Comment Emmanuel, le banquier de Hong-Kong, a choisi Don Bosco et les jeunes…

13 août 2022

Comment Emmanuel, le banquier de Hong-Kong, a choisi Don Bosco et les jeunes…

Le jeudi 25 août, le frère Emmanuel Petit, 37 ans, prononcera ses vœux définitifs (pauvreté, chasteté, obéissance) comme religieux salésien de Don Bosco, devant sa famille, ses frères salésiens et les 250 jeunes du CampoBosco. Il partage sa joie d’articuler sa vie de foi et sa vie active en tant qu’éducateur.

DBA : Emmanuel, d’où es-tu originaire ?
Je suis un Normand. J’ai grandi à Rouen, aîné de trois garçons. Mon lycée, je l’ai fait chez les lassaliens, pas les salésiens ! J’étais actif à l’aumônerie, un garçon sans histoires pourrait-on dire. Mon parcours est somme toute classique : après le bac, une prépa puis une école de commerce, l’ESSEC à Cergy-Pontoise. Je me suis spécialisé dans l’audit interne, autrement dit dans les équipes qui vont dans les filiales voir si tout fonctionne, s’il n’y a pas de risque de fraude… C’était très intéressant. Je me suis retrouvé à Hong-Kong pour le travail, dans un hôtel 5 étoiles. J’ai pris l’ascenseur, j’ai regardé le voiturier, qui avait mon âge, et je me suis remémoré l’Evangile des Talents, que ma grand-mère aimait particulièrement : j’ai eu la chance de naître en France, de parents qui portent, d’être un enfant qui travaille…

Emmanuel (à droite) prononcera ses vœux en même temps que Lionel (à gauche). Sœur Anne l’a fait fin juin, à Lille.

 

C’est cet événement qui te fait t’interroger sur ta vie, ton avenir, ta vocation ?
Non, mais c’est un premier moment fondateur. Ou plutôt un deuxième car à l’âge de 14 ans, lors d’un temps de prière personnelle, j’avais ressenti fortement Dieu qui me manifestait son amour. C’est la première fois que je me suis posé la question de la foi, où je me suis dit « Là, il y a peut-être quelqu’un qui me dit quelque chose ». A partir de ce jour-là, j’ai décidé d’aller à l’Eglise par choix personnel.

 

Revenons à Hong-Kong. Tu décides finalement de rester là-bas…
Oui, j’ai 24 ans et je m’engage dans un volontariat international en entreprise (VIE). Je travaille à la Société générale à Hong-Kong, toujours en audit interne. C’est toujours aussi passionnant, je rencontre plein de monde. Je m’engage aussi, en parallèle, davantage dans l’Eglise, dans la communauté francophone. Je donne notamment un coup de main dans les préparations à la confirmation. Un jour, je suis chez les sœurs de mère Teresa et là, une sœur m’interpelle : « Vous là, qui êtes séminariste, venez m’aider ! » J’avais envie de lui répondre : mais je ne suis pas séminariste, je suis banquier ! Cela dit, cela m’amène une nouvelle fois à m’interroger : et si j’accordais ma vie à ma foi ?

 

Une semaine plus tard, tu décides que tu t’engageras dans la vie religieuse. Mais finalement, ce ne sera pas si simple, n’est-ce pas ?
Non, je me suis fait accompagner par un prêtre, un jésuite irlandais. Il se dégage que je souhaite mettre ma vie au service des jeunes, spécialement les plus pauvres. On parle évangélisation. On parle prêtrise. Puis il y a des signes. Le premier, c’est lorsque j’ai rejoint mon frère, qui vivait un échange en Inde. Je m’arrête trois jours à Calcutta chez les frères de mère Teresa, nous allons donner manger aux mendiants derrière la gare. Il y a là un jeune de 17 ans, qui ne dit pas un mot. Qui peut le sortir de là ?, interroge-je. On me répond « Ah eux, c’est les frères de Don Bosco qui s’occupent d’eux ». Premier signe.
Quelque temps plus tard, je suis à Taiwan pour apprendre le chinois dans un internat de prêtres belges. Nous recevons la visite du vicaire apostolique de Mongolie (NDLR : une sorte d’évêque). Les autorités lui ont accordé 20 visas pour permettre à des religieux de s’installer dans le pays. On lui demande à qui il a fait appel. Il répond : à des religieuses coréennes pour la proximité culturelle, aux sœurs de mère Teresa et… aux Salésiens de Don Bosco !

Emmanuel (avec le blouson orange) avec des jeunes de notre œuvre à Kenitra (Maroc).

 

Et donc… ?
Et donc… En fait, j’avais une crainte, c’était d’avoir eu toutes ces idées du fait d’être loin de la maison. J’ai donc décidé de rentrer en France, en 2014, et j’ai fait une année de séminaire. Un peu par hasard, un peu par curiosité, j’ai lu « La vie de Don Bosco ». Et là, tout est devenu plus simple: il avait vécu tout ce qui semblait m’appeler dans des directions différentes. J’ai donc demandé à vivre une année avec les salésiens de Lyon, notamment au Valdocco. Dans la foulée, je suis entré au noviciat.

 

Huit ans plus tard, après des passages par Vaulx-en-Velin, Caen et Lille, te voilà en partance pour la Guadeloupe…
Oui, j’y serai éducateur pour notre association Lakou Bosco. Dans ma vocation salésienne de religieux, il y a la vie de foi… et la vie active en tant qu’éducateur. J’ai besoin des deux, de l’articulation entre les deux : la prière et le service. Ce qui unifie ma vie en tant que religieux, c’est quand ma vocation d’éducateur, je la vis dans une réalité d’Eglise. J’aime aider les jeunes à se découvrir eux-mêmes. Quand tu fais confiance aux jeunes, ils te surprennent. Je me souviens de mon premier camp comme directeur, j’étais un peu stressé. Un jeune vient me demander deux grosses boîtes de conserve… Quatre heures plus tard, il avait monté une batterie. Hallucinant ! Oui, vraiment, laissons-nous éblouir par les jeunes !

Propos recueillis par B. DESEURE

Famille Salésienne