Parents 355x248La présence d'un père et d'une mère lors de l'éducation d'un enfant est-elle vraiment nécessaire ? Ceci fait l'objet aujourd'hui d'un débat passionné où politique et idéologie s'en mêlent. Le Père Jean-Marie Petitclerc, éducateur imprégné d'une longue expérience d'accompagnement de jeunes en difficultés, et directeur de l'association « le Valdocco » en banlieues parisienne et lyonnaise nous livre deux observations et une réflexion sur le rôle complémentaire du père et de la mère.

 

Deux observations

La première concerne les adolescents qui, vers l'âge de 17 ans, se découvrent homosexuels. Incapables d'en parler à leurs parents, par peur de décevoir, ou à leurs camarades, par peur d'être ridiculisés, ils s'enferment dans le silence et leur détresse peut parfois les amener jusqu'au suicide, dont nous savons qu'il est 5 fois plus fréquent chez les jeunes homosexuels que chez les hétérosexuels. Veillons donc, dans nos propos, à ce que rien ne puisse renforcer leur détresse.

 

La deuxième concerne les adolescents accueillis dans le foyer que je dirige et qui comptent parmi les plus en difficulté du département, leurs comportements s'inscrivant le plus souvent dans des problématiques de violence. Une caractéristique commune, c'est l'absence de père. Soit il est physiquement absent, soit, s'il est présent, il n'est pas jugé crédible (alcoolisme, instabilité). Cette absence de figure paternelle n'est bien souvent pas compensée dans notre société. Je rencontre des adolescents, élevés par des mères seules, qui, au collège, n'ont que des enseignantes - la figure d'autorité étant Madame la Principale - et qui, après un délit, passent dans le bureau de Madame la juge pour enfant, laquelle confie une mesure de liberté surveillée à Mme l'éducatrice spécialisée ! Les seuls hommes qu'ils rencontrent, ce sont les CRS ! Alors, ils manifestent le besoin de confrontation, et le font régulièrement venir dans leur cité en caillassant les forces de l'ordre ou en allumant des feux ! On parle beaucoup de parité dans le monde politique, et c'est très bien. Mais ne faudrait-il pas parler aussi d'une indispensable parité dans le monde éducatif ?

 

Réflexion sur le rôle complémentaire du père et de la mère en éducation

Pour le garçon comme pour la fille, le manque de père, qu'il soit absent, qu'il ne soit pas assez présent ou qu'il ne prenne pas ses responsabilités, qu'il reste un éternel adolescent... peut engendrer un manque de confiance en soi, des incertitudes, des absences de repère. Certains auteurs, comme Jacques Arènes, pensent que le manque de père est plus préjudiciable au garçon qu'à la fille, surtout au moment de l'adolescence.

 

En effet, le futur adulte se construit en s'identifiant au parent du même sexe. Il est nécessaire au garçon de trouver une présence masculine pour se comparer, se jauger, avoir accès à sa propre agressivité et en trouver les limites. De plus, le jeune adolescent a besoin de vivre une mutation essentielle pour sortir du monde des femmes. Dans cette véritable initiation, la présence corporelle et physique du père peut s'avérer importante. Si le garçon ne trouve pas sa masculinité à travers son père, par l'imposition des paroles et des interdits, par le jeu corporel, il risque par contraste d'avoir peur de cette agressivité qui est en lui et de redouter l'univers féminin.

 

Dès la petite enfance, le père constitue en quelque sorte un rempart contre la prison maternelle. Le père vient libérer l'enfant du sentiment de toute-puissance qu'il projette sur sa mère. L'enfant découvre que ce n'est pas lui, ni sa mère, qui fait la loi, mais qu'elle relève d'une dimension extérieure à lui.
On le voit, le rôle du père, trop souvent effacé dans notre société qui a tendance à insister sur le seul rôle de la mère, est essentiel dans le développement de l'enfant et de l'adolescent.

