serdu951aFaut-il laisser les enfants regarder le journal télévisé ? Question controversée. On peut y répondre d'abord par une boutade : assurément non si cela doit perturber le repas familial et réduire chacun au silence lors même qu'il s'agit d'un moment d'échanges privilégié. Mais, plus largement, cette question nous renvoie à l'information et à ce que les petits peuvent et doivent entendre ou voir. Il y a des arguments pour ou contre. Essayons d'y voir clair. (DBA 951) D'un côté, l'information télévisée est souvent rapide, imprécise, voire partiale ou inutile. Elle fait la part trop belle aux petites phrases, aux potins, aux animosités, elle ne va pas à l'essentiel. Quel intérêt y a-t-il à savoir si Carla sait ou non faire la révérence ? Pour nos enfants, à qui nous demandons de ne pas médire, ce n'est guère un exemple.
Elle joue aussi beaucoup trop la carte de l'émotionnel ou du sensationnel : quel est l'intérêt de montrer des gens pleurant ou hurlant leur douleur plutôt que de réfléchir sur les causes de tous ces drames. Nous sommes souvent les otages du voyeurisme ambiant et du « ça n'arrive qu'aux autres », voire de la démagogie : il est plus facile de faire frémir sur un cas particulier que d'aborder le sujet de fond de l'euthanasie.
De plus, l'image est assez souvent non informative, banale voire vulgaire ou laide tandis que le commentaire se nourrit de lieux communs ou de propos superficiels qui n'éclairent rien.
D'un autre côté, il n'est pas normal de laisser croire à nos enfants que le monde se limite à ce qu'ils voient de leur fenêtre, ou que Walt Disney est le reflet de la vie. Il est bon qu'ils vivent dans le réel : il existe des pays où des enfants comme eux, des innocents, meurent persécutés, victimes de la barbarie, où la nature est sauvage, où la misère sévit ; et à nos portes des SDF périssent faute d'un toit. On ne peut pas vivre dans le déni et il est nécessaire que nos enfants sachent pour prendre conscience de leur bonheur relatif et ne pas finir en égoïstes radicaux.
Oui mais... l'image peut choquer ou traumatiser un enfant, la violence est toujours « trop », d'autant qu'elle n'est pas virtuelle ; en plus, elle peut devenir fascinante, contagieuse, et réveiller nos instincts les plus bestiaux ; sans compter le risque de l'accoutumance.
C'est justement là que nous pouvons intervenir en soulignant les conséquences néfastes de la violence ordinaire. L'idéal est de regarder le JT en famille, une ou deux fois par semaine, sans que cela devienne une habitude, car l'image et ses commentaires sont à déchiffrer avec eux. Ils peuvent poser leurs questions, nous pouvons commenter avec nos mots, dédramatiser certains faits, les responsabiliser sur d'autres, leur faire connaître nos positions, nos convictions, nos engagements, nos impuissances, nos limites, notre responsabilité de citoyen et de croyant.
serdu951bSi une information brute est inutile, voire nuisible pour un enfant, le dialogue est toujours fécond. Dans ces conditions, l'information n'a pas à faire peur, elle participe de la construction de l'esprit critique. Il faut avoir l'audace de leur montrer le monde tel qu'il est pour qu'ils connaissent le prix de la vie et de la liberté, leur rappeler que l'information est un devoir pour lequel des journalistes acceptent de donner leur vie, que c'est un droit fondamental dans toute démocratie, et qu'ils ont beaucoup de chance d'y avoir accès.
En son temps, Jean Bosco était aussi confronté à la dureté du monde et à ce que ces jeunes vivaient. Mais chaque fois, il m'était en perspective, il donnait du sens, il expliquait. C'est un peu ce que l'on attend d'un parent regardant le JT avec ses enfants. Les parents ont le pouvoir d'humaniser l'information. Cela permet aux enfants de grandir et de devenir les habitants libres et responsables d'un monde que le Créateur leur confie.

Gisèle LAVIOLLE

Gisèle Laviolle a été principale de collège dans l'enseignement public en Seine-Saint-Denis. Elle est mère et grand-mère de famille.


Mot du jour

Sibérie, au temps du goulag. Il y avait près du camp un bosquet plein d’oiseaux. De nombreux rossignols. Un jour, les autorités ont ordonné de raser tous les arbres. Les gardes s’étaient aperçus qu’au printemps, dès que les chants reprenaient, le nombre d’évasions augmentait. Le chant des oiseaux était un appel de la liberté, les prisonniers se sentaient pousser des ailes. Sous Khrouchtchev, on a fermé le camp. Les arbres ont repoussé, les oiseaux sont revenus. Pour les habitants restés là, prisonniers des solitudes enneigées, les rossignols invitent à vivre.

La pédagogie préventive de Don Bosco commence par reboiser l’âme humaine afin d’attirer les rossignols. Alors, par leurs chants, les jeunes goûtent à la liberté des citoyens du monde et des fils de Dieu.

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