famille ou etes vous 001 Professeur de droit, Françoise Dekeuwer-Défossez est l'une des spécialistes françaises des droits de l'enfant. Elle est aujourd'hui professeur à l'Université Catholique de Lille. A travers cet interview, elle fait une analyse réaliste des évolutions de la famille en évitant de tomber dans la voie de l'idéalisme aveugle et du pessimisme excessif.

 

 

 

Don Bosco Aujourd'hui : Quels bouleversements la famille a-t-elle connus ces trente dernières années ?

Françoise Dekeuwer-Défossez

 

Françoise Dekeuwer-Défossez est l'auteur du « Que sais-je ? » sur les droits de l'enfant. Ancien membre du Haut Conseil de la population et de la famille - que préside le Premier ministre -, elle conseille également l'épiscopat français dans le cadre du conseil « Famille et société » que coordonne Mgr Jean-Luc Brunin.

Françoise Dekeuwer-Défossez : Les bouleversements datent de plus de trente ans... La révolution sexuelle des années 1960, l'accès à la pilule, l'égalité homme/femme, tout cela a créé un environnement beaucoup plus instable où les femmes ne dépendent plus des hommes. Une partie de la solidité des mariages était liée à des raisons économiques. Aujourd'hui, les femmes sont parfaitement capables d'assumer une vie familiale autonome économiquement. De plus en plus, à la grande surprise des hommes, ce sont elles qui décident de partir. C'est quelque chose qui n'est pas imprimé dans le cerveau masculin.... C'est pourtant une caractéristique de notre société. Tout n'est pas évident pour autant : les familles monoparentales sont d'immenses gisements de pauvreté ; et, dans l'éducation des enfants, l'absence de figure paternelle n'est jamais positive. Quoiqu'il en soit, il n'est pas possible de revenir à la situation antérieure. Il faut reconnaitre la violence sous-jacente à certaines situations d'autrefois.

 

 

DBA : Quelles sont les voies possibles d'une vision apaisée de la famille ?

F. D-D : Une première voie consiste à éviter les séparations : elle est explorée timidement. Les pouvoirs publics réfléchissent sur ce qui peut être un soutien aux couples. On a des propositions en faveur d'un travail éducatif pour préparer au mariage : faire prendre conscience que la vie en communauté demande beaucoup d'efforts et que ce n'est pas évident de vivre en couple. Cela se fait déjà dans la préparation au mariage religieux : ensemble on réfléchit au couple, on essaie de se projeter vers l'avenir, de dissiper certaines illusions. Ces formations pourraient être faites dans un contexte non religieux. Néanmois, ces propositions avancent lentement pour des raisons financières, mais aussi parce qu'on pense que cela pèserait sur la liberté des gens.

  

famille ou etes vous 002 La deuxième voie, c'est tout le travail de pacification lors de la séparation, ce que l'on appelle la médiation familiale. Elle a beaucoup de mal à prendre en France, parce que le tempérament français, c'est : faire juger son bon droit et non résoudre un problème. On l'a vu avec l'affaire DSK, l'idée d'arrêter des poursuites en versant des indemnités, cela choque. L'idée qu'un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès n'est pas du tout française. Les gens, au contraire, attendent du tribunal qu'il leur donne raison face à l'autre qui a tort. Dans le contexte familial, cette mentalité n'est pas productive. Les juges font tout pour que les gens se mettent d'accord. Heureusement, il y a de plus en plus de divorces avec consentement mutuel. Les gens sont convaincus que payer un seul avocat, c'est mieux qu'en payer deux. Mais on observe que le litige revient ensuite. Les gens se sont conciliés le temps du procès, mais les conflits n'ont pas été vidés. Ceci dit, apaiser les litiges va dans le bon sens.

 

 

« Réunir des parents, les amener à s'exprimer sur leurs difficultés.
C'est déjà énorme. »

 

 

DBA : Et la troisième piste ?

F. D-D : La troisième piste, c'est le soutien à la parentalité. De plus en plus d'associations organisent ce soutien sous la houlette des allocations familiales et en lien avec les services sociaux des mairies. Cela consiste à réunir des parents, les amener à s'exprimer sur leurs difficultés. C'est déjà énorme, oser parler de leurs problèmes, se rendre compte que les voisins ont les mêmes problèmes, mettre en commun des recettes, des idées. Parmi ces idées, certaines sont toutes bêtes : avoir le droit de dire « non ». Beaucoup de parents ont besoin d'être rassurés sur le fait qu'ils ont le pouvoir de prendre des décisions et le droit de les imposer. Or, si on prend les choses suffisamment tôt, on évite les dérapages.

