Une route salésienne vers Noël (1) : « Non pas tant ce que l’on fait, mais comment on le fait »
29 novembre 2025
Père Emmanuel Petit.
(Photo Luc-Emmanuel Ponchard)« De leurs épées ils forgeront des socs » (Isaïe).
« Tenez-vous donc prêts, vous aussi » (Évangile selon saint Matthieu).
Premier dimanche de l’Avent, sur la route vers Noël, avec le père Emmanuel Petit, salésien de Don Bosco, communauté des Abymes (Guadeloupe).
« De leurs épées ils forgeront des socs ». La violence n’est jamais très loin en Guadeloupe, où nous venons de battre le record de morts violentes deux mois avant la fin de l’année… Un jeune de Lakou Bosco (notre association salésienne de quartier) s’est fait « piquer », c’est-à-dire poignarder, il y a un mois. Une autre collégienne, reprise par son père à la ceinture. Un garçon de la pastorale des jeunes s’est fait agresser au lycée il y a deux semaines. Il est suivi médicalement pour récupérer son audition. Une maman me confiait qu’elle arrêtait de travailler dans les métiers de la sécurité : trop dangereux…
Mais la violence est aussi plus sournoise. Une lycéenne de la pastorale des jeunes vient d’être hospitalisée en pédopsychiatrie : il s’agit plus banalement de la pression scolaire et d’une histoire d’amour difficile à gérer. Plus tôt dans l’année, une collégienne s’était effondrée en partageant ne pas recevoir d’amour de ses parents. Alors, oui, la violence est présente.
Quand, en début d’année, nous avons demandé aux parents du caté la raison pour laquelle ils inscrivent leurs enfants, un cri du cœur est monté : la paix, la sérénité intérieure, la protection.
Construire la paix, en soi et autour de soi, comme le rappelait le pape François, est de l’artisanat. Comme nous le dit si bien l’Évangile, la question n’est pas tant ce que l’on fait, que comment on le fait : sa disponibilité intérieure, sa vigilance. L’activité extérieure a beau être la même, nous ne la vivons pas pareillement. C’est un travail patient, où la dimension spirituelle, confessante ou non, a toute sa place.
En Guadeloupe, nous la menons de façon sécularisée à Lakou Bosco, à travers l’éducation à la parole, à l’expression, à la vie collective. Nous le vivons de façon confessante en paroisse, avec toutes ces dimensions éducatives, bien sûr, et avec un long chemin d’éducation à la prière et à la vie intérieure.
Le sacrement de réconciliation, comme l’avait compris Don Bosco, est un outil spirituel mais aussi éducatif magnifique. Un don splendide. Nous l’avons peu à peu mis à disposition des jeunes que nous accompagnons. Au départ, ils ne savent pas très bien à quoi cela correspond. Mais une fois qu’ils observent les fruits concrets de conversion dans leur vie, ils s’y prêtent avec joie et spontanéité.
Que le Seigneur, quand il viendra, nous trouve non pas agités, inquiets, peureux, tapis ou cachés mais à son attente, dans l’attention quotidienne à tout ce qui fait notre vie de foi, d’humain, de sœur et de frère.
Emmanuel Petit, sdb
Photo : Thibault Pras
