pokemon estic equipe Une photo, représentant toute l’équipe de direction de l’Estic jouant au Pokemon Go, fait le buzz sur la nouvelle page Facebook de l’Institut ! En commentaire : « Les Responsables d’unité, à la veille de la rentrée, ont été surpris en train de jouer ». Un tel jeu dans un établissement scolaire, est-ce bien raisonnable ? Oui. Catherine Philippe, chef d’établissement, qui a découvert deux Pokestok dans son établissement, explique sa position.

 

Don Bosco Aujourd'hui : Deux Pokestop dans votre établissement. Comment avez-vous réagi ?

Pokemon stop ESTIC Catherine Philippe : Je trouve que ce jeu est intéressant. C’est à la fois un jeu de piste ; il faut chercher des Pokemon, et c’est un jeu qui s’appuie sur des ressorts psychologiques intemporels : collecter le plus possible de choses. Cela me rappelle de ce que j’étais capable de faire, lorsque j’étais enfant, pour obtenir le plus de porte-clés possible. Le jeu s’appuie sur des ressorts psychologiques similaires. Ensuite, lorsque l’on a atteint un certain niveau, il faut faire preuve de stratégie pour attraper des Pokemons. Il ne faut pas attaquer tout de suite ! Il faut savoir attendre que le Pokemon arrive à un certain degré de maturité et donc gérer sa frustration. Il faut marcher dix kilomètres parfois pour faire éclore certains œufs. L’image du joueur comme dresseur est également intéressante ; derrière cette image, il y a l’idée de soin à apporter. Le dresseur joueur doit s’occuper du Pokemon pour qu’il soit plus beau, plus efficace.

DBA : Comment vous est venue l’idée de présenter ce jeu lors de la journée de rentrée ?

C.P. : Les professeurs ont tendance à rejeter en bloc le jeu. Or, plutôt que de dire : « On ne veut pas voir cela, ici » ou « ce jeu va nous poser des tas de problème », je voudrais que les professeurs jouent et comprennent ce qui peut intéresser les jeunes.

Le thème d’année à l’Estic est : « Heureux qui donne à chacun la chance de réussir ». La journée de prérentrée m’a permis de faire le lien entre ce thème, que nous avons choisi à l’occasion de l’accueil dans notre établissement d’un élève autiste, et le jeu Pokemon. Il faut comprendre avant de juger.

Lors de la journée de prérentrée, j’ai projeté un power point. Sur une diapositive, il y avait : « il est interdit de jouer à l’intérieur de l’établissement. » Et j’ai lancé la discussion ! Bien sûr, je voulais faire réagir les enseignants. Alors, interdire ou pas ? Je pense que fondamentalement cela ne sert à rien d’interdire. L’interdiction n’est pas éducative. J’ai dit aux profs : « jouez, regardez ! »

Kevin : « Pokemon Go m'a fait redécouvrir la marche » 

J'ai fais plus de 250 kilomètres depuis la sortie du jeu. Il faut dire que pour faire éclore les œufs il faut s'armer de patience et marcher. Grâce à lui, j'ai aussi pu rencontrer des personnes avec qui je n’aurais pas imaginé parler avant. J'ai fais de belles rencontres spontanées et découvert des personnes de tout horizon qui marchaient pour les mêmes raisons que moi : chasser des Pokemon.

Malgré que Pokemon Go soit un jeu virtuel, c'est vraiment une ouverture vers le monde extérieur nous poussant à découvrir ce qu'il nous entoure (Pokestop) et à nous ouvrir vers les autres.

Kevin Morand, 25 ans

D.B.A. : Ne pensez vous pas que avoir deux pokestop qui se trouvent dans votre établissement puisse générer des troubles ?

C.P. : Les Pokestop sont souvent présents sur des points artistiques et culturels. J’ai été flattée de découvrir que l’on a deux Pokestop dans les bâtiments de l’Estic. Ils sont maintenant la cible du regard des élèves soucieux d’attraper des bonbons et des poussières d’étoiles. J’ai d’ailleurs découvert qu’un certain nombre de personnes n’avaient pas remarqué la statue de l’Immaculée Conception dans le creux du mur ; c’est l’occasion de redécouvrir notre établissement et de rappeler l’origine des initiales de l’école.

Dans ce jeu, il y a une option de retrait si nous ne souhaitons pas que figurent des pokemon dans certains lieux, mais je ne vois pas l’utilité d’un tel retrait. Je préfère sensibiliser les professeurs pour qu’ils parlent avec les élèves et les aident à réfléchir

DBA : Vous-même, avez-vous joué avec les élèves ?

C.P. : Oui, le premier jour de la rentrée des internes ! Nous nous sommes retrouvés dans la cour, les jeunes et moi, et nous avons joué ensemble. L’intérêt du jeu, c’est qu’il oblige à sortir dehors ! Il s’agit d’être avec eux dans une posture d’intérêt. Ils sont très sensibles au fait de nous apprendre les stratégies qui permettent d’avancer dans le jeu.

DBA : Pokemon Go ne pose alors aucun problème ?

C.P. : Si. Il y a des risques. Le danger, c’est bien sur le gain : à cause d’un manque de munition le joueur est tenté d’acheter de nouvelles ressources au lieu d’attendre ; ou acheter une montre connectée qui produit une augmentation des forfaits. La société Niantic qui a créé le jeu, cherche à faire de l’argent en générant ces frustrations. L’autre danger c’est d’être pisté, poursuivi, repéré. Et enfin, on a le danger de voir des élèves jouer à Pokemon Go dans des lieux qui ne sont pas faits pour cela.

DBA : C’est la démarche du « aller vers » de Don Bosco...

C.P. : Oui, l’approche est foncièrement salésienne. J’ai le sentiment que derrière la diabolisation du jeu, il y a la recherche d’une distance avec les jeunes. Or quand on interdit, on n’éduque pas. Il faut favoriser une approche bienveillante sur ce que vivent les jeunes, les aider à réfléchir, dialoguer avec eux sur les ressorts psychologiques du jeu, le rôle de la frustration, de la compétition « je veux être à la hauteur des autres », le phénomène d’addiction, la récupération des images par des grandes marques, etc.

L’intérêt de ce jeu est de faire réfléchir la communauté éducative à la question de la réalité augmentée, la question du virtuel. Cela ne sert à rien de rejeter ou de nier, parce qu’on y est déjà. Pour permettre aux jeunes d’être heureux dans le monde d’aujourd’hui, on doit relever ce défi de comprendre le monde dans lequel nous évoluons.

 

Propos recueillis par Hélène Boissière Mabille


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L’engagement humanitaire est un souci pour l’homme qui conduit à en prendre soin partout où il souffre. C’est une conscience récente qui amène certains à donner de leur temps pour rendre service dans des situations d’urgence ou durables de faim, de maladie, de guerre. Don Bosco déjà avait su engager ses jeunes dans la lutte contre le choléra lorsque ce fléau avait touché la ville de Turin en juillet 1854. Disposés à vivre cette solidarité, une cinquantaine de jeunes acceptent d’aller porter secours aux malades dans les maisons et les hôpitaux. Aujourd’hui, le volontariat international permet à tous les jeunes qui le souhaitent de vivre cette solidarité. Toute éducation, pour être complète, doit ouvrir à cette dimension du service. La générosité existe, à condition de savoir l’encourager et la solliciter.

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