 

Ceci dit, il ne faut quand même pas oublier que la plupart des adolescents se disent heureux. Je ne suis pas sûre qu'il y a 50 ans, on aurait eu le même taux de réponse. Globalement, il y a une bonne qualité de relations avec les parents et un attachement des enfants à la cellule familiale ; la vie familiale est considérée statistiquement comme un des éléments qui contribue le plus au bonheur. Ce qu'il y a, c'est qu'elle est un peu idéalisée : comme s'il ne fallait pas se pousser un peu pour faire une place aux autres !

 

 

« Globalement, il y a une bonne qualité de relations avec
les parents et un attachement des enfants à la cellule familiale »

 

 

DBA : Concubinage, PACS, mariage... Qu'est ce qui permet de construire quelque chose de durable ?

F. D-D : Aujourd'hui, les jeunes ont peur du définitif. On se met ensemble « pour voir si ça va ». Progressivement, on solidifie les choses. Les démarches ne sont pas forcément logiques : les gens achètent la maison d'abord, font un bébé ensuite, se marient après. D'un point de vue juridique ce serait beaucoup plus simple de se marier d'abord, acheter la maison ensuite, faire le bébé après !

 

Là où le bât blesse, c'est que les jeunes n'ont souvent pas une exacte vision de leur degré d'engagement. Penser que cela va rester simple de se séparer après l'achat d'une maison, c'est croire au père Noël ! Quand on a fait un bébé ensemble, on est associé jusqu'à ce qu'il ait dix-huit ans au moins. Il y a une discordance entre la façon dont les gens se projettent dans l'avenir et la réalité des conséquences de leurs agissements.

 

 

DBA : Le mariage peut-il encore être considéré comme le "plus durable" ?

355 248 blancF. D-D : Il existe des statistiques éclairantes concernant le cas de résidence alternée. Le taux maximum a lieu dans les cas de divorce à consentement mutuel : 25%. Pour les autres cas, le taux tombe aux alentours de 15%. Dans les séparations de personnes qui n'ont pas été mariées, on tombe à moins de 10%. Cela met en évidence une beaucoup moins grande coopération des parents lorsqu'ils n'ont jamais été mariés. Les enfants risquent de voir un de leurs parents disparaître de sa vie. Ceux qui se marient ont davantage anticipé un avenir commun. Ceux qui ne sont pas mariés vivent avec l'idée qu'il est plus simple de se séparer puisqu'il n'y a pas d'engagement ; or ce n'est pas vrai. Lorsqu'il y a des enfants, ils sont obligés de passer devant le juge. Les avocats vous diront que les séparations de couples non mariés sont plus difficiles et qu'il y a énormément de violence.

 

C'est vrai qu'il y a différentes formules, Pacs, concubinage : elles ont toutes des conséquences juridiques. En bonne juriste, je dirais que le mariage n'est pas un piège pour coincer les gens, c'est un système ancien qui a été inventé à travers des pratiques pour organiser au mieux la vie de famille. C'est contraignant, mais la vie de famille a des contraintes. C'est la vie qui est comme ça.

 

« Les jeunes n'ont souvent pas une exacte
vision de leur degré d'engagement. »

 

 

D. B. A. : Comment préparer les jeunes aujourd'hui à la vie de famille ?

F. D-D : Les élèves ont des cours d'éducation civique. Je pense que ce serait bien qu'ils reçoivent également une initiation aux principes du droit familial. Au collège ou au lycée, il y a des cours d'enseignement social et économique, mais il faudrait aussi des cours de droit et de psychologie, pour savoir comment fonctionnent les hommes et les femmes. Les règles qui permettent le vivre-ensemble doivent être apprises dès le plus jeune âge. Cela existe dans certains établissements de l'enseignement catholique, mais il y a de réels progrès à faire au niveau national.

 

 

Propos recueillis par Vincent Grodziski
rédacteur en chef
03 décembre 2015

 

A lire aussi sur Don Bosco Aujourd'hui....

 

Pour aller plus loin

La Valdocco œuvre principalement avec les familles : Ecole et Famille

Le réseau Ecole et Famille.

