migrants mineurs isoles 002 Après une enfance au Cameroun, Sylvain a voulu partir ailleurs faute de travail. Il a rencontré les salésiens de Don Bosco en Espagne. Puis accompagné en France, il a découvert l’esprit de famille : « Car nous les jeunes migrants, on a souvent des moments où on se sent seul face à soi-même ». 

 

Pourquoi es-tu parti du Cameroun ?

Je suis parti de mon pays parce que les conditions sociales, la famine et la misère me devenaient intolérable. Je me suis retrouvé devant l'impossibilité de penser mon avenir. J’ai vécu dans un bidonville. Mes amis qui ont fait des études ne trouvant pas de travail devenaient alcooliques. Il y avait un environnement qui ne permettait pas de voir l’avenir. J'ai eu alors l'idée d’aller « chercher ailleurs ». Aujourd'hui mes copains qui étaient étudiants universitaires se retrouvent travailleurs dans les bananeraies.

Comment s’est passé ton voyage ?

J'ai eu un trajet très difficile avec beaucoup de contraintes et dangers. Le fait de voyager sans apports financiers, marcher des kilomètres, dormir sans manger, dans des endroits désertiques, sous la pluie, avec la peur des escrocs sur la route. Cela fait partie du trajet. Celui du Cameroun jusqu’en France a duré 2 ans à peu près : 1 mois au Nigeria, 2 mois au Niger, 3 mois en Algérie, 8 mois au Maroc, 2 mois en centre de rétention en Espagne dans la ville d'Algésiras en attente que les autorités s'assurent de ma nationalité, 8 mois en Espagne puis en France.  

Le Niger m’a beaucoup marqué par le soleil. Il pleut très peu. Ce pays est vraiment désertique, trop dur. Je vendais des œufs pour 25 Francs CFA [soit 0,04 €], un rien. J’ai eu beaucoup de difficultés à réunir la somme pour continuer. Beaucoup de migrants sont devenus fous à cause de l’environnement très hostile des pays traversés.

Comment s’est passé ton arrivée chez les salésiens et dans les structures d'accueil ?

J’ai bien été accueilli en Europe, en Espagne comme en France. J’ai vite été intégré, et scolarisé. J’ai pu vite prendre le rythme. J'avais rencontré Pierre-Jean en Espagne à Jaén. Puis j'ai dû me diriger vers la France pour espérer un avenir meilleur car la crise économique s'installait en Espagne. J’ai été orienté vers le Secours Catholique pour trouver des vêtements. Le foyer a pu prendre soin de moi et me donner une chance comme tous les autres jeunes en France.

J'aime l'accueil que j'ai reçu par les frères salésiens. Il est très chaleureux. Encore aujourd’hui je suis toujours en contact avec eux. Pierre-Jean est comme mon grand frère. Je me confie régulièrement. Le contact avec les salésiens est proche ; on sent un partage ; on se sent en famille.

J’ai pu retrouver Pierre-Jean à Lyon ; je me sens comme « retrouvé ». J’ai le sentiment de ne pas me sentir seul. Nous, les jeunes migrants, on a souvent des moments où on se ressent seul face à soi-même. Mais le fait de retrouver un frère salésien, là où j’ai atterri, cela permet d’aller de l’avant : on se retrouve, on mange ensemble comme en famille. Cela rassure fortement.

Maintenant, te sens tu intégré ?

Aujourd’hui, je peux dire que je suis intégré car j’apprécie et j’apprends la culture française. J’ai une copine qui est française, un enfant qui est français ; je fais mes études. Je suis heureux de l’école que je fréquente avec mes amis français. J’ai appris la culture française par la gastronomie. J’ai entamé des études de restauration ; j’ai travaillé dans un bouchon lyonnais très connu. Actuellement je travaille dans un bistrot réputé de Lyon. J’envisage de voir si je peux prolonger par d’autres formations. Je voudrais être bénévole à la Croix Rouge, effectuer un service civique, et aider les sans-abris. 

 

Propos recueillis par Pierre-Jean Allard,
Salésien de Don Bosco,
En formation pour l’accompagnement juridique des migrants


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L’engagement humanitaire est un souci pour l’homme qui conduit à en prendre soin partout où il souffre. C’est une conscience récente qui amène certains à donner de leur temps pour rendre service dans des situations d’urgence ou durables de faim, de maladie, de guerre. Don Bosco déjà avait su engager ses jeunes dans la lutte contre le choléra lorsque ce fléau avait touché la ville de Turin en juillet 1854. Disposés à vivre cette solidarité, une cinquantaine de jeunes acceptent d’aller porter secours aux malades dans les maisons et les hôpitaux. Aujourd’hui, le volontariat international permet à tous les jeunes qui le souhaitent de vivre cette solidarité. Toute éducation, pour être complète, doit ouvrir à cette dimension du service. La générosité existe, à condition de savoir l’encourager et la solliciter.

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