Sur la corde raide

Les ouvriers à la vigne

Dès la première heure, le jeune homme riche s'est mis au travail dans la vigne : respecter les commandements, aimer son prochain. Mais il veut le plus gros salaire : la vie éternelle.
Que faire ? (BDA N° 950)

Hélas, lui dit Jésus, on ne peut pas "posséder" la vie éternelle. Il faut être. Être avec Jésus. Tout quitter pour entrer sans bagages dans la maison, faire partie de la communauté.


Pierre le fanfaron ne manque pas de faire remarquer qu'il a su faire le bon choix. De fait, quand on est avec Jésus, on est une grande famille. Jésus ajoute : "il y a des premiers qui seront derniers". Et il raconte une histoire provocante : le maître d'une vigne qui ne tient pas compte des heures et des mérites de ses ouvriers, mais qui leur donne à tous le même salaire. On est brusquement projeté dans un autre monde ! D'ailleurs, ceux qui sont encore de ce monde-ci, avec les pieds sur terre, ne manquent pas de récriminer ! Mais non, Jésus insiste : le Père fait ce qu'il veut.


Mais que veut-il ? Qu'est-ce qui est juste, qu'est-ce qui est injuste ? On ne sait plus, cela s'embrouille. Et si Dieu avait raison ? et s'il nous fallait viser autre chose ?
On sait bien qu'on ne peut pas sortir ainsi d'un monde du mérite. Jésus ne dit-il pas ailleurs : "tout travail mérite salaire".


Mais on sait également que notre économie mesurée par l'argent crée des perdants à côté des gagnants. Et la première injustice est que tous n'ont pas été embouchés ! Si elle crée des riches, elle crée aussi des pauvres. C'est le monde de l'avoir.
Oui, mais cette égalité de tous dans la disparité du travail et de l'effort ? N'est-ce pas une utopie ? Voire même quelque chose de pernicieux, de destructeur pour l'échelle des valeurs ?


En fait, nous savons bien quelque part que nous préférons un monde de l'abondance pour tous, plutôt qu'un monde de jugements, de calculs, de tri entre les uns et les autres. C'est la différence qu'il y a entre le monde du diététicien et le monde du cuisinier. Pour le premier, le repas est conçu comme ce qui correspond au besoin pour se maintenir en vie selon l'activité que l'on mène. Les saveurs sont des accidents, le plaisir de manger ne compte pas. Pour le cuisinier, c'est tout autre chose. Ce qui compte, c'est le goût, les harmonies de saveurs, et la présentation. La maîtresse de maison ajoute la nappe, le bouquet de fleurs. L'enjeu est plus que se maintenir en vie, c'est de savourer la vie.
L'impartialité de la justice est souvent signifiée par les yeux bandés. Cela signifierait-il aussi sans cœur ? Mais que serait notre monde sans coups de cœur ?


Seigneur Jésus, pourquoi calculer, puisque tu nous donnes ta vie tout entière ? L'éternité que tu nous donnes ne se divise pas en heures. Je ne te demande pas ce qu'il faut faire de bon, mais de me rendre bon dans ma tête et dans mon cœur.

Jean-François MEURS

 

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