 

 

 


Mot du jour

« Que veux-tu que je fasses pour toi ? »

Dieu à l’écoute de mon désir profond, mon désir de vivre malgré les circonstances de la réalité complexe.

Il est proche de ceux qui l'invoquent, De tous ceux qui l'invoquent en vérité.

Il répond au désir de ceux qui le craignent ; Il écoute leur cri : il les sauve (Ps 145)

Le psaume le dit avec enthousiasme : dès que nous exprimons la moindre envie de vivre, au moment où notre volonté de vivant bourgeonne à nouveau, Dieu veut lui aussi y répondre, même si cela prend du temps dans notre existence humaine. Il ne rate jamais une occasion de satisfaire notre demande de vie, surtout quand c’est devenu pour nous une affaire de vie ou de mort.

Et si nous n’en voulons plus, parce que nous n’en pouvons plus …

Alors demandons-Lui de renaître à son désir à Lui.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;

Tu ouvres ta main : Tu rassasies pour tout vivant, le plaisir, la volonté.

Les informations recueillies sur ce formulaire sont enregistrées dans un fichier informatisé par Don Bosco Aujourd'hui pour la transmission de l'actualité salésienne. Elles sont conservées pendant 5 ans et sont destinées à la promotion des activités de la famille salésienne. Conformément à la loi « informatique et libertés », vous pouvez exercer votre droit d'accès aux données vous concernant et les faire rectifier en contactant : Patrick Loyer, Salésiens de Don Bosco, 393 bis rue des Pyrénées, 75020 PARIS, France

j offre une messe
Défi Citoyenneté 2025

Campobosco
temoignages
Livre Le systeme preventif p

Multimédia

6e Congrès de l’éducation salésienne
Ce qu'en disent les participants
Voir l'article

Défi citoyenneté :
lancement du label
Voir l'article

« Ils nous ont bluffés ! » Concours de
plaidoirie à l’Institut Lemonnier
Lire l'article

Toutes les vidéos sur la chaîne DBA...

  • Maisons Don Bosco

    • « Va à la pompe ! » L’éducation selon Don Bosco

      education don bosco 03 Lorsque des éducateurs se plaignaient auprès de Don Bosco de ne pas être écoutés par les jeunes et de ne pas savoir comment les prendre, Don Bosco disait : « Va à la pompe ». Il y avait, dans la cour du Valdocco, une fontaine autour de laquelle il y avait toujours un attroupement de jeunes qui se bousculaient pour boire ou pour ramollir la pagnote trop dure du petit déjeuner. C’est là que l’éducateur, en se mêlant à la file, pouvait entendre les conversations, connaître les centres d’intérêt des garçons, leurs préoccupations du moment. L’éducateur était ainsi en prise directe sur leur culture et pouvait sentir l’atmosphère générale. Don Bosco suggérait aussi à l’éducateur d’être moins dur, moins rigide, de « ramollir » son quotidien.

      Lire la suite

    • Le Festiclip est cette année un festival européen sensible au monde des laissés pour compte

      fasticlip 2018 04 La treizième édition du FestiClip, festival de vidéoclips réalisé par et pour des jeunes de 15 à 20 ans, s’est déroulé au Centre Jean Bosco le 2 juin. Participaient cette année, outre bien sûr la Belgique et la France, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne. Les films étonnent par leur qualité et leur thématique. Aujourd’hui, c’est la manière de traiter les laissés pour compte qui interroge les jeunes. Logo video80

      Lire la suite

    • Festifoot 2018 : la coupe du monde version salésienne

      festifoot 2018 caen 07 La coupe du monde de foot en version salésienne ? Comment ça, vous ne connaissez pas ? Festifoot ! Mais si, c’est ce rassemblement de 60 jeunes venus de toute la France pour partager un week-end exceptionnel, plein de partage, de fair-play, et de sport ! Avec la participation de huit équipes, soit 55 jeunes de 15 ans environ, le Festifoot du mois de juin n’a jamais connu un tel succès.

      Lire la suite

    • Quatre jours de formation approfondie pour les élèves les plus engagés

      formation eleves engages 01 Voyage à Biville : c’est une initiative des quatre établissements scolaires de l'Ouest au début des vacances de Pâques.  Une quarantaine d'élèves des établissements de l'Ouest. Elèves en difficulté ou non. Il s'agit de quelques jeunes parmi les plus engagés dans la vie de l'établissement. Le projet est une formation approfondie pour les élèves les plus engagés à l’image de ce que faisait Don Bosco.

