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Je sais pas c’qui m’arrive en moi tout s’fissure On dirait qu’dans ma tête y a comme une grand’ blessure (DBA 966)
J’comprends pas pourquoi tout d’un coup y a plus rien Un grand trou, un craqu’ment, un non sens, un coup d’frein
Que s’passe-t-il ? je croyais qu’avec Dieu le chemin était sûr. Et tout d’un coup je viens me taper dans un mur.
J’avais pourtant tout misé sur mes dons et sur mes qualités, On m’a toujours dit qu’j’en avais au-dessus d’ la moyenne Toujours on m’disait : c’que t’as reçu à toi d’le donner C’est c’que j’ai toujours fait alors pourquoi je peine ? Pourquoi donc brutal’ment, tout craque et tout cède ? Où est la solution ? Donnez-moi un remède Comment j’ai pu mal faire puisque j’voulais servir ? Y tant d’besoins dans l’monde, il faut bien que certains acceptent d’y courir ; Répondre aux appels, travailler, travailler, se donner sans compter, aimer sans calculer. La fatigue de mon corps ne jamais écouter, Et je sens que tout ça, ça vient de s’effondrer, de s’effondrer, de s’effondrer…
Tout l’monde admire ma générosité, tout l’monde sait qu’c’est ma foi qui me pousse à aider On applaudit mon feu, ma foi et mes efforts J’ai l’impression qu’tout ça me conduit à la mort. Me conduit à la mort, me conduit à la mort…
Remplir ma vie d’actions, ça n’a plus aucun sens Final’ment aimer Dieu c’est pas une évidence J’croyais pourtant qu’j’prenais l’chemin d’la perfection, Mais ma vie ne ressemble qu’à un grand tourbillon.
En réalité je vois bien s’écrouler mon image Au milieu des débris je cherche mon visage, Le vrai, pas celui du paraître, d’la vertu A force de vouloir plaire, même à Dieu on se tue Mon image admirable, louable, évangélique, était donc un mirage ? Dieu, viens à mon secours, tu vois je fais naufrage J’avais cru qu’j’t’aimais, mais c’est moi qui m’plaisais. Mon orgueil remplit ma bouche d’un goût tell’ment amer Et même j’en viens à perdre la joie dans la prière. J’suis pas fier, j’suis pas fier…
Je suis vide, tout se brise, tous se casse, tout explose J’veux plus voir personne, j’veux plus r’cevoir de roses Vos compliments gardez-les ils m’donnent envie de vomir J’croyais qu’j’les aimais pas, mais c’est eux que j’voulais J’en veux plus, taisez-vous, je n’suis plus admirable Croyez-moi aujourd’hui j’suis vraiment trop minable.
En fait vous et moi, on s’est tous bien plantés : On croyait que de Dieu j’faisais la volonté En réalité maint’nant vous comprenez Que mon Dieu c’était moi, qu’je suis ma propre idole laissez-moi disparaître, oubliez-moi, c’est mieux j’ai b’soin de perdre ces illusions qui m’collent peut-être qu’en perdant tout, je trouverai le vrai Dieu en perdant tout, je trouv’rai le vrai Dieu en perdant tout… en perdant tout…
(Texte lu en slam durant le spectacle sur Marie-Dominique Mazzarello, à Bailleul, le samedi 14 mai 2011)
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