Sœur Anne Méjat, salésienne de Don Bosco : « Foi et écologie sont très liées »

21 octobre 2023

Sœur Anne Méjat, salésienne de Don Bosco : « Foi et écologie sont très liées »

Soeur Anne Méjat dans la chapelle de la maison de sainte Marie-Dominique Mazzarello.

Le 4 octobre sortait Laudate Deum : exhortation apostolique à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique, du pape François. Comment les salésiens de Don Bosco mettent-ils en pratique les recommandations écologistes du pape ? Rencontre avec sœur Anne Méjat, en communauté de Lille et très engagée sur ce sujet.

 

DBA : Comment concilier écologie et vie religieuse ?

Anne, entre les frères Lionel et Emmanuel, à Lille, en juin 2022.

Sœur Anne Méjat : Au début pour moi, c’était une question compliquée car je suis entrée en formation de sœur en étant très écolo. Je suis arrivée en communauté avec mon lombricompost d’appartement en 2010. Et ce n’était vraiment pas la mode. Je faisais mes courses en magasins bio…
J’ai dû lâcher du lest pour vivre en communauté où la question écologique n’existait pas encore (c’était le cas aussi dans la plupart des familles). Mais par petites touches, je donnais des infos, j’ai créé un jardin dans une cour en béton… J’ai fait mon oral de morale en théologie sur ce sujet en 2013, et c’était assez innovant.

Pour moi, foi et écologie sont très liées. En entrant chez les sœurs, je pensais être bien plus écolo que je n’étais chrétienne. C’est stupide cette opposition. Mon intérêt pour l’écologie est en lien avec ma foi. Les deux parlent de fraternité. Je pense souvent que ce que je consomme je le « vole à mon frère à l’autre bout de la terre ». En effet, il n’y a qu’une terre, je prends donc dans le « pot commun ». Ce que je fais a un impact sur mon frère ; si ça ce n’est pas chrétien !

Depuis deux ans environ, j’ai reçu la mission d’aider la province a avancer sur ce chemin. J’écris environ tous les deux mois une newsletter sur une thématique, je propose aussi des articles que je lis ou des évènements, comme le world clean up day. La vie religieuse en communauté est en soi écologique car nous mettons beaucoup en commun et avons fait le choix d’une vie simple. On le voit à notre empreinte carbone plus basse que la moyenne de la France ou Belgique.

 

DBA : Est-ce que l’encyclique Laudato Si’ du pape François a changé la manière de voir les choses, pour vous, pour les fidèles…?

En 2015, elle est sortie. J’étais en Italie, au noviciat. Je l’attendais tellement qu’on m’en a offert un exemplaire le jour de sa sortie ! Ma communauté multiculturelle voyait bien que ça faisait partie de moi. Je donnais quelques conseils dans les gestes quotidiens : utiliser un verre à eau pour se brosser les dents, éviter les assiettes jetables en plastique… L’indifférence ou la méconnaissance quasi générale n’était pas toujours facile à vivre.

Finalement l’encyclique a fait un buzz de quelques temps sans vraiment faire changer quelque chose dans l’ Eglise. Maintenant que de plus en plus de monde se bouge et que les conséquences du changement climatique se voient, l’Eglise se dit qu’elle doit s’y mettre aussi. Les journaux catholiques font de plus en plus d’articles sur cette thématique. Il y a des conférences, des groupes qui se mettent en mouvement… Le 4 octobre est sorti Laudate Deum, le nouveau texte du Pape François, que j’ai hâte de lire.

 

‘World Cleanup day’, opération de nettoyage de la planète, à Lille, avec les Sœurs et les paroissiens

DBA : Les jeunes vous semblent-ils concernés par cette question d’écologie ?

Pour moi, les jeunes, ça ne veut rien dire : c’est une tranche d’âge d’ailleurs bien difficile à définir. Les jeunes par ce qu’ils ont vécu, les personnes qu’ils ont rencontrées, leurs intérêts, conditions de vie sont très impliqués ou pas du tout.

Il me semble qu’en tant que famille salésienne nous avons un rôle de chrétiens joyeux, plein d’Espérance, à porter auprès des jeunes. C’est très important car c’est une thématique qui peut être angoissante. Elle peut aussi être frustrante. J’ai beaucoup voyagé : maintenant
l’usage de l’avion me questionne douloureusement (du fait de son impact), si l’on doit essayer de tenir les objectifs des accords mondiaux. Comment puis-je imposer ça aux jeunes ? Ensemble, aidons-nous à rêver vraiment, mais durablement et fraternellement.

L’enjeu est là : que ce défi écologique ne nous déchire pas. La fraternité est l’enjeu au dessus de tous. Cela me demande parfois de ronger mon frein tout en continuant à expliquer, informer.

 

DBA : Et les jeunes que vous fréquentez à Lille ?

Pour Lille, c’est comme ailleurs. J’ai la chance de faire partie du groupe Scouts et Guides de France de Lille Sud : le mouvement réfléchit sur cette thématique depuis longtemps. Mais là encore il s’agit d’être cohérent. Faut-il prioriser la nourriture très écolo avec du vrac, local, bio et rendre les activités inabordables pour le jeunes de milieu populaire? Non ! Il faut être dans la mesure avec patience ! Certains enjeux relèvent du niveau politique en matière de changement de pratiques.

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