colette pteColette Schaumont vient de publier une biographie de Don Bosco, "Da mihi animas", éditée par les Éditions Don Bosco de Paris. Il met l'accent sur les choix décisifs que Don Bosco a fait dans sa vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DBA : D'où est venue l'idée de ce livre ? Quels ont été vos choix ?


C.S. : Chaque année, le Centre de formation et animation Don Bosco de Louvain produit un outil pour faire connaître Don Bosco. L'équipe souhaitait une biographie car la recherche salésienne a beaucoup avancé ces trente dernières années et les mentalités ont beaucoup évolué. Il faut actualiser. Nous voulions un ouvrage historiquement "correct", pas plus de deux cents pages, accessible et attrayant pour un premier contact. Nous avons choisi de synthétiser l'histoire de Don Bosco à partir des choix décisifs qu'il a faits dans sa vie.

 

 

DBA : Quelle image ressort globalement de cette exploration ?


C.S. : On a raconté la vie de Jean Bosco comme si les choses avaient toujours été claires dans sa vie. Mais cette clarté n'existe pas : il a mis du temps à s'émanciper de son milieu paysan par les études, il a hésité au moment d'entrer au séminaire, et plus tard dans le choix de son apostolat comme prêtre. Être franciscain, partir comme missionnaire ? Don Bosco n'est pas tombé du ciel comme un saint. Il a écouté Don Cafasso qui lui rappelait les limites de sa santé, et sa mère qui lui fait comprendre qu'il peut revenir en arrière.

 

DBA : Qu'est-ce qui vous a touchée dans votre recherche ?


C.S. : Le "Da mihi animas", c'est crucial, tout ce qu'il a fait part de cette passion pour Dieu et pour les jeunes. Le but poursuivi est très clair, mais dans son agir, il est très souple : il saisit les opportunités, emprunte des chemins nouveaux, il ne sait pas, il tâtonne, mais comme il sait où il veut aller, tout lui profite. N'empêche qu'il travaille dur pour réussir. Sa chance, c'est d'être contagieux, de susciter l'enthousiasme.

 

Couv Da mihi animasDBA : Don Bosco apparaît comme un meneur...


C.S. : Il a toujours eu des gens autour de lui, il n'a jamais agi seul. Certains ont joué un rôle crucial en restant dans l'ombre. Don Borel est celui qui a maintenu l'existence de l'oratoire pendant les mois de maladie et de convalescence de Don Bosco. Il a été son mentor chez la marquise, c'est lui qui signe les premiers contrats de travail, qui garantit l'achat de la maison Pinardi. Maman Marguerite a pratiquement tenu l'économat pendant des années. Aujourd'hui encore, la pédagogie salésienne n'est pas l'affaire d'individus charismatiques : elle est portée par une communauté éducative. Don Bosco ne force pas, mais il dirige les ressources de chacun au profit du projet commun.

 

DBA : Cette communauté éducative qu'il créé, les jeunes en font partie...


C.S. : Absolument. Don Bosco traite les jeunes en groupe, et pas seulement dans des relations individuelles. C'est la dynamique du groupe, l'atmosphère créée qui suscite chez les jeunes le désir de participer à une joie commune et communicative. C'est une source de changement, et même de guérison.

 

DBA : Pour Don Bosco, tout converge ? Il y a de l'unité dans sa vie ?


C.S. : Pour Don Bosco, la pastorale et la pédagogie sont intrinsèquement unies. C'est dans son rapport à Dieu que le jeune va mieux se connaître et trouver sa vocation. Il faudrait présenter de façon neuve cette notion d'appel. Qu'est-ce qui nourrit ta vie ? Dieu va t'aider à te regarder en profondeur et à devenir ce que tu es. Il ne s'agit pas seulement d'affirmer son ego individualiste, mais de participer à quelque chose de plus grand que soi, une fraternité. C'est un grand défi.
Don Bosco place la barre très haut : il parle d'appel à la sainteté. Mais en même temps, il propose un idéal très incarné : des petits défis réalisables. Les jeunes savaient qu'ils pouvaient faire ce qu'il proposait.

 

QUI ETES VOUS ?

 
Colette Schaumont dirige l'équipe du "Centre de formation et animation Don Bosco" de la Province salésienne flamande à Oud-Heverlee (Louvain).
"J'ai une formation en théologie et j'ai enseigné de la religion. À un moment donné, j'étais en recherche de spiritualité, et j'ai trouvé la réponse à mes aspirations dans la personne de Don Bosco, en travaillant au Centre salésien."

Le Centre Don Bosco de formation et d'animation a été voulu par les salésiens flamands comme outil pour transmettre de façon vivante la tradition salésienne.

Ce centre propose un programme de formation pour les laïcs, de plus en plus nombreux à travailler dans les écoles et les maisons sociales.

 

DBA : Quels étaient ses rapports avec l'Église ?


