6e Congrès de l’éducation salésienne

20 avril 2018 à 5:25

6e Congrès de l’éducation salésienne

Le 6e congrès de l’éducation salésienne s’est tenu à Lyon Ecully (Valpré) les 6 et 7 avril. Il a rassemblé 170 participants appartenant au Réseau Don Bosco autour du thème « Eduquer à la citoyenneté ». En 2015, le réseau don Bosco avait lancé le programme « Défi Citoyenneté ». Organisé par le service formation des Maisons Don Bosco , ce congrès, a été l’occasion d’approfondir les enjeux et de partager autour des expériences menées dans les diverses institutions.

 

Sœur Geneviève Pelsser, responsable provinciale des Filles de Marie Auxiliatrice (salésiennes de Don Bosco) a pris la parole en premier pour souligner que la citoyenneté est au cœur du charisme transmis par Don Bosco. Pour lui, cette réalité fait partie de l’essence humaine et est une condition de la liberté.

Le Père Daniel Federspiel, provincial des salésiens religieux, a commenté l’image choisie pour présenter le congrès : un jeune garçon coiffé du bonnet républicain qui dévore un sandwich ; il rappelle que les jeunes ont faim de liberté, d’égalité et de fraternité, et que les éducateurs sont là pour leur donner à manger du rêve et du sens grâce à l’action concrète sur le monde et sa réalité.

Le Père Jean-Marie Petitclerc, fondateur de l’Association Le Valdocco pour les jeunes de banlieue, fait remarquer que Don Bosco, un ecclésiastique, met en valeur un terme républicain en donnant comme vaste programme à l’éducation : « Former d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens ». Il souligne que les différences humaines sont à accueillir comme un enrichissement, une chance, et non une menace. La fraternité est de l’ordre de la grâce, mais elle ne peut grandir que si on l’alimente. Etre frère est un devoir et un droit.

2 conférences du vendredi matin

Madame Dominique Coatanea, théologienne, nous a mis à l’écoute de l’enseignement social de l’Eglise, avec sa visée centrale qui est la réalisation du « Bien commun ». Elle a rappelé la déclaration « Gaudium et Spes », lors du Concile de Vatican II, qui traite des rapports entre l’Eglise et le Monde. Les chrétiens sont appelés à constituer, avec les autres, un ordre de droit plus juste, à articuler avec les exigences de la charité. La liberté et l’autonomie ne signifient pas un isolement : elles doivent tenir compte dans leurs choix de ce qui assure l’existence et la sécurité de chacun. Pour ce qui regarde les problématiques actuelles, la mondialisation doit être orientée dans le sens du respect des cultures, en prenant soin du plus petit et du plus faible ; les communautés chrétiennes seront ouvertes au dialogue, capables de passer par le point de vue de l’autre. Quant à l’éco-citoyenneté, le psaume 8 nous invite à sortir de l’imaginaire de la prédation, pour devenir responsables de la Création et dignes de la confiance que Dieu nous fait.

En contrepoint, François Mabille, chercheur au CNRS, nous invite à travailler la question des citoyennetés en faisant remarquer qu’elles sont des constructions historiques, situées culturellement, ayant partout des particularismes. La crise du lien social est aussi le fait de la multiplicité des appartenances – religieuses par exemple – reconnues ou non par les constitutions. Les liens sociaux sont multiples et en évolution, sinon en crise : la conception de la filiation et de la famille traditionnelle s’est élargie ; les communautés d’appartenance sont mouvantes ; le travail, lieu d’intégration par excellence, fait défaut ; la démocratie s’appauvrit. L’Europe et la mondialisation dépassent la communauté nationale, tandis que la politique souffre d’impuissance face à la souveraineté des grands groupes économiques. Les institutions éducatives ont la responsabilité de redonner du sens, de discerner les possibles, de différencier les âges, de tenir compte du temps, de trouver de nouvelles médiations ; la démocratie doit être davantage participative, en mettant en place des mécanismes de consultation, en apportant de la transparence dans les processus de décision.

