jigé - 355Jijé, alias Joseph Gillain, auteur de la bande dessinée « Don Bosco » est né le 13 janvier 1914, il y a cent ans. C'est le dessinateur incontournable de l'histoire de la bande dessinée. Sans lui, la BD européenne ne serait pas devenue ce qu'elle est.

 

 

Par son inventivité foisonnante, il a ouvert de nouvelles voies à ce « genre littéraire » souvent accusé, à son époque, de crétiniser la jeunesse. Pas seulement en formant une série de jeunes dessinateurs, et en les imprégnant de sa forte et généreuse personnalité, - ces auteurs devenus fameux le reconnaissent -, mais encore en fournissant des pistes à d'autres qui ne se réclament pas de lui.

 

Il est né à Gedinne, petit village d'Ardenne belge, non loin de Givet, dans une famille nombreuse et chrétienne, qui donnera deux prêtres et deux religieuses. Le papa, Eugène Gillain, est profondément inculturé dans son terroir. Il fonde les Cahiers Wallons, qui publient des textes dans cette langue savoureuse. Comme les gens de son pays, Jijé était un homme chaleureux, truculent, ayant le goût de la farce, les pieds dans le concret et la tête pleine de rêves. Il disait ce qu'il pensait, il était vrai.

 

Il entre à l'école d'arts de l'abbaye de Maredsous, pour y suivre trois années d'études artistiques. A dix-sept ans, le peintre Léo Van den Houten, lui apprend à dessiner sans regarder le papier, méthode qu'il apprendra à son tour à tous les auteurs de BD qui feront leur formation avec lui.

 

Auteur « caméléon »

Il fait ses premiers essais en Bande Dessinée dans des journaux confessionnels : Jojo, pour  La Semaine du Croisé (1935-39) ; Blondin & Cirage pour la revue Petits belges éditée par les Prémontrés d'Averbode (1939-42) et diffusée parmi les enfants de chœur. En 1939, il entre aux éditions Dupuis de Marcinelle. Il crée pour Spirou, magazine né en 1938, Trinet et Trinette dans l'Himalaya (1939-41). Auteur « caméléon », il termine des séries comme Superman ou RedRyder. Il reprend les aventures de Spirou et Spip lorsque Robert Velter est indisponible. Sur les conseils de Jean Doisy, rédacteur en chef du magazine, il crée le personnage loufoque de Fantasio, contre-pied comique à un Spirou trop exemplaire.

 

Avec Valhardi, le détective Jijé faisait ses premiers pas dans le style réaliste. Jean Valhardi est un de ces héros beaux et cascadeurs, qui ne connaissent pas la peur, imprégné de l'esprit scout. Il est accompagné d'un jeune garçon entreprenant et débrouillard, Jacquot, dans lequel le jeune lecteur peut davantage se reconnaître. Ce tandem préfigure Guy Lefranc, reporter, flanqué de Jeanjean, dans des aventures créées par Jacques Martin en 1952.

 

Sa première biographie : Don Bosco

don-bosco-bd-de-jije 180En 1941, à la demande de Jean Dupuis qui avait beaucoup d'admiration pour le « saint des jeunes », - Dupuis avait une ligne éditoriale qui se voulait éducative de la jeunesse -, Jijé travaille à sa première grande biographie, Don Bosco Ami des jeunes. Un album sépia au format à l'italienne paraîtra en 1942. Peu satisfait de son œuvre, Jijé redessinera l'album de bout en bout après avoir visité les lieux (1949). La comparaison des deux versions permet de voir les énormes progrès dans l'appropriation du métier. Il campe un saint viril, actif, joyeux qui plait à un large lectorat.

 

« Il campe un saint viril, actif, joyeux qui plait à un large lectorat »

 

jeunes ailes355Après Don Bosco, qui est son œuvre majeure, il poursuivra cette veine avec le monumental Christophe Colomb (1942-45), Baden Powell (1950), Blanc Casque (1953), Charles de Foucauld (1959),  Bernadette Soubirous (1979). L'histoire de Blanc Casque inspirée d'une histoire vraie écrite par l'abbé Jules Pirot est passée injustement inaperçue : à cette époque, le goût était à un Far West manichéen qui opposait les affreux bandits et les héros conquérants.

