Yan Plantier Penibilite de la sanction Au sein d’un établissement dont l’esprit est celui de la « bienveillance », le mot « pénible », sonne étrangement. Et pourtant, les éducateurs de Don Bosco le savent : « bienveillant » ne veut pas dire « laxiste ». Écoutons Yan Plantier, philosophe et enseignant à la faculté de Lyon, intervenant à la journée d'étude organisée au Centre Jean Bosco de Lyon, le 1er avril 2016, sur le thème de la sanction. « Si nous prétendons que la sanction n’a pas à être pénible, alors il ne faut pas parler de sanction ».

 

Nul n’est méchant volontairement mais seulement par ignorance ou par faiblesse

Le thème de la sanction a ouvert la pensée de l’éducatif. Référons-nous à Platon : « Nul n’est méchant volontairement mais seulement par ignorance ou par faiblesse ou manque de caractère ». Platon essaie ainsi de signifier que personne ne peut aimer le mal pour le mal, personne ne peut être mauvais par nature, car le désir profond de l'homme est le désir du Bien. Pourquoi alors l'homme est-il mauvais ? Ce qui fait que l’homme est mauvais, c’est soit qu’il ignore le Bien soit parce qu’on ne le lui a pas présenté, soit parce qu’il se trompe à son sujet, soit parce qu’il est trop faible pour être à la hauteur de ce qu’il vise.

Ce n’est pas parce qu’on jouit du mal, qu’on aime le mal qu’on fait !

Être trop faible selon son propre caractère... c’est être piégé dans son état de jouissance, être incapable de parvenir à s’en extraire pour passer à l’ordre du désir marqué par le manque et la parole. Car ce n’est pas parce qu’on jouit du mal (ce que m’ont confirmé dix ans de travail en prison), qu’on aime le mal qu’on fait. Ce n’est pas parce qu’on jouit du mal, qu’on désire le mal !

Formation sur la sanction 

Le service de formation des "Maisons Don Bosco" organise une journée de formation sur « Faire Autorité, Sanctionner, Restaurer, Responsabiliser », les Jeudi 19 et Vendredi 20 Janvier 2017 + Le vendredi 20 Mars 2017 à Paris.

Comment passer de la jouissance au désir ?

Et c’est bien toute la redoutable ambiguïté de cette affaire ! La personne qui a fait du mal (je parle ici de grands criminels), peut tout à la fois avoir du remord et être piégée par la jouissance qu’elle a eue et qu’elle éprouve encore. Et passer de la jouissance au désir, c’est la grande affaire des hommes : sortir d’un rapport immédiat à la jouissance auto-centrée, pour viser le bien auquel tout notre être aspire, dans une joie partageable. Or cette affaire, nous dit Platon, requiert pour certains, de passer par l’épreuve de la peine.

Le passage à l’ordre symbolique de la règle et de la relation

La Sanction par Serdu La peine est cette ultime tentative d’opérer, chez celui qui est sans limite, un passage à l’ordre symbolique de la règle et de la relation. Cette opération recourt à la pénibilité de la peine comme à la dernière façon de « dégriser » le sujet de sa toute puissance. Or cette opération exige des conditions indispensables. Quelles sont les conditions d’un tel travail du sens ?

Les conditions indispensables d'un travail de sens

Le groupe de recherche
sur la sanction et parole du jeune

Une recherche-action a été menée durant trois ans sur la place de la parole du jeune dans le dispositif de sanction. La recherche, menée par le service formation des Maisons Don Bosco. Elle est pilotée par Emmanuel Besnard, salésien et éducateur, directeur du Valdocco - Nice.

Premièrement, que celui qui inflige la peine, sur le plan pénal, soit lui-même travaillé par le souci, par le désir, par l’amour du Bien. La peine doit être empreinte de la puissance d’amour et de bonté de celui qui la donne. La deuxième condition c’est que la peine soit prise de part en part dans un travail de paroles. La troisième condition qui accompagne évidemment les deux autres, c’est l’espérance !

Il ne faut donc pas trop vite vouloir soustraire la sanction éducative à la notion de peine en craignant de la rapporter à un registre pénal. La sanction ne sera pas éducative en évitant d’être pénible, mais en s’enracinant au plus profond d’un accès humain à l’ordre symbolique, c’est à dire en devenant l’opérateur d’un travail du sens qui demande plus de présence et d’autorité bienveillante que d’explications ou d’accommodements fragiles.

