À Don Bosco Landser, des cours pour apprendre à faire de l’IA un outil | L’Alsace
21 février 2026
Depuis le début de l’année, au lycée Don Bosco de Landser, tous les élèves de seconde ont un cours sur l’intelligence artificielle. C’est l’occasion pour eux d’en apprendre un peu plus sur cet élément devenu incontournable ; mais aussi d’en connaître les bonnes pratiques, les limites et, pourquoi pas, de modérer son usage.
Un article du journal L’Alsace.
Depuis le début de l’année scolaire, les élèves de seconde, au lycée Don Bosco de Landser, suivent un cours sur l’intelligence artificielle (IA) – cette approche, une nouveauté, est en effet devenue obligatoire. « Interdire l’IA ? Il ne faut pas se leurrer. Impossible ! Il faut apprendre à l’utiliser de façon intelligente », expliquait à la dernière rentrée le directeur de l’établissement, Alain Werner.
L’enseignant en charge de ce cours, c’est Olivier Benoin, qui fait partie par ailleurs d’une commission pour le numérique en IA, pour l’académie de Strasbourg. Il sourit : « J’avais une entreprise dans le numérique. J’ai une certaine appétence pour la matière. Ici, on a vite une casquette ! Alors je fais le lien vers les nouvelles technologies. »
L’IA ? « Il fallait passer à l’action. Nous avons connu la révolution du mail. Avec l’IA, on est face à une technologie qui avance encore beaucoup plus vite. » Les élèves l’utilisent d’ailleurs au quotidien, souvent à raison, parfois à tort.
Olivier Benoin : « L’IA doit rester un outil »
Il insiste, au fil des heures passées avec eux, sur un mot : l’IA « doit rester un outil ». Un outil largement faillible, par ailleurs. « J’ai pu démontrer facilement aux élèves que l’IA se trompe. J’ai par exemple demandé si François Bayrou avait été Premier ministre. L’IA m’a répondu que non, alors que nous en avions déjà eu deux autres depuis ! »
Les cours sont organisés en demi-classes de tout de même près de 20 élèves : « On fait une heure de sensibilisation à l’IA tous les 15 jours, en alternant avec un cours de techniques de recherche journalistique. » Cela fait, in fine, une douzaine d’heures par an.
Partir de la base
Et Olivier Benoin d’expliquer : « Je suis parti de quelque chose de neutre. Qu’ont-ils besoin de comprendre à 15 ans ? » Il a divisé son cours en séquences, en partant de la base. « Vraiment de la base ! En leur faisant comprendre comment fonctionne internet et depuis quand. » En leur faisant utiliser un moteur de recherche et, là encore, en leur expliquant comment il fonctionne ; en leur montrant l’historique de recherches, comment fonctionne le SEO (Search engine optimization), ou référencement naturel, etc. « C’est ainsi qu’ils comprennent pourquoi certaines réponses apparaissent sur leurs écrans ! »
Ce n’est qu’ensuite qu’il aborde avec ses élèves l’IA proprement dite, avec toutes les questions relatives : comment fonctionne l’IA, « avec des probabilités, notamment, et c’est pour cela qu’elle se trompe », la protection de l’information, les questions environnementales qui sont de plus en plus importantes…
Classe inversée
« Les élèves ont intégré l’IA sur leurs téléphones portables, sur des applis. Pour eux, c’est habituel. Évident. » L’idée, c’est qu’ils puissent relativiser. Soupeser. Décider quand utiliser l’IA. Et surtout quand elle n’est pas nécessaire. « L’IA, ce n’est pas Dieu ! On s’en sert quand on en a besoin », répète Olivier Benoin à l’envi.
Il a proposé à ses élèves « une classe inversée. Je leur ai dit : allez me chercher sur internet, un article de presse, une courte vidéo, extraits d’un média fiable, pour m’expliquer les risques environnementaux de l’IA. » Et ça marche : savoir qu’une seule requête sur ChatGPT peut consommer un demi-litre d’eau, ça parle aux jeunes. « Chercher par soi-même ça nous implique », parole d’élève !
Mais l’IA, il faut apprendre à la pratiquer. Y compris de façon concrète. Olivier Benoin a, par exemple, appris à ses élèves à rédiger un prompt (la description du contexte, les instructions) pour que l’IA, « en l’occurrence Copilot », ne réponde pas à côté. « On rédige le prompt, on observe le résultat, on fait des modifications et on voit comment l’IA réagit. On peut aussi affiner le prompt en ajoutant des contraintes de format et une tonalité. »
Enfin, dernier conseil d’Olivier Benoin : « Soyez transparents dans l’IA. Si vous y avez recours, dites-le ! Et puis essayez aussi d’y renoncer. Exercez votre esprit critique. » Il le faut : les IA dites génératives progressent. « Nos jeunes, comme nous-mêmes, devront, quoi qu’il arrive, travailler avec l’IA. Elle sera là partout, et causera des bouleversements auxquels il faudra s’habituer. Mais pour ne pas subir, il faut comprendre. » D’où ces cours.