balloir une pteLe visiteur, qui entre au « Balloir », n'a pas l'impression d'entrer dans une maison de repos pour personnes en fin de vie, mais dans une maison pleine de vie. En effet, des enfants et des adolescents vivent, eux aussi, sur le même site et les résidents âgés les côtoient tous les jours. Interview de Kathy Fraikin, assistante sociale au Balloir

 

DBA : Pouvez-vous nous expliquer qui vit exactement sur ce site ?

Cathy Fraikin : Trente-huit personnes âgées vivent en maison de repos, et trente-sept en « résidences services », sans compter encore quarante-six résidents dans une autre entité située à un kilomètre d'ici. Il y a aussi une crèche qui accueille, chaque jour, vingt-quatre petits enfants ; et il y a six lits supplémentaires pour la section d'accueil d'urgence. Enfin, la maison « Beaumont-Saint-Michel » accueille quinze enfants et adolescents qui ont entre trois et dix-huit ans, placés par le Service d'Aide à la Jeunesse ou le juge de la jeunesse. Ajoutez à cela tout le personnel de l'ensemble ! Les bâtiments sont séparés, mais tout communique. Les portes sont fermées dans un sens : les enfants ne peuvent quitter leur maison sans l'accord de l'éducateur bien sûr, mais les personnes âgées peuvent entrer dans la maison des enfants comme chez elles. Mais, en fait, leur éducation fait qu'elles donnent toujours un petit coup de fil avant d'entrer ou qu'elles attendent une invitation.

 

DBA : Quand tout ce monde a-t-il l'occasion de se rencontrer ?
C.F. : Ils se croisent et se voient tous les jours par la fenêtre ou dans un lieu aménagé et décoré expressément pour que toutes les générations s'y sentent bien. Ils vivent de nombreuses fêtes ensemble. Sinon, c'est surtout le mercredi qui offre de belles possibilités de rencontre. Ce jour-là, les enfants n'ont pas cours l'après-midi. Chaque mercredi, quatre ou cinq résidents sont donc invités, à tour de rôle et s'ils le souhaitent bien entendu, à prendre l'apéro dans le salon de la maison des enfants, avec le directeur, une éducatrice. Les enfants reviennent de l'école et tout le monde se met à table. Ce sont des personnes âgées qui ont préparé le repas avec une éducatrice et qui souvent se font un plaisir de rester après le repas pour papoter, comme elles l'auraient fait dans leur propre maison si elles avaient invité leurs petits-enfants. Le temps d'une sieste pour certains enfants plus jeunes et certaines personnes âgées et... place à une activité intergénérationnelle - bricolage, cuisine, coloriage,... - à laquelle prennent part aussi des petits de la crèche. Parfois, la seule activité organisée est un bon goûter car l'activité est en fait un prétexte pour se donner rendez-vous. L'après-midi doit être un moment de plaisir pour toutes les générations.

balloir 2 pte

 

DBA : Ces activités communes demandent une fameuse organisation ?
C.F. : Oui, et surtout beaucoup d'énergie de la part des directions, et puis des équipes. Chaque mois, des représentants de chaque maison se réunissent pour échanger, évaluer et rectifier si nécessaire les projets en cours. Ce serait très facile de laisser tomber les animations intergénérationnelles ! Il y a beaucoup de fêtes sur une année par exemple, et elles sont « pensées ensemble ». Tout le monde doit participer activement aux préparatifs. Un éducateur préférera organiser le bal masqué, un autre la fête d'halloween ou la chasse aux œufs, la fête du quartier ou la « fête des familles ». Mais, chaque fois, il s'agit de tenir compte de la présence des différentes générations. L'ambiance, lors des fêtes, est merveilleuse. Des mamies préparent de bons goûters « maison ». Pour la Saint-Nicolas, par exemple, plusieurs résidents veulent, chaque année, jouer le rôle du grand saint. D'autres préparent les sachets de bonbons pour les enfants. Les personnes âgées sont utiles et « actrices » alors que dans beaucoup de maisons de repos, lors des fêtes, elles sont inévitablement un peu infantilisées en recevant elles-mêmes une petite sucrerie simplement.

 

DBA : Vous semblez très attentifs aux personnes ?
C.F. : Nous essayons ! Je pense à une dame qui est arrivée avec la maladie d'Alzheimer. Nous lui avons demandé ce qu'elle aimait faire. Comme elle « adorait les tout-petits et aimait beaucoup repasser », nous lui avons trouvé des choses à repasser à la crèche. Une vitre séparait l'endroit de jeu des enfants de son lieu de repassage, pour d'évidentes raisons de sécurité, mais elle les voyait toute la matinée en travaillant. Le sentiment d'être utile et sa joie de les contempler a ralenti l'évolution de la maladie. Cette dame, décédée aujourd'hui, a été rayonnante pendant des années, à la grande surprise de sa fille d'ailleurs et, chose étonnante pour une personne désorientée, elle se souvenait toujours des jours où elle allait à la crèche, de l'heure et du trajet pour y aller ! Beaucoup de personnes âgées sont moralement isolées et s'ennuient, n'ayant plus grand-chose à faire ou à donner. Cet échange de temps disponible est une grande richesse pour chacun. C'est vrai que le Balloir est une belle invention.

 

Propos recueillis par Bénédicte PITTI
2 mai 2013

 

LA MAISON HEUREUSE

 

En 1986, l'ASBL « la Maison Heureuse », fondée par l'abbé Emile Gerratz, rachète les bâtiments de l'ancien orphelinat Sainte-Barbe à Liège. Suite à d'importantes transformations réalisées en fonds propres grâce à l'énergie contagieuse de l'abbé, le Balloir accueille en 1989 la maison des enfants localisée jusque-là dans une autre commune. La maison de repos ouvre ses portes en octobre 1995 et la première « résidence services » en janvier 1996. En septembre 2001, la crèche « Le Printemps » vient s'implanter sur le site reprenant la petite crèche du Balloir attachée à l'époque à l'Atelier des mamans, du Balloir. En janvier 2010, la partie maison de repos et de soins est délocalisée sur un nouveau site en Amercoeur ; elle est baptisée « Un air de famille du Balloir ». Le Balloir compte donc aujourd'hui une nouvelle résidence services.

 

 




Mot du jour

La musique est entrée dans ma vie assez tôt. Un violoncelle calé entre mes jambes à 4 ans, je ne comprenais pas trop l’objectif de tout ça. Ce n’était que des devoirs en plus pour moi. Et puis j’ai découvert le chant et m’a facilité à sortir les sons qu’il fallait. Je n’ai pas complètement lâché le violoncelle mais le chant s’avère être ce qui me remplit le plus. Oui car quand je chante je suis pleine. Pleine d’amour et de joie. Je souris dès que la voix de mon amie s’élève et que la mienne est prête à l’accompagner. Je souris en pensant à ce jour au Campobosco où on a vécu ce que j’appelle un orgasme musical. Le sourire aux lèvres on avait des frissons partout. La joie nous inondait. Alors je ne sais toujours pas si Dieu existe et s’il veut mon bien. Mais le chant est là pour me rappeler à chaque fois que je suis heureuse.

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