C.S. : D'un côté, il est très loyal envers le pape et les évêques. Mais il essaie toujours de faire autrement. Il a mis vingt ans pour écrire les constitutions des salésiens, et ce fut un travail épuisant, car il voulait se dégager du modèle qu'on lui imposait. L'Église avait raison sur certains points, mais des intuitions ont été étouffées. Il avait la vision d'une congrégation où les laïcs trouveraient place : ce qui lui importait, c'était de former une équipe stable pour assurer la continuité de son oeuvre. Finalement, il a accepté les conditions qu'on lui faisait ; le résultat le satisfaisait... Mais il exploitait habilement la marge de manœuvre qu'on lui laissait. Il "adapte" déjà quand il traduit l'original latin en italien.

 

DBA : Est-ce que votre sensibilité féminine apporte quelque chose de neuf ?


C.S. : Pas vraiment, car je suis tributaire des recherches faites avant moi par des chercheurs masculins. Cependant, personnellement, je continue de m'interroger sur la psychologie de Don Bosco, j'essaie de me mettre dans ses souliers : qu'est-ce qui lui a fait mal ? Quelle était sa vie intérieure ? Don Bosco reste discret à ce sujet. En particulier, ce qui me touche, c'est la dimension de souffrance dans sa vie. On le présente souvent comme un garçon robuste, et pourtant, dès sa jeunesse, il a une santé fragile. Au séminaire, il vit une période où il a perdu le goût de vivre. À la fin de sa vie, séquelle de sa tuberculose, il manque de souffle au point de ne pas pouvoir parler. Mais il a une grande capacité de résilience qui lui vient de sa force intérieure.

 

DBA : Comment voyez-vous la personnalité de Don Bosco ?


C.S. : Fascinante et pleine de contrastes. L'angoisse a toujours fait partie de sa vie, c'était un homme tourmenté, qui faisait des cauchemars. Il était plein de peurs. Mais il ne s'est pas laissé paralyser, il a développé une confiance stupéfiante qui le fait aller de l'avant ; il apparaît serein quand il marche vers son but. C'est un leader fort, qui tient tout en mains, éprouve le besoin de tout contrôler et, en même temps, il sait collaborer, il confie des responsabilités extraordinaires. À la fin de sa vie, il sait lâcher prise pour permettre aux autres de prendre leur place : c'est son oeuvre qui importe. Il a construit son oeuvre de façon très hiérarchique, le père est le chef. Et en même temps, il donne des libertés, il laisse un espace où ses collaborateurs et ses jeunes expérimentent cette liberté et sont eux-mêmes. Je pense que c'est sa capacité de communiquer qui lui permet de maintenir ensemble les extrêmes.

 Jean-Françoise Meurs

15 février 2013

Pour aller plus loin

  •  Jean Bosco, Souvenirs autobiographiques, EDB Paris. Don Bosco écrit les souvenirs de ses premières 40 années.
  •  Atelier Multimédia Don Bosco, « Don Bosco, l'aventure d'une vie ». Album illustré. La biographie incrustée dans le contexte historique, accompagnée de réflexions sur la spiritualité et la pédagogie. Disponible aux Éditions Don Bosco (12 euros)
  •  Francis Desramaut, « La vie de Don Bosco ». Approche historique très documentée. Éditions Don Bosco (29 euros)
  •  Teresio Bosco, « Don Bosco ». Biographie, existe en deux versions (longue et courte), Éditions Don Bosco (15 ou 7 euros, selon la version)
  •  Françoise Bouchard, « Don Bosco par la force du cœur », biographie tous publics, Éditions Salvator (19,90 euros).
  •  Jijé, « La vie prodigieuse et héroïque de Don Bosco », la célèbre bande dessinée, éd. Du Triomphe, disponible aux Éditions Don Bosco.
  •  Atelier Multimédia, « Aux racines d'un rêve, pèlerin sur les pas de Don Bosco » : visite des lieux où Don Bosco a vécu, et approche narrative de la vie de Don Bosco. Album et DVD, Éditions du Signe (12,50 euros), disponible aux Éditions Don Bosco.
  •  Atelier Multimédia, « Sur la corde raide ». Le DVD présente un spectacle musical sur Don Bosco (1 h 15) et le livre donne des clés de compréhension. Album et DVD, Éditions Don Bosco (24,90 euros).

Mot du jour

Le nom est la dernière chose qui nous reste quand les parents ne sont plus là. C’est un lien qui atteste de notre humanité engendrée. Le nom nous inscrit dans une histoire, dans une filiation, dans une famille. Le nom ne nous appartient pas vraiment : il se transmet. Il constitue aussi une part de notre identité sociale : avec lui, nous sommes d’un peuple. L’engouement actuel pour la généalogie nous prouve l’importance vitale du nom et de ce qu’il représente.

Etre appelé par son nom, c’est être reconnu et rejoint dans son humanité. Quand Dieu appelle, il le fait à l’aide du nom, car chacun est unique. En nommant leurs enfants, les parents prennent soin de choisir un prénom qui ait du sens. On voit bien quelles difficultés personnelles peut vivre un enfant ou un adolescent qui n’aurait plus la possibilité de se référer à une filiation pour tisser les liens de son histoire. Pour aller de l’avant, chacun a besoin de savoir d’où il vient. Le nom est une pièce essentielle de cette origine.

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