      Lire la suite

    • Les premières Assises de Don Bosco Action Sociale

      don bosco action sociale assises 01 Les 24 et 25 mai 2018, le réseau Don Bosco Action Sociale a organisé ses premières assises à l’Institut Don Bosco de Gradignan (Gironde). Celles-ci ont regroupé plus de 100 dirigeants des 65 établissements et services d’action sociale du réseau : présidents, administrateurs, directeurs, cadres de direction. Ces participants ont pu ainsi prendre conscience de la force et du dynamisme de ce réseau.Logo video80

      Lire la suite

    • « Foi et Science » s’invitent à l’institut Lemonnier à Caen

      lemonnier mai 2018 02 Les jeunes de 2ndes de l’Institut Lemonnier à Caen ont couronné leur année pastorale autour du thème : Science et foi. Autour d’une table ronde, étaient réunis des témoins de la foi des religions monothéistes présentes dans l’agglomération.

      Lire la suite

  • Famille Salésienne

    • Don Bosco et les rois de Piémont - Savoie

      don bosco et les rois 01 Don Bosco respectait et aimait ses souverains, tout en donnant son avis lors de certaines réformes qui s’en prenaient à la religion et au Pape. Deux rois ont été bienveillants à son égard et soutiens de ses œuvres : Charles-Albert et Victor-Emmanuel II. Qui était ces rois ?

      Lire la suite

    • Le nouveau Don Bosco Aujourd’hui : un dossier sur Don Bosco Action Sociale

      dba 995 couv Cette année ont eu lieu les premières assises du réseau Don Bosco Action Sociale. Un rendez-vous important où les cadres des associations qui constituent ce réseau ont pu exprimer leurs attentes et définir des pistes d’actions à venir. Pourquoi se fédérer ? Quels sont les enjeux ? Les acteurs de l’action sociale du réseau témoignent.

      Lire la suite

    • Monseigneur Luigi Fransoni et Don Bosco - Défenseurs de l’Eglise et du Pape

      Illustration 1862 gravure Mgr Luigi Fransoni archeveque de Turin Dès les débuts de l’Oratoire, Luigi Fransoni comprit l’importance de la mission de Don Bosco et il se fit le défenseur de l’œuvre de Don Bosco. Il la soutint de son autorité et de ses aides généreuses avec une affection paternelle.

      Lire la suite

    • Venue du P. Angel Artime, 10è successeur de Don Bosco, en février 2019 en France et Belgique-Sud

      SAVE THE DATE* !!! Le 10è successeur de Don Bosco, le Père Angel Artime, rendra visite à notre province salésienne France-Belgique Sud en février 2019. Il sera en région PACA le 21 février, à Lyon le 22 février, à Paris le 23 février et à Bruxelles le 24 février. Quelle joie de l'accueillir parmi nous ! Cela n'arrive pas tous les ans !!! Faisons de cette occasion une fête. Profitons de sa venue pour nous rassembler avec les jeunes en famille salésienne et en réseau Don Bosco. Certes, la date prévue n'est pas sans doute pas idéale, mais nous dépendons de son calendrier bien chargé... Soyons créatifs pour rendre chaque journée inoubliable et refléter fidèlement l'actualité du charisme de notre fondateur bien vivant en France et en Belgique Sud. (* Réservez la date !)

    • Couleurs Salésiennes : réunis par région autour de Don Bosco

      couleurs salesiennes 2018 04 C’est à Liège, en région lyonnaise - au château du Passage - (1er mai), Paris (22 mai) et Lille (30 mai), qu’ont eu lieu les journées régionales des Couleurs Salésiennes. L’objectif est de renforcer l’esprit de famille entre les différentes branches de la Famille salésienne et d’ouvrir les horizons. Une belle occasion d’inviter les proches, les parents d’élèves… Le pari a été réussi ! Découvrez les témoignages de participants.

      Lire la suite

    • Serdu ! Dessine-moi Don Bosco !

      Serge Duhayon Serge Duhayon est dessinateur de Presse. Il a collaboré à des revues spécialisées et signé des milliers de dessins pour des tas de bulletins d’associations locales. Ses sujets préférés ? Les jeunes. Depuis trente ans, Serdu prend le crayon pour les pages pédagogiques de Don Bosco Aujourd’hui. Qui se cache derrière ce crayon ?

      Lire la suite