Religieux au coeur du monde 355Alors que la sagesse populaire imagine bien volontiers le prêtre dans sa paroisse et la religieuse en mission dans un établissement scolaire, un centre de loisirs ou une clinique, de nombreux prêtres, religieux et religieuses vivent leur vocation dans des lieux plus insolites. Comment se sont-ils retrouvés au tribunal, au volant d'un bus ou d'une auto-école, à l'hôpital, dans un ministère ou... avec un nez de clown sur le nez ? Et comment y vivent-ils leur vocation religieuse ? Don Bosco Aujourd'hui leur a posé la question !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bruno Cazin, prêtre diocésain et médecin au CHR de Lille

 

« Ces malades que j'accompagne me font vivre une expérience de foi »

 

B.CAZIN 355C'est une version évangélique de Dr Jekyll et Mister Hyde : le docteur Cazin et le Père Bruno ! A 53 ans, Bruno Cazin est effectivement un prêtre à part dans le diocèse de Lille. « En fait, je dis toujours que je suis médecin par obéissance et prêtre par vocation », explique-t-il. « Dieu m'a saisi quand j'étais enfant, j'ai senti une présence forte et bienveillante ». Lorsque le soir de ses 16 ans, il en parle à ses parents, son père, dentiste à Seclin, lui répond : ou tu fais médecine ou tu prends la porte. « En fait, il l'a dit brutalement, mais il craignait que je ne sois pas heureux comme prêtre ».

Bruno fait donc médecine, vit son internat à Paris dans une unité de greffe de moelle osseuse : « J'ai accompagné un patient qui avait le même âge que moi, médicalement et amicalement pendant 5 mois. Il m'a fait revisiter la question de la foi et de la souffrance, le mystère de Pâques, de la mort et de la résurrection ».

Devenu prêtre, le Père Bruno aurait pu interrompre ses activités médicales. Son évêque l'a encouragé à poursuivre : « Etre pasteur, c'est aussi rencontrer les brebis les plus éloignées, aller dans des lieux hors de l'Eglise ». Alors, le Père Bruno jongle avec deux mi-temps qui sont autant de temps complets ! Après avoir été aumônier d'étudiants à Lille, puis pendant huit ans prêtre à Dunkerque, le voici depuis quatre ans vice-recteur de l'Université catholique de Lille (25 000 étudiants) et toujours hématologue au CHR de Lille. « Ma mission à l'hôpital n'est pas de convertir les gens mais ces malades que j'accompagne dans la durée me font vivre une expérience de foi : la rencontre avec la souffrance, par exemple, marque ma lecture de l'Evangile », explique le docteur Cazin. Euh, pardon, le Père Bruno !

 

 

 

 

Richard Boldrini, salésien prêtre et moniteur d'auto-école

 

« La voiture, un vrai confessionnal ! »

 

Richard 355Salésien de Don Bosco depuis 54 ans, vivant à Pontoise, le Père Richard Boldrini a exercé la profession de « moniteur d'auto-école ». Etonnant, non ? « A l'époque, je cherchais une insertion au milieu des jeunes et quelqu'un m'avait lancé l'idée : pourquoi pas moniteur d'auto-école », explique-t-il. Il est envoyé l'année suivante avec quelques autres frères salésiens pour créer une petite communauté dans le Val d'Oise, à Saint-Ouen-l'Aumône. « Nous vivions en HLM, dans une communauté appelée Michel Magon ». C'est alors qu'un ancien élève de Don Bosco, directeur de l'Accueil des Jeunes Travailleurs, ayant entendu parler des Salésiens nouvellement arrivés, prit contact avec lui : « Il me proposa de l'aider à monter une auto-école avec d'autres partenaires comme l'ADVOG (les gens du voyage), Espérer 95, un petit foyer de la DDASS et un autre de la Protection judiciaire de la jeunesse. Un public de 16 à 25 ans : des jeunes déracinés, des blessés de la vie, des marginaux de la société... un public bien « salésien » !

Les jeunes trouvent, dans cet habitacle ambulant, un lieu d'intimité où ils se racontent facilement. « Vous feriez un excellent musulman », me dit un jour une jeune musulmane, « Pourquoi ?» lui répondis-je, « Parce que vous vous donnez aux autres... vous faites du bien autour de vous ». J'ai passé vingt-cinq années au service de ces jeunes défavorisés : 15 années à l'AJT et 10 autres à l'APEJ, une auto-école associative de quartier que les jeunes m'ont aidé à lancer. » Une mission effectuée dans le secteur paroissial de Pontoise, en lien avec la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Agé de 75 ans, le père Richard est bien sûr désormais à la retraite. « Et je suis, depuis vingt ans bientôt, rattaché à la Communauté d'Argenteuil », ajoute ce Salésien de Don Bosco... prêtre au volant !

 

 

 

 

Claire Castaing, sœur du Sacré-Cœur et juge pour enfants

 

« Dieu est venu sauver le justiciable qui est devant moi »

 

Claire Castaing 355 Magistrat est un métier singulier, assurément. C'est pourtant celui qu'a choisi Claire parce qu'il permet de prendre des décisions qui auront des implications. Un métier choisi... avant de devenir religieuse : la jeune femme originaire de Marseille est successivement juge à Vesoul puis à Valence où un drame dans sa propre famille (la mort de son frère prêtre, d'une crise cardiaque) la révolte, l'endurcit. « Ça a été une période de n'importe quoi, où j'ai bouffé la vie... », se souvient-elle. Jusqu'au jour où elle dit stop, grâce à l'aide de quelques amis.

