Sœur Catherine Fino sur RCF : « Le récit de Noël, pour faire dialoguer les savoirs »

7 janvier 2021 à 10:00

Sœur Catherine Fino sur RCF : « Le récit de Noël, pour faire dialoguer les savoirs »

Chaque mercredi matin, RCF diffuse sur ses ondes nationales la chronique des Salésiens. Cette semaine, soeur Catherine Fino, salésienne de Don Bosco, théologienne à l’Institut Catholique de Paris, nous propose « Le récit de Noël, pour faire dialoguer les savoirs ».
Comment commencer le mieux possible cette nouvelle année, aussi lourde d’appréhension que d’espérance, retrouver sans perdre cœur la routine du travail, des études, ou le désœuvrement et l’isolement, rythmés par les informations sur l’épidémie ? Nous aurions bien besoin de disposer d’une étoile pour connaître les bonnes décisions à prendre, comme les mages d’antan.

Mais les mages n’ont pas été les seuls à voir l’étoile, et chacun a pu la voir à sa façon. Les mages avaient la compétence en astrologie pour repérer une seule étoile inattendue parmi toutes les autres, et une tradition de sagesse qui invitait à ne pas dissocier les évènements du cosmos et l’histoire des hommes. Ils avaient aussi le réseau politique pour s’informer à la cour d’Hérode et auprès des savants locaux. Arrivés au but, ils ne voient que « l’enfant, avec Marie sa mère » (Mt 2, 11) et ont déjà préparé d’avance les cadeaux adéquats pour honorer le futur roi.

Les bergers, eux, savent prendre soin de leur troupeau et maintenir l’attention la nuit durant pour réagir à tout évènement insolite qui constituerait une menace. Ils sont eux-aussi des voyageurs, plus modestes, à pied, qui s’empressent pour rejoindre le village et pouvoir constater de leurs yeux ce qu’il en est. Ils entrent et voient « Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire » (Lc 2, 16). Ils perçoivent d’abord le couple qui a pris soin du nouveau-né, et qui a su improviser un berceau pour le protéger. Ce n’est qu’après avoir vu l’enfant qu’ils prennent la parole pour raconter ce qu’ils ont appris.

Dans l’action sociale, on dit qu’il faut faire dialoguer le savoir d’expérience (le savoir-vivre dans la précarité), le savoir d’action (l’expérience professionnelle) et le savoir académique ou scientifique. Sans les bergers, nous n’aurions pas perçu la compétence et l’inventivité de cette famille modeste pour accueillir la vie dans sa fragilité, ni célébré toute l’espérance et la joie qu’elle rend déjà possible. Sans les mages, nous n’aurions pas deviné la destinée universelle de cette bonne nouvelle, ni la responsabilité inédite confiée à chacun selon ses capacités. Car la prudence politique des mages prend le relais pour assurer la survie de l’enfant, et la famille apprend d’eux qu’il faudra s’éloigner d’Hérode.

Finalement, nous avons des ressources pour commencer l’année : les étoiles de l’affection et du prendre soin de soi et de nos proches que nous avons emmagasinées au temps des vacances et des fêtes, même modestement en ce temps de précarité sanitaire, ne doivent pas nous faire dédaigner les étoiles du savoir scientifique, de la prudence politique, et nous avons aussi à échanger tous nos savoirs d’action, à raconter nos expériences positives, chacun(e) dans son domaine : il en va de la survie de l’enfant, du plus fragile, de celui qui ne peut pas parler. Il restera enfin le long temps de l’éducation et la surprise des moments inédits où nos enfants nous transmettront à leur tour leur savoir d’expérience.

Catherine Fino

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