 

Trois convictions

  • La première, c'est que la différence est source d'enrichissement : la différence homme/femme, père/mère, adulte/enfant. Nous vivons dans une société qui voudrait gommer toutes les différences ! Méfions nous de cette tentation mortifère !
  • La deuxième, c'est que l'indispensable combat pour l'égalité des droits ne doit pas entraîner une revendication pour l'égalité de nature. Il est important de se battre pour que les femmes, en particulier dans le monde du travail ou de la politique aient les mêmes droits que les hommes, que les homosexuels voient leur droits reconnus comme ceux des hétéros. Mais revendiquer les mêmes droits ne doit pas vouloir signifier que tout est pareil. Si la principale revendication aujourd'hui concerne les droits des homosexuels, pourquoi ne pas inventer un statut d'union civile permettant de consolider les droits du couple et des enfants qu'ils éduquent ? N'allons cependant pas choisir le terme de « mariage », qui aurait tendance à faire croire que couple « homo » et couple « hétéro », c'est la même réalité ! Comment peut-on arriver à penser pouvoir supprimer la différence père/mère pour se mettre à parler de parent 1/parent 2 ! Et bientôt les deux voudront être parents 1 !
  • La troisième, c'est qu'à mes yeux on ne peut pas parler de « droit à l'enfant ». Ce serait prendre le risque de marchandiser ce « don » qu'est l'enfant, fruit de l'union hétérosexuelle. Méfions nous de cette tendance à vouloir faire passer le droit à l'enfant avant le droit de l'enfant. Et le premier droit de l'enfant, n'est-il pas celui d'avoir un père et une mère ?

 

Je concluerai en me faisant l'écho de tant de réactions entendues à propos des adolescents que j'accompagne. « Ces jeunes n'ont plus de limites, n'ont plus de repères ! » Mais, qui doit fixer les limites et transmettre les repères ? Ne sont-ce pas les adultes ? Paradoxe d'une société qui se plaint du manque de repères chez les jeunes et qui se déclare prête à gommer le repère de la différence sexuée : homme/femme.

 

 

Jean-Marie Petitclerc
Salésien de Don Bosco

 

 

Pour aller plus loin

Jean-Marie Petitclerc est l'auteur de nombreux ouvrages.

Vous pouvez vous les procurer aux éditions Don Bosco.

http://editions-don-bosco.com/


Mot du jour

Chaque éducateur a un certain degré de tolérance à la transgression. Il réagira plus ou moins vite selon sa conception de ce qu’est un acte grave. Entre la « tolérance zéro » qui ne pardonne rien et sanctionne tout, et le laxisme qui ne voit aucune limite, l’éducateur salésien aime établir avec les jeunes une sorte de contrat de confiance. C’est ensemble qu’ils établissent les règles et les sanctions éventuelles. Ainsi, les jeunes sont invités à la responsabilité. Il n’y a pas de sanction qui leur « tombe dessus » : s’ils n’ont pas respecté le contrat, ils savaient déjà ce qu’ils risquaient, puisqu’ils l’avaient décidé avec l’éducateur. Ce qui est un jeu, ce n’est plus le degré de tolérance de cet éducateur, mais c’est le respect du contrat dont les jeunes sont partenaires.

Chaque éducateur a un certain degré de tolérance à la transgression. Il réagira plus ou moins vite selon sa conception de ce qu’est un acte grave. Entre la « tolérance zéro » qui ne pardonne rien et sanctionne tout, et le laxisme qui ne voit aucune limite, l’éducateur salésien aime établir avec les jeunes une sorte de contrat de confiance. C’est ensemble qu’ils établissent les règles et les sanctions éventuelles. Ainsi, les jeunes sont invités à la responsabilité. Il n’y a pas de sanction qui leur « tombe dessus » : s’ils n’ont pas respecté le contrat, ils savaient déjà ce qu’ils risquaient, puisqu’ils l’avaient décidé avec l’éducateur. Ce qui est un jeu, ce n’est plus le degré de tolérance de cet éducateur, mais c’est le respect du contrat dont les jeunes sont partenaires.
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