Daniel Federspiel 180Jeune, Daniel était très timide, mais il prit goût au théâtre. Des rencontres, des circonstances lui ont permis de faire le clown très tôt... Avant de rentrer au noviciat, il a pensé qu'on ne pouvait pas être religieux et clown et il a tout brûlé : la magie, l'humour, l'illusionnisme. Qui est Daniel Federspiel, provincial ? Alors, prêtre ou clown ? Ces deux facettes sont-elles réconciliées aujourd'hui ?

 

 

Comment suis-je resté clown après le noviciat ?

Au noviciat, j'ai mis de côté le clown. Un jour, je tombe par hasard sur un livre où il était écrit : « Les illusionnistes ont un saint patron qui s'appelle saint Jean Bosco. » J'en parle au Maître des novices qui me dit : « C'est dommage d'avoir tout brûlé, tu aurais pu continuer. » J'ai alors recommencé à être clown mais en tant que religieux, souvent  pour les grands rassemblements. Un an plus tard, je vais voir le cardinal Decourtray pour mon ordination : « Vous continuerez à faire le clown, une fois ordonné » me dit-il ? Je réponds : « Je ne sais pas. Dites-moi ». Il répond : « Préparons la célébration ». A la célébration, à la grande surprise de tous, il dit : « je t'envoie comme clown parmi les prêtres et comme prêtre parmi les clowns. »

 

Mon initiation de clown a duré 6 ans

A cette époque, je faisais le clown mais je ne l'étais pas. Je me suis dit alors : Il faut que j'apprenne. Mais comment ? Je suis envoyé à la communauté de Nice. Un salésien m'invite à un cercle de magie. Guido Giacomelli, clown de la Piste aux Etoiles, 74 ans, sans enfants, avait perdu son partenaire mort d'un cancer. Il me propose de m'apprendre à être clown. Pendant 6 ans, j'ai été initié.Il m'a appris à regarder le monde comme un clown. On ne fait pas le clown, on devient le clown. Le clown est une figure de l'Evangile. Etre clown, c'est une manière d'absorber ce qui est dans le monde, de l'assimiler et de le transformer en joie. Il y a quelque chose du Christ là, quelque chose un peu comme porter la souffrance des autres pour la transformer peu à peu en résurrection, en joie.

 

« Etre clown, c'est une manière d'absorber ce qui est dans le monde
et de le transformer en joie. »

 

 

On fait de ce qui est faible, délicat, pauvre, une poésie, quelque chose de beau. Là où d'autres se sentent en difficultés, en échec... le clown voit une espérance : il prend le petit détail qui passe inaperçu et qui peut être traduit en espérance.

Le clown, c'est d'abord un homme ou une femme qui a vécu quelque chose de dramatique et qui le transforme en joie. Jean Bosco a vécu cela. Il n'y a pas de distance entre un prêtre et la posture du clown. Un vrai clown : c'est une prière.

 

C'est la maladresse du clown qui produit l'effet comique

Le clown a des habits mal-ajustés et cela a un effet comique. Un clown, c'est quelqu'un de mal ajusté à ce qui lui arrive ! La tenue est liée à une harmonie du personnage : un clown ne mettra jamais l'habit d'un autre. Le maquillage doit être fait par le clown lui-même. C'est un vitrail : ce sont les couleurs qui font jaillir la personnalité. C'est donc tout le contraire d'un masque.

On regarde Dieu quand on prie, découvrant sa faiblesse, si bonne et si profonde qu'on qualifie d'amour. L'Autre est en train de m'aimer se dit-on. Et bien le clown essaye de faire comme Dieu.

 

Et la magie. La foi est-elle magique ?

La magie : NON ! Car la magie fait croire que le magicien a un pouvoir. Vous voyez le magicien couper une femme en deux !Par contre l'Illusion s'approche peut être de la foi en Dieu en ce qu'elle fait voir ce qui paraît vrai et en même temps la vérité ne se dévoile pas comme ça. Elle reste cachée.L'illusion se rapproche de la foi dans le sens que quand on croit avoir découvert qui est Dieu, Il est toujours au-delà de ce qu'on a compris, différent encore... On n'enferme pas Dieu dans des démonstrations.L'illusionniste arrive à identifier ce qui est mis en place pour faire illusion chez l'autre. Ainsi le fait d'étudier les illusionnistes a permis à Don Bosco de bien connaître ses jeunes, leurs stratégies de protection ou de défense.

 

Apprends-moi à lire et à écrire, à moi qui ne sais rien

C'est le père Xavier Thévenot qui m'a dit un jour : « Daniel, cette position du clown pour moi, elle est très christique. » J'ai inventé un spectacle que je joue seul dans la classe d'un établissement scolaire. Je ne sais ni lire ni écrire et je demande à être scolarisé dans une école. J'écris une lettre au directeur de l'école qui va la lire à une classe. Et il demande : « Peut-on accueillir ce clown ? » Sous-entendu : peut-on accueillir quelqu'un qui est différent ? Une fois dans la classe, j'absorbe ce que les enfants m'apprennent, je valorise celui qui a des difficultés. Il me propose de m'apprendre à lire car lui aussi a du mal et lit encore avec son doigt. L'enfant est convaincu qu'il m'apprend quelque chose.