 

Déjà pendant la guerre, Jijé fait la formation artistique de Willy Maltaite, le futur Will de « Tif et Tondu ». A la libération, il devient le conseiller des Dupuis et le catalyseur d'une équipe de jeunes dessinateurs talentueux qui formeront ce qu'on a appelé l'école de Marcinelle par opposition à l'école de Bruxelles, les auteurs de chez Tintin (lancé en 1946) : André Franquin, Morris, Eddy Paape, Victor Hubinon ; et plus tard Jean Giraud, Derib et Cosey, Hermann, Mouminoux, Roba et Culliford, qui nous ont enchantés avec de vrais bijoux de BD. Beaucoup étaient bourrés de talent, certes, mais, de leur aveu, ils ne seraient jamais devenus ce qu'ils sont sans lui.

 

Un goût pour l'Ouest

Jijé ne vit pas seulement l'esprit d'aventure dans les histoires qu'il invente : il entre lui-même dans une aventure rocambolesque lorsqu'en 1948, il décide de quitter l'Europe pour s'installer aux Etats-Unis. Un épisode mythique, qui deviendra fiction dans Gringos locos publié en 2012 par Yann et Schwartz. Avec sa famille, et accompagné de Franquin et Morris, il sillonnera le pays d'Est en Ouest, dans une vieille Ford Hudson ; puis, voyant son visa expirer, il se réfugie pour quelques mois au Mexique. Il ramènera dans ses bagages de formidables paysages et un goût pour ce peuple chaleureux. Son album le plus tendre dans la série Blondin et Cirage se passe au Mexique avec un de ses personnages plus sympathiques, Conchita (1952).

 

broncos du montana355En 1954, il entame, sa série la plus réussie et la plus symptomatique de son ouverture d'esprit, Jerry Spring, un Western qui anticipe le mouvement de réhabilitation des indiens et des mexicains dont il prend la défense et la fin des Cow-boys sûrs d'eux-mêmes, infaillibles. Il s'affranchit des codes rigides des Western à la John Wayne, lequel fait d'ailleurs place à l'ambigu Clint Eastwood, voire au fantaisiste « Personne » de Sergio Leone. Accompagné de son fidèle comparse mexicain, Pancho, Jerry combat les préjugés racistes, montre que la générosité et l'ouverture du cœur paient davantage que la répression et la vengeance. Une de ses aventures l'amène à défendre les noirs et à combattre le Ku Klux Klan à une époque (1966) où l'Europe vient d'entendre le « Dream » de Martin Luther King (1963). Jerry Spring a directement inspiré les personnages de Blueberry né sous le crayon de Gir (Giraud) dans Pilote, et celui de Buddy Longway, héros de Derib, qui hérite de la passion de Jijé pour la culture indienne. Jijé y est au sommet de son art, maître du mouvement, dans des pages dynamiques, flamboyantes.

 

Auteur doué, Jijé ne s'est jamais pris la tête. A travers toutes ses histoires et ses dessins, il avait envie tout simplement de faire du bien, le plus important était de donner du bonheur aux jeunes lecteurs. Il a été remarquablement secondé, j'aime le dire, par son épouse Annie, qui a cru en lui et qui a fait preuve de grande patience et tolérance pour accueillir chez elle cette bande de fous qui révolutionnait le 9e art.

 

Jean Françoise Meurs,sdb

17 juillet 2014

 


Mot du jour

L’engagement humanitaire est un souci pour l’homme qui conduit à en prendre soin partout où il souffre. C’est une conscience récente qui amène certains à donner de leur temps pour rendre service dans des situations d’urgence ou durables de faim, de maladie, de guerre. Don Bosco déjà avait su engager ses jeunes dans la lutte contre le choléra lorsque ce fléau avait touché la ville de Turin en juillet 1854. Disposés à vivre cette solidarité, une cinquantaine de jeunes acceptent d’aller porter secours aux malades dans les maisons et les hôpitaux. Aujourd’hui, le volontariat international permet à tous les jeunes qui le souhaitent de vivre cette solidarité. Toute éducation, pour être complète, doit ouvrir à cette dimension du service. La générosité existe, à condition de savoir l’encourager et la solliciter.

j offre une messe
Défi Citoyenneté 2025

Campobosco
temoignages
edb pour le bien commun

Multimédia

Pierre Favre, ancien chanteur des Garçons Bouchers
devenu bénévole au Secours Catholique
Voir l'article

Le train de la mémoire : Vers Auschwitz
Interview de Paul
Voir l'article

« On va tout faire pour »
par les élèves de Lyon-Pressin
Voir l'article

Toutes les vidéos sur la chaîne DBA...

