Sur la corde raide

Boutchou est sauvé

pasgrave2Margaux, la petite voisine, est entrée sans sonner. Elle m'a donné un de ses fameux baisers mouillés. Quand sa maman travaille et n'a personne pour la garder, elle vient chez nous où elle a ses petites habitudes : elle se sent chez elle. Elle nous a demandé le silence, parce qu'elle allait au coin prière de maman. Elle s'est mise à genoux, et nous l'avons entendue dire : "Merci, mon Dieu, pour les vacances, parce que je peux venir chez Thérèse. Et merci pour le soleil qui luit..." Il pleuvait à seaux et je n'ai pas pu m'empêcher de rire. Margaux l'a vu :
-    Pourquoi tu ris ?
-    Mais parce que tu dis merci pour le soleil et tu as vu comme il pleut !
-    Le soleil existe !
Margaux a la foi, et sans doute a-t-elle raison, il fait beau quelque part... Je lui ai dit :
-    Tu pourrais peut-être prier pour qu'il fasse beau, ce serait mieux pour les vacances !
-    Pourquoi tu ne le fais pas toi-même ?
-    Oh, moi ...
J'y crois plus, moi, à ce truc des prières. Elle est finaude. Elle m'a demandé :
-    Tu ne crois pas en Dieu ?
-    Ben... Je ne sais pas s'il existe...
Margaux a repris sa prière, mais en silence.

Elle avait amené avec elle son chat, encore jeune, qu'elle adore. Elle l'appelle Boutchou. Il n'est pas habitué à la maison et se réfugie sous le canapé, farouche. Au bout d'une heure, il y avait un soleil magnifique, Lidwine est arrivée, et puis Raoul et Géraldine, on était en train d'organiser la sortie.

Le chat a profité de la porte ouverte pour spiter dehors. On a entendu un coup de freins et "poc". On a couru. Boutchou était mal en point, il saignait, ne bougeait plus, et miaulait faiblement. Margaux n'était plus qu'une averse. Il fallait faire quelque chose. À la clinique vétérinaire, ils ont répondu : "amenez-le !". Pas de voiture. Raoul a dit à Géraldine : "ton frère !". Frédéric fait des stages comme volontaire à la Croix Rouge, il conduit l'ambulance. Il est arrivé deux minutes après. On a installé Boutchou sur un siège, Raoul à l'arrière. Fred a mis la sirène et commencé le slalom à toute allure. C'était excitant de voir les voitures se garer pour nous laisser passer. En trois minutes on était à la clinique, mieux qu'aux urgences. Un jeune vétérinaire a recousu le chat. Il n'avait rien de cassé. C'est solide, un chat !
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Quand on est rentré, on riait de notre aventure. Lidwine et Géraldine tenaient compagnie à Margaux,  qui avait les yeux tout rouge. Elle a eu un grand sourire au milieu de ses larmes. Elle a carressé la tête de Boutchou, puis elle est allée au coin prière:
-    Mon Dieu, toi qui n'existes peut-être pas, merci d'avoir fait exister Brice et Raoul et Lidwine et Géraldine et Fred et Boutchou.


Jean-François Meurs

 

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