Amine Après cinq années de voyage – où il a connu la peur et l’angoisse – Amine, 23 ans, originaire du Ghana, a réussi à gagner Stuttgart en Allemagne. Mais sa demande de régularisation n’a pu aboutir. Il y a quelques semaines, Amine a été reconduit au Ghana. Durant son passage en Europe, des salésiens de Don Bosco l’ont accueilli et accompagné. L’interview a été réalisé, alors qu’Amine se trouvait en Allemagne.

 

Pourquoi es-tu parti de ton pays ?

J’ai quitté mon pays car je suis issu d’une famille très pauvre. Très jeune, il était devenu évident que je devais partir dans la rue pour aider la famille. J’ai passé ainsi quatre années entre la rue et la maison pour trouver des petits boulots. Mais, dans la rue, c’est dur ; on peut se faire tuer ou menacer pour un rien ; on est considéré comme des criminels, et pourtant je ne l’étais pas. Un jour j'ai décidé d'arrêter avec cette vie et de quitter le Ghana.

Comment s’est passé ton voyage du Ghana à l’Allemagne ?

Mon voyage était trop dur. Rien que d’y penser j’en ai mal à la tête. J’ai voyagé durant cinq années. Dans chaque endroit où j’ai séjourné, j’ai vécu dans des conditions très dures. Parfois je n’avais pas de travail, et donc rien à manger. Je suis parti du Ghana pour la Libye en passant par le Burkina Faso, puis le Niger, puis le Tchad par le désert. Je suis resté quatre années en Libye où je travaillais sur les chantiers. Après je suis allé au Maroc durant neuf mois. Du Maroc, j'ai traversé en Zodiac avec des marocains. Je suis resté en Espagne sept mois, puis je suis arrivé en Allemagne.

Comment as-tu vécu l’accueil des salésiens et des structures d'accueil ?

J’étais tout seul en Espagne. J’ai été accompagné par les salésiens dont Pépélu et Pierre-Jean mais aussi par des éducateurs professionnels. Certains étaient coopérateurs salésiens ; ils m’ont remonté le moral. Je ne peux pas oublier ce qu’ont fait les chrétiens pour moi qui suis musulman. Être ensemble pour moi était une joie, je sentais que nous avions le même Dieu, et la même force dans nos convictions de fraternité. J’ai ainsi été bien accueilli en Espagne à la fondation don Bosco, mais aussi par les jeunes de la paroisse, filles et garçons. J’étais vraiment surpris de voir cet accueil… Cela m’a remis debout véritablement après toutes les souffrances que j’ai vécues sur le trajet. Je retiens vraiment ce grand cœur qui m’a été ouvert dans la famille salésienne.  

Tu es aujourd’hui en Allemagne en attente de tes papiers. Que fais-tu ?

Mon intégration en Allemagne est très difficile car ici il y a beaucoup d’autres étrangers. C’est vrai, on nous donne des tickets de métro, et un peu d’argent chaque mois, mais je n’ai toujours pas eu de papiers depuis mes cinq années de résidence en Allemagne… J’ai pourtant suivi des formations en allemand, et une formation professionnelle en charpenterie. Mais, depuis ma majorité, rien n’a pu être fait pour que je poursuive ma formation. Là, je me retrouve sans rien, en attente que mes papiers soient régularisés. C’est très dur, car j’ai encore beaucoup de souvenirs de « la route » qui me restent en tête. Mes amis qui sont morts durant le trajet, les violences qui m’ont été faites… Je n’arrive pas à dormir le soir.

Que voudrais-tu vivre ? Qu’est qui est important pour toi ?

En repensant à cette solidarité que j’ai reçue, je voudrais lancer un appel à la fraternité. Je voudrais revivre cette fraternité vécue en Espagne, ici je me sens seul et inutile. A partir de ce que j’ai vécu en Espagne avec mes frères et sœurs chrétiens de la paroisse St Jean Bosco, j’ai vu que c’était possible de vivre ensemble, de se connaître et de s’apprécier… Je voudrais aussi dire qu’il faut penser à nous les jeunes, qui ont été mineurs non accompagnés, car rester à ne rien faire avec toutes les difficultés que nous avons en tête, c’est une mauvaise chose. Les mauvaises pensées peuvent venir très vite. Nous avons besoin de nous occuper, d’apprendre et de travailler, sinon nous gaspillons notre vie, nous nous sentons très vulnérables.

Propos recueillis par Pierre-Jean Allard, sdb

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Une note sur une feuille pour un devoir rendu. Une feuille exhibée sous les yeux de tous les autres. Une feuille tenue avec mépris entre deux doigts et puis jetée sur ma table, sous mes yeux. J’ai compris. J’ai eu « zéro ». C’est ce que je vaux. C’est ce que je suis. Un zéro. Un raté, un moins que rien. Le « zéro » n’a aucune réalité ; il n’existe même pas. En rouge, et souligné deux fois, avec un point d’exclamation juste après. Ce n’est même pas une humiliation, c’est une négation. Je suis du néant, perdu dans le néant. Alors, j’essaie de disparaître, de me fondre. J’ai envie qu’on m’oublie.

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