 

Propos recueillis par Joëlle Drouin
27 février 2014

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin


Mot du jour

J'aime quand ma petite fille me dit : « tu es contente, Mamita ? » Elle me regarde avec un sourire en coin qui attend ma reconnaissance et il y a tant d'espoir dans ce sourire. Quel bonheur simple de la serrer contre moi et de lui dire : « Oui, je suis contente de toi, de ce que tu es,... mon cœur est comblé ! »

Le sentiment de contentement est source de vraie joie. Etre content de ma journée écoulée, de mon travail, de mes rencontres, de ma vie,... cela donne un sentiment de satisfaction, d'être bien avec les autres, d'être bien avec le monde.

On peut toujours trouver un manque, un point sombre dans nos vies. S'entraîner à regarder ce qui est plutôt que ce qui n'est pas, à percevoir le petit rayon de lumière dans le ciel menaçant, ... cela peut vraiment tout changer.

La source de la joie, le bonheur c'est d'avoir un cœur qui se contente de ce qu’il a.

j offre une messe
Défi Citoyenneté 2025

Campobosco
temoignages
edb pour le bien commun

Multimédia

Le train de la mémoire : Vers Auschwitz
Interview de Lucie
Voir l'article

Campobosco 2017
le diaporama
Voir l'article

« On va tout faire pour »
par les élèves de Lyon-Pressin
Voir l'article

Toutes les vidéos sur la chaîne DBA...

https://vimeo.com/221142294
  • International

    • Label salésien : Rebattre les cartes de la nutrition

      lappel nutrition tchad 004 Depuis trente ans, l’association Appel Durance œuvre pour lutter contre la malnutrition des enfants au Tchad, en partenariat avec les villageois. Cette association utilise la méthodologie des « Nutricartes » qui obtient de très bons résultats. Don Bosco Aujourd’hui a voulu en savoir plus et a interviewé sa présidente, Anne Vincent.

      Lire la suite

    • Salvador - Terre des Jeunes : une association pour les jeunes de la rue

      terre des jeunes 000 En 2011, dans le cadre de ses études en sociologie sur les enfants des rues, Simon-Pierre Escudero part au Salvador pour un travail recherche. À ce moment là, plus aucune institution ne travaille directement auprès de ces enfants. Depuis, il a fondé une association et il travaille dans les “quartiers chauds” avec Victoria, salésienne coopératrice, salvadorienne.

      Lire la suite

    • Congo : Comment soutenir l’emploi ?

      rdc via don bosco 001 La République Démocratique du Congo est le premier pays partenaire de VIA Don Bosco. Aujourd’hui, les relations avec le Congo sont toujours privilégiées. L’ONG soutient l’emploi des jeunes qui sortent des écoles de formation professionnelle du réseau Don Bosco.Logo video80

      Lire la suite

    • En Croatie, cicatrices de la guerre et espoirs salésiens

      don bosco croatie 004 Les Salésiens sont en Croatie depuis 1914. Le pays a connu de grands bouleversements depuis le début du siècle avec la dictature de Tito puis la guerre d’indépendance. Le témoignage du père Goran Antunovic, 32 ans, Salésien à Rijeka, donne un aperçu de la situation actuelle des religieux et de l’Eglise du pays.

      Lire la suite

  • Société

    • Le lien avec la nature chez Don Bosco, hier et aujourd’hui

      don bosco nature vignes 005 En visite à La Navarre où on faisait appel à lui pour reprendre un orphelinat, Don Bosco s’est penché pour prendre une motte de terre, la pétrir, la respirer, et déclarer : « c’est une bonne terre pour la vigne ». Don Bosco avait des réflexes de paysan travailleur de la terre. Aujourd’hui, le réseau international des écoles agricoles salésiennes est en pleine croissance et poursuit cette inspiration.

      Lire la suite

    • Pour une écologie authentique

      ecologie authentique ressins 002 « Tout changement a besoin d’un chemin éducatif » plaide le Pape dans l’encyclique « Laudato Si’ ». Elèves en établissement agricole ou horticole, enseignants, mouvements de jeunesse, sont attentifs aux évolutions de l’écologie, mais il reste beaucoup à faire. Dans le réseau des établissements Don Bosco, on avance.

      Lire la suite

    • Amine : du Ghana à l’Allemagne et retour…

      Amine Après cinq années de voyage – où il a connu la peur et l’angoisse – Amine, 23 ans, originaire du Ghana, a réussi à gagner Stuttgart en Allemagne. Mais sa demande de régularisation n’a pu aboutir. Il y a quelques semaines, Amine a été reconduit au Ghana. Durant son passage en Europe, des salésiens de Don Bosco l’ont accueilli et accompagné. L’interview a été réalisé, alors qu’Amine se trouvait en Allemagne.

      Lire la suite

    • Les jeunes migrants deviennent acteurs avec Welcome Jeunes

      JRS Welcome Jeunes au Campobosco 001 L'idée phare du programme Welcome Jeunes est de permettre aux réfugiés de sortir du statut de bénéficiaire dans lesquels ils sont souvent placés et de devenir des acteurs. Interview de Lucile, responsable du programme, que nous avons rencontrée au Campobosco l’an dernier.

      Lire la suite