En direct de la mer

4 octobre 2008 à 2:27

En direct de la mer

Je suis assis sur le sable, le temps est idéal. Hier, le vent fouettait, je prenais des claques d’eau de mer, pas le goût de me baigner, et pas moyen d’écrire dans mon carnet de vacances, j’attrapais des dunes dans les oreilles. J’aime bien noter ce que je vois, ce que j’entends.  (DBA 948)

À quelques mètres, trois ados de 16 ans étendus sur le sable :
– Pourquoi on a traîné le bateau jusqu’ici ?
– Ben, c’est chouette pour mettre la tête dessus !
– Ah ouais ! … Ben alors, arrête de bouger…
Bruits de caoutchouc qui grince…
– T’as pas envie d’un p’tit lagon ?
– Ah ouais, y a du gin avec des trucs que je sais plus. C’est bon, un petit lagon !C’est bon !
Langue qui claque. Soupir… On entend les ultra-violets qui percutent la peau… A gauche, une voix d’enfant :
– Papa, t’es le meilleur ! Attends, je vais encore faire un trou pour la boule bleue ! Lance !
Un couple jeune sous son parasol rayé bleu et blanc :
– Qu’est-ce que tu lis ?
– T’as dit quelque chose ? Je lis !
– Rien. Lis ! …
Une voix féminine hurle dans son GSM : Allo ? Ton rattrapage, ça baigne ? … Quoi ? Je suis sur la plage du Lalondou, l’eau est exceptionnelle … Non, c’est juste pour t’encourager ! Quoi ? T’as l’impression de te noyer ? … Bon, j’te laisse alors, je vais me jeter à l’eau.
Une famille descend les escaliers et aborde le sable. La mère :
– Arrête de jouer au foot avec le sac, les chips sont dedans !
– Hein quoi ! Oh non !

Visage horrifié de l’ado qui vérifie. La famille se mélange à une autre famille. Les garçons partent d’un côté avec le ballon, les filles vont de l’autre avec les raquettes. Les hommes placent les parasols et les nattes, les femmes papotent déjà :
– Non, pas de resto ce midi ! On s’est claqué dans un coin au bord de la route, on a déchiré le pain, on a déchiré les tomates, on a déchiré le jambon…
Un papa :Arthur, arrête de jeter des cailloux dans la mer, tu ne vois pas qu’il y a des gens qui se baignent ?
Une jeune femme avec sa petite fille d’environ deux ans et une bande de jeunes tout juste en âge de pouponner. Apparemment, y a pas de papa, elle élève sa fille toute seule. Mais tous les garçons, du coup, semblent aérer leur instinct paternel naissant pour s’occuper de la gamine, tandis que la mère s’éloigne avec les amies vers le kiosque à boissons. L’un d’eux est assis sur le sable. Il a aidé l’enfant à remplir le seau rouge, et il le renverse adroitement sur le sol :
– Tu vois, Amelle, ce qu’il manque, c’est la petite étiquette rouge comme pour les flans : tu la tires, et le sable descend tout seul. Alors, tu vas faire semblant de tirer la petite étiquette rouge, et je vais soulever le seau. On verra bien…

Châteaux de sable et barrages, tours et murailles garnies de galets et d’oursins. Les gosses inventent, créent de l’éphémère. On peut tout faire, puisque tout s’effacera ! … Mais dans mes carnets, il restera quelques mots coquillages dans lesquels j’entendrai les conversations de la mer.

Jean-François Meurs

 

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