Les ateliers de l’après-midi

Les participants se sont répartis dans 8 ateliers animés par des groupes de jeunes ou des témoins partageant leurs expériences au sein des institutions scolaires ou des maisons d’action sociale. Les jeunes éco-délégués de l’Institut Sacré-Cœur de Dunières ont ainsi présenté les divers domaines et projets dans lesquels ils se sont engagés, tandis qu’Olivier Simon, directeur du Lycée de Montbrison, soulignait l’implication des professeurs dans la réalisation de journées de la citoyenneté. Michel Martinez de l’Ecole Sévigné de Marseille et l’Equipe du l’Institut ISETA de Poisy (Annecy) ont montré comment ajuster sa posture éducative pour favoriser l’engagement des jeunes. D’autres ont travaillé les stratégies d’accompagnement des élèves ou l’éducation dans les quartiers des banlieues, la pédagogie coopérative, le face-à-face et la responsabilisation, les symboles qui rassemblent et les repères qui socialisent, le lien entre l’intériorité et la solidarité, etc.

3 clips visionnés en veillée

Mlle Stéphanie Datti et Mr Jacques Rey ont animé la soirée avec trois clips-vidéo réalisés par des jeunes et présentés au Festiclip qui ont lieu chaque année depuis 14 ans. Outre que la réalisation de ces vidéos est déjà une initiative qui développe l’esprit critique nécessaire à l’éducation de la jeunesse, ces réalisation sont des outils qui ouvrent aux discussions et qui font réfléchir les jeunes. Et puisque ce sont les jeunes qui choisissent leurs sujets, c’est une façon de repérer ce qui fait débat et qui préoccupe les jeunes.

Une table ronde

Le dimanche, une table ronde a réuni plusieurs responsables d’associations éducatives, avec la participation de Mme Hélène Geoffroy, Ministre de la Ville et Maire de Vaux-en-Velin, impliquée dans la problématique des « villes jeunes », ces quartiers où 50 % des habitants ont moins de 25 ans, et où la jeunesse se radicalise. On a pu apprécier sa compétence, son engagement et son optimisme dans un long et patient travail pour construire avec la jeunesse un sentiment d’appartenance où tous se sentent impliqués.

Véronique Kempf préside l’association AEPCR qui met en place une « animation nomade » dans le quartier de la Place de la Réunion à Paris. Diverses propositions réunissent les enfants et les jeunes, hiver comme été, et les parents s’impliquent. Ils se sont réapproprié l’espace, recréant ainsi une dimension « village » qui s’institutionnalise dans le Conseil de quartier.

Lionel Gireault, directeur du lycée professionnel industriel, Institut Lemonnier de Caen, a mis en place des propositions fortes avec « les clubs projets » des mercredi après-midi. Les élèves mènent les projets, et les professeurs, en côte à côte, sont les garants de l’effort continué pour faire aboutir : construction d’une automobile, ébénisterie, etc. Les élèves sont impliqués dans les conseils de discipline où les décisions sont prises ensemble.

Aïda Laudicina, directrice de Laurenfance, un internat pour jeunes en difficulté, à Lyon, s’efforce de rendre aux jeunes la confiance en soi qui leur permettra de faire des choix libres et positifs. L’atelier cuisine chaque mercredi, donne à chacun sa place, sur pied d’égalité, et aboutit au repas pris ensemble.

Eric Furstos, formateur d’éducateurs spécialisés à l’Institut St Laurent d’Ecully travaille l’idée de développement social durable. Le Conseil de vie sociale est un instrument fécond dans ce sens. Il rappelle que même les jeunes en difficultés rêvent de changer le monde et sont capables d’enthousiasme.

L’aspect commun à toutes ces expériences, c’est la présence d’adultes « authentiques » : qui osent être tels qu’ils sont dans des attitudes à la fois ouvertes et fermes.

Conférence de conclusion et Eucharistie

Monseigneur Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, a rejoint le message qui s’est dégagé des travaux du congrès dans l’allocution qui devait conclure le congrès. Il n’y a pas de citoyenneté chrétienne, souligne-t-il, mais il y a une manière chrétienne d’habiter la citoyenneté. La mission des éducateurs est d’apprendre aux jeunes à aimer le monde dans lequel ils vivent, tout en étant un levain qui le transforme et l’humanise. Il faut donc leur donner le sens et le goût du bien commun, le courage de s’engager dans l’associatif, tellement riche, de choisir ce qui rejoint les plus faibles. La foi fait vivre dans la logique de l’abondance plutôt que du manque. Les valeurs chrétiennes du pardon, de la réconciliation et de la prière sont des conditions de paix.

Le cardinal Philippe Barbarin, en célébrant l’eucharistie finale, a souligné qu’il n’était pas requis d’être parfaits pour devenir porteurs de la Bonne nouvelle, mais qu’il suffisait d’être des saints. Ce que Dieu ne refuse à personne !

Le congrès a atteint son but : il a été un laboratoire d’idées, et chacun repart avec un souffle renouvelé.

Oeuvres salésiennes