  • International

    • Label salésien : Rebattre les cartes de la nutrition

      lappel nutrition tchad 004 Depuis trente ans, l’association Appel Durance œuvre pour lutter contre la malnutrition des enfants au Tchad, en partenariat avec les villageois. Cette association utilise la méthodologie des « Nutricartes » qui obtient de très bons résultats. Don Bosco Aujourd’hui a voulu en savoir plus et a interviewé sa présidente, Anne Vincent.

      Lire la suite

    • Salvador - Terre des Jeunes : une association pour les jeunes de la rue

      terre des jeunes 000 En 2011, dans le cadre de ses études en sociologie sur les enfants des rues, Simon-Pierre Escudero part au Salvador pour un travail recherche. À ce moment là, plus aucune institution ne travaille directement auprès de ces enfants. Depuis, il a fondé une association et il travaille dans les “quartiers chauds” avec Victoria, salésienne coopératrice, salvadorienne.

      Lire la suite

    • Congo : Comment soutenir l’emploi ?

      rdc via don bosco 001 La République Démocratique du Congo est le premier pays partenaire de VIA Don Bosco. Aujourd’hui, les relations avec le Congo sont toujours privilégiées. L’ONG soutient l’emploi des jeunes qui sortent des écoles de formation professionnelle du réseau Don Bosco.Logo video80

      Lire la suite

    • En Croatie, cicatrices de la guerre et espoirs salésiens

      don bosco croatie 004 Les Salésiens sont en Croatie depuis 1914. Le pays a connu de grands bouleversements depuis le début du siècle avec la dictature de Tito puis la guerre d’indépendance. Le témoignage du père Goran Antunovic, 32 ans, Salésien à Rijeka, donne un aperçu de la situation actuelle des religieux et de l’Eglise du pays.

      Lire la suite

  • Société

    • « J’ai peur que mon enfant se radicalise »

      radicalisation Contrairement à ce que croient beaucoup, les jeunes qui se radicalisent ne sont pas tous des maghrébins issus des quartiers sensibles de la banlieue, engoncés dans la délinquance, et qui voient dans l’adhésion à l’islam radical une manière de venger la déconsidération dont ils se sentent l’objet et de pouvoir ainsi acquérir une stature de héros.

      Lire la suite

    • « Apprends-moi la nature » en camp ou en classe

      apprends moi la nature 002 Jouer avec la nature est un chemin vers une pédagogie positive et bienveillante. L’objectif principal est de favoriser des moments de partage entre adultes et jeunes enfants autour de la découverte de la nature. L’idée est de percevoir la nature comme médiateur de jeux, de relations, de découvertes entre l’enfant et ses pairs. Les exemples sont nombreux : camp avec les scouts, classe verte ou classe d’intégration, comme à Farnières.

      Lire la suite

    • Le lien avec la nature chez Don Bosco, hier et aujourd’hui

      don bosco nature vignes 005 En visite à La Navarre où on faisait appel à lui pour reprendre un orphelinat, Don Bosco s’est penché pour prendre une motte de terre, la pétrir, la respirer, et déclarer : « c’est une bonne terre pour la vigne ». Don Bosco avait des réflexes de paysan travailleur de la terre. Aujourd’hui, le réseau international des écoles agricoles salésiennes est en pleine croissance et poursuit cette inspiration.

      Lire la suite

    • Pour une écologie authentique

      ecologie authentique ressins 002 « Tout changement a besoin d’un chemin éducatif » plaide le Pape dans l’encyclique « Laudato Si’ ». Elèves en établissement agricole ou horticole, enseignants, mouvements de jeunesse, sont attentifs aux évolutions de l’écologie, mais il reste beaucoup à faire. Dans le réseau des établissements Don Bosco, on avance.

      Lire la suite