 

Yan Plantier
Enseignant chercheur en Philosophie à l’Université Catholique de Lyon
Enseignant à la faculté de Théologie et à l'Institut Pastorale d'Études Religieuses de Lyon
Diplôme Universitaire de criminologie clinique

 

A lire aussi sur Don Bosco Aujourd'hui....


Mot du jour

« Des profondeurs, je crie vers Toi, Seigneur. Seigneur, écoute mon appel ! »

Dieu qui a voulu que l’homme soit heureux, souffre de la souffrance de sa créature. Dieu est saisi aux entrailles et décide de sauver l’homme. Dieu envoie Moïse et les prophètes : ils annoncent tous une espérance. Et Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, son Unique. Jésus partagera notre vie, notre sort, et jusqu’à notre mort. Tout au long de ses chemins, Jésus nous annoncera le Royaume à venir : une terre où il n’y aura plus de peine et plus de mort, une table où tous les enfants seront réunis autour du Père pour le festin, une vie qui n’aura pas de fin. Demain, le ciel s’ouvrira ! « Levant les yeux vers le ciel, il lui dit : ‘ Ouvre-toi ! ’ »

j offre une messe
Défi Citoyenneté 2025

Campobosco
temoignages
Livre

Multimédia

École de Vie Don Bosco - Interview de
Bérénice de Bar le Duc
Voir l'article

Le train de la mémoire : Vers Auschwitz
Interview d'Elie Benarroch
Voir l'article

Extrait de la web série "Clameur"
inspiré de Laudato si' : Reportage
sur une initiative du Valdocco

Toutes les vidéos sur la chaîne DBA...

  • Maisons Don Bosco

    • Hyper sexualisation : écouter, décoder

      post fondement hypersexualite 001 Repenser nos des « tiers lieux » pour mieux écouter les jeunes, c’était l’objectif d’une nouvelle session organisée les 30 et 31 mars par le service formation des Maisons Don Bosco. Après une réflexion l’an dernier sur la question des addictions, cette année, le thème était sur l’hyper sexualisation de notre société et ses répercussions sur les jeunes. Au programme, une journée d’étude à la Catho de Lyon et une visite d’un établissement salésien de Saint-Etienne.

      Lire la suite

    • L’établissement N.D. des Minimes accueille trente migrants

      migrants n d minimes lyon 001 « Cette rencontre a été une claque pour moi et m’a fait prendre du recul » s’exclame Coline, lycéenne aux Minimes, à Lyon après la rencontre organisée par la Pastorale du lycée et la cellule « migrants » du diocèse de Lyon. Pour de nombreux lycéens, ce fut une expérience cruciale qui les aide à sortir des clichés. Témoignage de Fabienne Laumonier, animatrice en pastorale scolaire.

      Lire la suite

    • Pouillé : L’internat, la fabrique à souvenirs

      internat pouille fabrique a souvenirs 001 Au Campus de Pouillé, 76 % des lycéens sont internes, soit près de 400 jeunes. Chaque soir de la semaine, la vie s’organise entre travail scolaire, entraide, détente et repos. 14 éducatrices et éducateurs veillent sur les jeunes. Quelques internes témoignent maintenant de leur quotidien.

      Lire la suite

    • Mission Don Bosco : les 24h à l’Institut de Tournai

      mission salesienne don bosco tournai 005 Fin mars, les élèves du primaire et du secondaire en filières techniques et professionnelles de l’Institut de Tournai (Belgique) ont vécu deux jours extraordinaires d'animation, de jeux et des temps privilégiés avec les "missionnaires" : sœurs, frères salésiens et jeunes du MSJ.Logo video80

      Lire la suite

    • Campus de Pouillé : un internat exercé avec style

      internat pouille style 001 Le Campus de Pouillé accueille une peu plus de 400 internes, étudiants, lycéens et apprentis. Quinze éducateurs sont présents à différentes heures de la vie d’internat. C’est quoi le style d’un éducateur d’internat ? Interview de Jean-François Potot-Dussine, responsable de l’internat de Pouillé.

      Lire la suite

    • Palmarès des lycées : l’ESTIC de St-Dizier en tête

      estic palmares lycee 2016 001 Le ministère de l’Education Nationale vient de publier le palmarès des lycées. Son indicateur de « valeur ajoutée » valorise les lycées qui font le plus progresser leurs élèves. Grâce à lui, l’établissement de Saint-Dizier, l’ESTIC, est placé en tête de la région Champagne-Ardenne. Une belle réussite qui attire l’attention de l’Académie.

      Lire la suite