Ecole-famille-cité. Comment travailler ensemble ? Exemple au Valdocco de Lille

14 décembre 2018 à 5:45

Ecole-famille-cité. Comment travailler ensemble ? Exemple au Valdocco de Lille

Trop souvent, les institutions travaillent pour les jeunes, séparément, avec leur logique propre. Pourtant elles s’occupent des mêmes jeunes. Construire la relation entre les trois sphères – école-famille-cité – est la raison d’être du Valdocco. Valentine Delafon, salésienne de Don Bosco, était directrice de l’antenne Lille-sud durant 10 ans avant de rejoindre l’internat éducatif et scolaire des salésiennes de Ganshoren. Comment les liens entre les écoles, les familles et les éducateurs du Valdocco se sont-ils construits à Lille Sud ?

 

Don Bosco Aujourd’hui : Comment avez-vous réussi à construire des liens entre les écoles, les familles et les jeunes ?

Valentine Delafon : La démarche éducative de Jean Bosco amène l’équipe de prévention à reformuler de manière forte l’importance de « l’aller vers ». Les projets ne peuvent naître que des rencontres. Cet « aller vers » implique un « faire avec », c’est-à-dire une relation qui se construit à partir de la réalité quotidienne des jeunes rencontrés et de leur famille. C’est du dialogue entre un éducateur et un jeune ou entre un éducateur et une famille que naissent les chemins éducatifs et que prennent forme les projets de médiation.

 

« Les projets ne peuvent naître que des rencontres. »

DBA : Comment les animateurs du Valdocco Lille procèdent-ils dans les quartiers pour « aller vers » les habitants ?

Valentine Delafon : Les parents font notre connaissance par des activités d’approche ; des temps forts, des animations de quartier ou du « bouche à oreille ». Nous avons aussi un accueil ouvert chaque jour pour l’accompagnement à la scolarité (CM2-Lycée) qui est notre principal lieu d’accompagnement personnalisé. A l’inscription, le jeune et les parents signent un contrat d’accompagnement. Dans ce contrat, il y a une base de répartition des responsabilités et l’instauration d’un climat de confiance. Les parents doivent s’engager à prendre (ou reprendre) leur place dans le désir de réussite de leur enfant, l’enfant lui, doit s’engager à venir aux activités et travailler régulièrement avec l’équipe.

DBA : L’aide aux devoirs n’est qu’un des aspects de l’accompagnement ?

Valentine Delafon : Notre travail au Valdocco ne consiste pas à faire de l’aide aux devoirs, de l’animation ou des séjours, mais ces activités sont des supports à la relation d’accompagnement. Nous devons être attentifs à tout ce qui va permettre la réussite du jeune et être le garant du lien entre les différents espaces et les relations autour du jeune.

DBA : Pouvez-vous préciser ces liens autour du jeune ? Et quels liens privilégiez-vous ?

Valentine Delafon : Tout d’abord le lien du jeune avec les autres jeunes. Nous le favorisons par les activités de loisirs qui permettent une socialisation et un apprentissage de la mixité sociale et un dialogue dans une communication non-violente et bienveillante.

Ensuite le lien à la vie de famille : quand les fragilités ou tensions préexistantes de l’enfance s’exacerbent à l’adolescence, quand les familles sont fragilisées par un contexte social défavorable (chômage, divorce, voisinages violents, pression sociale, surendettement,…), il est essentiel de soutenir les parents et le jeune.

Le lien à l’intériorité est important : souvent le jeune manque d’espaces pour découvrir ses talents, ses désirs et encore plus lorsque la famille vit dans la précarité ou le jeune est en échec scolaire. C’est pourquoi nous tentons de vivre des temps d’échanges personnels, des entretiens individuels ou des activités de développement personnel sous forme ludiques. Le système préventif (Raison-Religion-Affection) appliqué à toutes nos activités est à ce titre parfaitement adapté pour accompagner tous les ados. Il présente un équilibre parfait pour apprendre à nommer les émotions, les freins, les stratégies et le sens que les jeunes donnent à leurs projets de vie.

Le lien au monde professionnel qui commence par une capacité à connaître son environnement et apprendre à sortir du quartier pour aller chercher ailleurs ce que le jeune ne peut pas avoir en restant sur place. Chaque samedi et pendant les vacances scolaires, l’équipe fait sortir les jeunes du quartier. Le prétexte est une visite, une partie de jeu, une rencontre avec une entreprise,… peu importe. Ce qui compte, c’est de les faire sortir du quartier et leur apporter la culture générale nécessaire aux apprentissages, leur donner l’envie de grandir et de devenir adulte dans cette société. Si je me déplace dans un lieu nouveau, j’apprends, je prends confiance en moi et j’ai envie d’en découvrir encore plus… c’est le moteur de la curiosité puis de l’apprentissage.

 

« Nous apprenons aux parents à reprendre confiance avec les enseignants »

Le lien entre les parents et les enseignants est un axe souvent sollicité quand les tensions apparaissent. Mais de plus en plus, par des temps de groupe d’échange de parole, nous apprenons aux parents à reprendre confiance avec les enseignants et à toujours chercher plus le dialogue avec eux lorsqu’ils sentent leurs enfants en difficulté. Il faut souvent remettre ces deux mondes en confiance réciproque, et cela passe souvent par une demande de rendez-vous où l’éducateur sera présent et servira d’interprète aux deux partis.

 

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