Faire mémoire du bien

12 novembre 2020 à 7:00

Faire mémoire du bien

Chaque mercredi matin, RCF diffuse sur ses ondes nationales la chronique des Salésiens. Cette semaine, soeur Catherine Fino, salésienne de Don Bosco, théologienne à l’Institut Catholique de Paris, nous propose « Faire mémoire du bien ».

Le 11 novembre est l’occasion d’honorer tous ceux qui ont donné leur vie au service de la France et pour restaurer la paix. Je lisais récemment l’ouvrage de Serge Besanger sur Edmond et Marie Michelet, Les indomptables (2020).
Qui est Edmond Michelet ?

Le chef de la résistance en Corrèze, déporté à Auschwitz, ministre des armées et ardent défenseur de la reconstruction d’une fraternité européenne après la seconde guerre mondiale. Michelet refuse d’imposer un châtiment collectif et ose déclarer : « La loi de la vengeance ne conduira jamais à un chemin de paix. La reconstruction de la France ne saurait s’effectuer sur l’humiliation du Frère allemand » (p. 253).

 

Ce discours de « fraternité » n’était-il pas idéaliste et irresponsable, voire négationniste et méprisant pour les victimes du nazisme ?

De fait, le pari semble fou de refaire confiance au peuple allemand, à tous ces citoyens manipulés par un dictateur fou et soumis à un régime autoritaire, pour condamner les criminels, analyser la montée du nazisme, et reconstruire une culture de justice et de paix. Aujourd’hui, le pape François nous invite pourtant à relever ce même défi dans un contexte de violence mondialisée : « Le processus de paix est un engagement qui dure dans le temps. C’est un travail patient de recherche de la vérité et de la justice qui honore la mémoire des victimes et qui ouvre, pas à pas, à une espérance commune plus forte que la vengeance » (Fratelli tutti n° 226).

 

Mais nous ne sommes pas tous Edmond Michelet. Et ne devons-nous pas d’abord dénoncer clairement la guerre, le terrorisme et l’injustice ?

De fait, seul un déporté et un résistant pouvait parler ainsi sans être accusé de tolérer un génocide. Le pape François rejoint Michelet sur l’exigence de vérité. Mais il ajoute une piste pour construire la paix : ne pas se référer « uniquement à la mémoire des horreurs, mais aussi au souvenir de ceux qui, dans un contexte malsain et corrompu, ont été capables de retrouver la dignité et, par de petits ou grands gestes, ont fait le choix de la solidarité, du pardon, de la fraternité. Il est très sain de faire mémoire du bien » (n° 249).

 

Nous pouvons faire mémoire des beaux gestes, tel que l’héroïsme du colonel Arnaud Beltrame, ou à la même période le courage d’un jeune malien sans papier, Mamadou Gassama, qui escalade un immeuble pour sauver un enfant, et avec eux tant d’autres. Nous pouvons surtout nous fabriquer des souvenirs de fraternité avec nos amis, nos voisins, de culture, de religion différente. En éducation, nous pouvons miser sur la mixité sociale, religieuse, et favoriser des rencontres où puisse naître une estime réciproque. Une passion partagée pour le sport, la musique, la protection de la nature, aide à dépasser les préjugés et construit l’amitié. Car un visage ami suffit souvent à désamorcer les calomnies, et lorsque la violence survient, on peut envisager de la combattre ensemble, et ce combat renforce la fraternité.

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