« J'ai effectué une retraite. Un grand lessivage qui a tout remis dans l'ordre, où j'ai pu relire mon parcours et percevoir l'amour inconditionnel de Dieu. » Un amour auquel elle décide de répondre radicalement. A partir de ce « oui », a débuté un chemin improbable alternant les études, le noviciat (deux années en Belgique, à Bruxelles et Mons) et son travail de juge. Une vie dans le monde mais qui n'est pas du monde et qui s'enracine dans une véritable expérience spirituelle. « Après mes vœux, ce qui a changé, c'est la reconnaissance qu'un Autre s'est chargé du salut du monde, et pas moi ! Je ne suis pas le rédempteur des personnes. De plus, l'idée que Dieu n'est pas venu nous sauver parce que nous sommes intéressants, s'est renforcée. Dieu est venu sauver l'humanité, le justiciable qui est devant moi et m'oblige donc à voir au-delà des actes et de considérer la personne. J'ai donc appris à regarder l'avenir, à reconnaitre chez le plus blessé, que la ressource c'est lui-même. C'est très évangélique ! » Désormais religieuse du Sacré-Cœur (une congrégation d'inspiration ignacienne), sœur Claire est donc aussi Madame la Juge. « L'oraison (une heure chaque jour) est devenue fondamentale : le matin, je me tiens en compagnie du Christ qui m'enseigne. Et le soir, je peux ramener dans la prière ou dans la conversation du dîner communautaire l'univers professionnel, discrètement. »

 

 

 

Jean-Marie Petitclerc, salésien prêtre et conseiller du ministre

 

« Dire non aurait été une dérobade »

 

Petitclerc 355L'expérience n'a finalement duré que deux années (2007-2008), mais elle a provoqué de sacrés remous médiatiques : un prêtre dans un cabinet ministériel ! Jean-Marie Petitclerc, salésien de Don Bosco, prêtre, éducateur, polytechnicien, avait d'ailleurs hésité, craignant l'affichage politique. Mais « Dire non aurait été une dérobade ». Lui qui avait déjà été chargé de mission auprès de Pierre Cardo, maire de Chanteloup-les-Vignes et avait ensuite travaillé aux côtés de Christine Boutin à la rédaction d'un rapport sur l'exclusion et le délitement social, devient donc en 2007 « chargé de mission à la coordination des acteurs locaux » au ministère de la Ville. La ministre, Christine Boutin, ne l'a évidemment pas choisi parce qu'il est prêtre. Mais parce qu'il est expert des jeunes et des banlieues.

Pour lui, les jeunes sont « la » question impérieuse de la société : « Une société qui se méfie de sa jeunesse, observe-t-il, devient triste. Les jeunes, ne sentant plus la confiance des adultes, finissent par douter ». « L'idée forte que j'ai développée était de refonder la politique de la ville sur l'éducation à la mobilité et sur la mixité sociale. Finançons les activités hors quartier à condition qu'elles soient ouvertes aux gens du quartier et finançons les activités dans le quartier à condition qu'elles soient ouvertes aux gens de l'extérieur ! »

Deux ans plus tard, le père Jean-Marie quitte le ministère pour retrouver le Valdocco de Lyon (qu'il n'a d'ailleurs jamais vraiment quitté complètement). Sans regret ni amertume car il savait que ce serait difficile : « Dans un ministère, on apprend la réalité du monde administratif et du monde politique. On ne peut pas faire de la politique de manière adolescente. »

 

 

 

 

Dossier réalisé par

Sr Joëlle Drouin, Karine Gold-Dalg, P. Vincent Grodziski et Benoit Deseure

1er aout 2014

 

 

A lire aussi sur Don Bosco Aujourd'hui....

Prêtres et religieux au coeur du monde, deuxième partie, avec : le père Thierry Magnin, Daniel Federspiel, Dominique Godino, Jean-Marc Galau,...

 

 


Mot du jour

Le nom est la dernière chose qui nous reste quand les parents ne sont plus là. C’est un lien qui atteste de notre humanité engendrée. Le nom nous inscrit dans une histoire, dans une filiation, dans une famille. Le nom ne nous appartient pas vraiment : il se transmet. Il constitue aussi une part de notre identité sociale : avec lui, nous sommes d’un peuple. L’engouement actuel pour la généalogie nous prouve l’importance vitale du nom et de ce qu’il représente.

Etre appelé par son nom, c’est être reconnu et rejoint dans son humanité. Quand Dieu appelle, il le fait à l’aide du nom, car chacun est unique. En nommant leurs enfants, les parents prennent soin de choisir un prénom qui ait du sens. On voit bien quelles difficultés personnelles peut vivre un enfant ou un adolescent qui n’aurait plus la possibilité de se référer à une filiation pour tisser les liens de son histoire. Pour aller de l’avant, chacun a besoin de savoir d’où il vient. Le nom est une pièce essentielle de cette origine.

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