former, notamment par l'apprentissage des langues locales, de la médecine tropicale, etc. Ils devaient être polyvalents, car on leur demandait d'être compétents en agriculture, menuiserie, couture, maçonnerie, boulangerie, dessin, gymnastique, musique, etc. Le premier groupe mené par le Père Sak arriva sur place en 1911 et s'activa pour ouvrir les écoles dès la rentrée de 1912. Bien que le manque de personnel se fit cruellement sentir pour les besoins de la Belgique, le Père Scaloni envoya encore trois confrères en renfort, un mécanicien, un cordonnier, un enseignant.
Au début de l'année 1914, il se rendit à Elisabethville pour la visite canonique. Il y montra toutes ses qualités d'écoute et son désir de bien comprendre le contexte afin d'adapter le charisme. Il estima que la formation de la femme congolaise était une priorité, c'est pourquoi il souhaita l'arrivée rapide des sœurs salésiennes pour s'occuper des filles. Il fut d'avis de développer les œuvres salésiennes dans la région du Haut Luapula, à l'extrême sud, là où le pays s'incruste dans la Zambie, pour y former des jeunes qualifiés et améliorer les conditions de vie. L'évangélisation des parents se ferait à travers une bonne formation chrétienne des enfants scolarisés. L'école professionnelle serait un lieu favorable pour l'étude de la psychologie des noirs. Le poste de Kiniama fut décidé. Il soulignait l'importance primordiale des relations humaines entre les missionnaires et les populations autochtones.
La Première Guerre Mondiale Le Père Scaloni était à peine rentré de sa visite canonique que la guerre éclatait. Ce fut une nouvelle épreuve : de nombreux confrères étaient mobilisés au front, dispersés. Il fallait garder les contacts avec eux ; ce qu'il s'efforça de faire en priorité. Quant aux œuvres, elles manquaient de personnel, et les confrères qui restaient s'imposèrent beaucoup de sacrifices pour faire face au travail abondant.
Provincial d'Angleterre Dès 1909, on avait demandé à Don Scaloni de succéder au supérieur de la province d'Angleterre alors en crise. Il le fit depuis la Belgique, mais la guerre vint bientôt perturber les contacts, et il fut empêché de s'y rendre puisqu'il se trouvait de l'autre côté du front. En 1919, il fut nommé Provincial et put s'acquitter de son rôle à plein-temps. Il eut la sagesse de ne pas travailler seul, mais il s'entoura de collaborateurs clairvoyants et enthousiastes. Le défi principal était de créer des œuvres spécifiquement salésiennes, telles que les oratoires, les écoles professionnelles et agricoles. Il fallait se démarquer des collèges diocésains. En même temps, il se préoccupa des vocations : bien choisir les candidats et leur donner une bonne formation. Dix ans après son arrivée, le nombre de salésiens britanniques avait doublé, au point que les supérieurs de Turin lui demandèrent de mettre des confrères à leur disposition pour développer les missions en Inde, à Malte et en Afrique du Sud. La nouvelle génération, plus souple, était prête à partir en mission. Il aurait fait davantage s'il avait mieux maîtrisé la langue anglaise.
Dernier voyage au Congo, 1926. Entre-temps, le Père Paul Virion, son successeur comme provincial de Belgique, prenait soin du développement des œuvres en Afrique. Le Père Sak, responsable des différentes présences, souhaitait investir davantage dans la région au Sud d'Elisabethville (Lubumbashi), la botte du Congo. Il retira les salésiens de l'école primaire pour enfants africains. En 1924, les Salésiens du Congo furent constitués en "visitatoria", avec à sa tête un "visiteur", le père Sak, qui disposait pratiquement des pouvoirs d'un provincial. Quelques mois plus tard, celui-ci fut aussi nommé préfet apostolique, avec le titre de Monseigneur.
En 1926, le Père Scaloni devait faire la visite canonique des maisons d'Afrique du Sud appartenant à sa province d'Angleterre, Capetown et Claremont. Le supérieur majeur, don Rinaldi, le chargea d'une visite extraordinaire au Congo. Il avait beaucoup d'estime pour le Père Scaloni, et ce dernier avait l'avantage de connaître déjà le terrain et la réalité belge ainsi que les confrères.
Après un long voyage, il commença les nombreuses visites inscrites au programme. Il prit le temps de rencontrer tous les confrères. En homme soucieux d'inculturer le charisme de Don Bosco, il observait et notait dans un carnet tout ce qu'il voyait, s'efforçant de comprendre les mentalités et les besoins. Afin d'adapter la vie salésienne aux exigences de la vie missionnaire, tout en restant fidèle aux règles générales de la congrégation, il avait commencé à rédiger un "coutumier" en observant les habitudes de vie prises par les salésiens : il ne voulait pas que ses religieux reprennent purement et simplement les coutumes du Valdocco. Il voulait s'adapter aux situations. Il s'était aussi donné pour tâche de régler certains différents et de favoriser l'unité des confrères.
La fatigue et la tension extrême qu'il vivait eurent raison de lui. Après un voyage épuisant à Kiniama, il fut pris de fièvre malaria. Quelques jours après, le 6 avril, il décédait. Le lendemain, on l'enterra dans le cimetière d'Elisabethville.
Jean-François MEURS |